Début du procès d’une policière accusée de voies de fait sur un Autochtone

Dès l’ouverture du procès, des vidéos ont été montrées à la juge, mettant la table de façon très visuelle sur ce qui s’est passé le 14 septembre 2019 lors de cette intervention de la SQ.
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir Dès l’ouverture du procès, des vidéos ont été montrées à la juge, mettant la table de façon très visuelle sur ce qui s’est passé le 14 septembre 2019 lors de cette intervention de la SQ.

Le procès de la policière Stéphanie Dorval, accusée de voies de fait sur un jeune homme autochtone lors d’une intervention de la Sûreté du Québec (SQ) en 2019, a débuté mardi matin à Val-d’Or. Il s’agit d’un cas plutôt rare d’accusations criminelles déposées contre une membre des forces de l’ordre pour des gestes posés dans le cadre de leur travail.

Au centre de cette affaire se trouve un jeune homme cri originaire de Waskaganish, John Andrew Fedora, qui a porté plainte contre la policière.

 

Dès l’ouverture du procès, deux vidéos ont été montrées à la juge Anne-Marie Jacques de la Cour du Québec, offrant une incursion très visuelle dans cette journée du 14 septembre 2019.

Ce jour-là, des policiers et une ambulance ont été appelés pour une « agression : état victime inconnu » dans un immeuble à logements de la ville de Val-d’Or, en Abitibi. Les ambulanciers ont reçu le « code 10-41 », signifiant qu’ils devaient attendre les policiers, qui devaient d’abord sécuriser la scène.

Deux ambulanciers et une policière ont témoigné mardi. Ils ont décrit que l’atmosphère dans l’appartement où ils se sont rendus ce jour-là était volatile. Ils connaissaient tous bien cet immeuble, où ils étaient intervenus dans le passé à plus d’une reprise — mais pas dans l’appartement pour lequel l’appel à l’aide avait été lancé le 14 septembre 2019.

La présence de plusieurs personnes qui criaient et l’étroitesse des lieux qui créait une trop grande proximité avec les résidents de l’endroit les a rendus nerveux.

L’ambulancier Denis Bilodeau a relaté à la juge qu’à son arrivée, un jeune homme et une jeune femme étaient au sol, entrelacés. Ils criaient et pleuraient. « On ne comprenait pas ce qui se passait, qui était la victime », a-t-il dit. La policière Stéphanie Dorval leur donnait des directives, les sommant de « se lâcher » mais ils n’écoutaient pas, a décrit l’ambulancier. Le jeune homme criait se débattait : avec ses gestes, il était proche de frapper la femme au visage.

Il y avait de la tension, a raconté l’ex-policière Christine Paquette, appelée en renfort sur les lieux : « On avait peur que ça dégénère. »

«Poche de patates»

Dans la vidéo, on voit l’agente Dorval qui traîne le jeune homme au sol, vers l’extérieur, lui demandant à plus d’une reprise de se relever. On le voit donner des coups avec ses pieds et se débattre en jetant ses jambes en l’air, alors qu’il se trouve au sol.

Il n’était pas coopératif, a commenté l’ambulancier : « il faisait la poche de patates. » La policière Paquette a témoigné avoir reçu des coups au ventre. Les lieux sont cacophoniques, d’autres personnes présentes criant et poussant des cris.

Pendant ce temps, John Andrew Fedora se tenait à proximité des premiers répondants et filmait. C’est sa vidéo d’environ six minutes qui a été montrée à la juge. Et c’est son frère qui était en train de se faire arrêter.

Le second ambulancier lui a demandé de cesser de filmer : il était trop proche de lui, a-t-il expliqué. C’est la même raison qui fut donnée par l’agente Paquette : M. Fedora était trop près d’elle et de la portière de l’autopatrouille lorsque les policiers tentaient d’y faire asseoir le suspect. À la juge elle a répété que cela ne la dérangeait pas de se faire filmer — « ça arrive tout le temps » — mais que le jeune homme se tenait trop proche et qu’il « pouvait agir ».

Un voisin a aussi filmé la scène qui s’est déroulée à l’extérieur, de son appartement situé un étage au-dessus.

Ces images permettent de voir qu’une fois à l’extérieur, M. Fedora se tient près de la voiture patrouille et continue de filmer avec son téléphone cellulaire, ne montrant aucune agressivité.

Puis l’on voit la policière Dorval se rapprocher de lui brusquement. Il se fait pousser, mais n’oppose pas de résistance, résume le voisin, qui est aussi son beau-frère. L’agente Dorval lui arrache son téléphone des mains et le jette dans la voiture de police.

Il est possible que les images diffusées dans la salle de cour mardi n’aient pas montré l’entièreté de la situation ni toute l’intervention policière : la suite des témoignages permettra de le préciser.

Cette journée-là, M. Fedora a été accusé d’entrave au travail d’un agent de la paix, mais il a été acquitté. Puis, il a porté plainte contre la policière, renversant les rôles. C’est ce qui a mené au dépôt d’accusations de voies de fait contre Mme Dorval. Son procès se poursuit mercredi.

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