Regards sur vos coins de paysage

Vue sur des îles de l’archipel Saint-François à Laval: la grande île aux Vaches et, devant elle, l’île Forget. L’étendue d’eau entre les îles est propice aux activités nautiques.
Photo: Marcel Bruneau Vue sur des îles de l’archipel Saint-François à Laval: la grande île aux Vaches et, devant elle, l’île Forget. L’étendue d’eau entre les îles est propice aux activités nautiques.

Le paysage, c’est l’empreinte de l’humain sur la nature, ou de la nature sur l’humain. Qu’on l’occupe, qu’on l’admire, le territoire devient significatif quand il témoigne de cette relation étroite et des valeurs du temps. Culturel, humanisé ou patrimonial selon les dénominations, le paysage est de plus en plus valorisé comme un bien collectif à protéger. Aujourd’hui, le dernier volet de notre série avec la précieuse contribution des lecteurs du Devoir.

Nous vous avons lancé un appel à nous envoyer votre paysage préféré, celui que vous voulez préserver ou faire connaître, un endroit unique à vos yeux ou emblématique pour le Québec. Plus d’une soixantaine de lecteurs ont répondu à cette invitation, et nous vous livrons une sélection de quelques-unes de ces réponses, une déclaration d’amour au territoire.

Pour certains, le paysage incarne un être cher aujourd’hui disparu. Une plage de Baie-Johan-Beetz rappelle à Monique Lafrance son amoureux décédé. Leur dernier voyage ensemble et cet horizon croqué à deux lui font dire que la Côte-Nord est un coin de pays magnifique à préserver.

Pour d’autres, ce sont les mots des spécialistes du paysage qui ont particulièrement résonné. Pour Denis Tremblay, le paysage agricole caractéristique de Charlevoix participe à son bonheur « depuis des décennies, peu importe la saison », écrit-il. Il salue les fermiers qui subsistent encore et entretiennent ces vues saisissantes, incluant cette ferme Séva du rang Sainte-Marie, aux Éboulements.

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Vos photos de paysages

Jean-Pierre Marcoux, architecte paysagiste depuis 37 ans, pense par exemple au paysage comme à une « expérience sensorielle, contemplative, spirituelle, culturelle, écologique, éthique, esthétique et quoi d’autre encore ».

Le fleuve Saint-Laurent, son estuaire, son golfe flottent comme une trame constante pour le tiers de ces lecteurs-collaborateurs, de Laval aux Îles-de-la-Madeleine, en passant par l’île d’Orléans et Rivière-Ouelle. La cohabitation avec les plans d’eau est reprise comme élément central dans des photos prises autour du lac Témiscouata, ou encore de lacs plus modestes dans les Laurentides.

Une autre lectrice, Lori Palano, indique quant à elle que la manière dont on « rentre dans un paysage » est importante. En comparaison à la promenade en voiture, « le voyage à vélo (cyclotourisme ou trajets quotidiens) permet de mieux voir, d’entendre, de sentir le paysage et de s’y arrêter plus facilement », note-t-elle dans son courriel.

Enfin, les paysages à proximité des zones urbaines sont ceux qui souffrent le plus du développement des villes. Hélène Cantin nous écrit qu’elle se bat avec un groupe de citoyens pour sauver le Vieux Pointe-Claire, un endroit qui raconte l’arrivée des premiers colons dans cette partie de l’île de Montréal. D’une part, des édifices y sont laissés à l’abandon, et d’autre part, la construction de condos qui a commencé cet été dans cette partie du village de Pointe-Claire va « défigurer » l’endroit, déplore Mme Cantin. Son groupe espère sauver plusieurs bâtiments sur la pointe, dont un vieux moulin, une croix de chemin et la première école de Pointe-Claire. « Qui pourra nous aider, simples citoyens, à sauver ces édifices patrimoniaux avant qu’un autre promoteur s’y attaque ? », s’inquiète-t-elle.

Marcel Bruneau et Huguette Larochelle, quant à eux, sont membres de l’organisme Sauvons nos trois grandes îles de la rivière des Mille-Îles et espèrent protéger ces milieux naturels exceptionnels. En octobre 2020, la Ville de Laval est devenue propriétaire des îles aux Vaches et Saint-Pierre. Elles n’ont cependant pas encore fait l’objet d’un changement de statut pour la conservation ou encore l’intégration au refuge faunique de la Rivière-des-Mille-Îles, ce qui inquiète cette association.

À Québec, c’est plutôt l’expansion du port qui menace la splendeur du Saint-Laurent, nous écrivent Johanne Leroux et Micheline Boivin. C’est une ville où le fleuve est particulièrement présent et « où sa majesté se manifeste de façon spectaculaire, aussi bien le long de la promenade Samuel-De Champlain que des hauteurs de la ville ». Or, ces projets d’agrandissement pourraient modifier cet horizon, disent-elles.

Tous ceux qui ont pris le temps de nous écrire et d’ouvrir une fenêtre sur « leur paysage » l’évoquent comme un refuge, une vue presque méditative qui renoue leur rapport au monde. Un signe que le regard importe.



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