Le soutien psychiatrique a tardé pour l’auteur de l’attaque au sabre, selon un travailleur social

Une vigie avait été tenue après l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec.
Renaud Philippe Le Devoir Une vigie avait été tenue après l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec.

Des « délais institutionnels » ont freiné l’accès de Carl Girouard à des services psychiatriques cinq ans avant les meurtres qu’il a commis. C’est ce qu’a convenu un travailleur social mardi, au deuxième jour du procès de l’auteur de l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec le soir de l’Halloween 2020.

« Malgré des propos délirants, des traits d’obsession, du mois de décembre 2014 à septembre 2015, malgré tout cela, M. Girouard n’a pas encore rencontré un psychiatre. […] Pourquoi ? » a demandé Me Pierre Gagnon en contre-interrogatoire mardi matin.

L’avocat de la défense posait la question à Charles-André Bourdua, un travailleur social qui avait suivi l’accusé pendant neuf mois à l’époque. Était-ce causé par des « délais institutionnels ? » a-t-il demandé.

« Principalement », a rétorqué le professionnel, en soulignant que d’autres facteurs entraient en ligne de compte, comme la nécessité de « colliger des informations » avant que son dossier soit traité au guichet d’accès en santé mentale de la région des Laurentides.

Monsieur Bourdua avait pour mandat d’évaluer le risque que Carl Girouard se suicide ou commette un homicide. Normalement, son intervention devait durer trois mois au maximum. Or, devant le tribunal, il a expliqué avoir prolongé son intervention en attendant qu’il passe à une autre étape de suivi en santé mentale.

Dans son contre-interrogatoire, l’avocat de la défense a aussi voulu savoir pourquoi la mère de l’accusé n’avait pas été informée des propos qu’il tenait. Lors d’un échange avec un autre intervenant, la mère se serait montrée « surprise » par les propos tenus par son fils, qu’elle ne voyait pas comme un jeune homme de type violent, a mis en évidence l’avocat.

Une vidéo pénible à regarder

Le procès, qui en est à sa deuxième journée, n’a pas encore permis de savoir à quel soutien psychologique ou psychiatrique l’accusé a eu accès lorsque son suivi auprès de M. Bourdua s’est terminé à l’automne 2015, soit cinq ans avant l’attaque dans le Vieux-Québec.

Dans cette affaire, la défense cherche à convaincre le jury que l’accusé ne peut pas être jugé criminellement responsable des meurtres qu’il a commis à l’Halloween 2020 en raison de ses problèmes de santé mentale.

L’homme de 26 ans fait face à deux accusations de meurtre au premier degré et à cinq accusations de tentatives de meurtre. Deux personnes — Suzanne Clermont et François Duchesne — ont péri de sa main, et cinq autres ont été grièvement blessées.

La poursuite allègue, de son côté, que le tueur doit être jugé responsable de ses actes qui, selon elle, étaient prémédités et planifiés.

 

Mardi matin, elle a appelé à la barre son troisième témoin, un policier qui a analysé les enregistrements des caméras de surveillance qui ont documenté les déplacements du tueur le soir de l’attaque.

Le jury a notamment dû visionner des images d’une grande violence montrant Carl Girouard s’attaquer à Rémy Bélanger et François Duchesne près du Château Frontenac, tandis que dans la salle, on entendait des proches des victimes sangloter.

Les caméras révèlent que l’accusé s’était rendu une première fois en voiture dans le Vieux-Québec vers 21 h 30 avant de rebrousser chemin pour revenir après 22 h 00. Il s’est alors stationné près de l’entrée du Château Frontenac peu avant de s’attaquer à ses premières victimes.

Les policiers ont notamment trouvé dans son véhicule un étrange billet de stationnement datant de 2018. Le billet était associé au stationnement du Quai Saint-André, tout près d’Espace 400e et de l’endroit où les policiers l’ont arrêté dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre.

Le procès doit reprendre mercredi avec les témoignages de deux autres policiers. Il est à noter que seulement onze des jurés seront présents pour les entendre, puisqu’une jurée a obtenu un résultat positif à la COVID-19 mardi matin. Comme l’a expliqué le juge Richard Grenier, la loi prévoit qu’un jury demeure fonctionnel avec onze membres, voire dix.

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