10 idées vertes pour la planète

Photo: Photomontage Olivier Zuida

Pêche — Des produits de la mer locaux et certifiés
Soumises à une surpêche de plus en plus intensive, les ressources marines accusent un fort déclin à l’échelle de la planète. Dans ce contexte, les Québécois qui souhaitent manger des produits de la mer qui font l’objet d’une « saine gestion » peuvent se tourner vers la certification « Fourchette bleue ». Celle-ci propose une liste, mise à jour chaque année, d’espèces comestibles méconnues du Saint-Laurent. Elle comprend des espèces de poissons, de crustacés et de mollusques, mais aussi deux espèces de phoques particulièrement abondantes dans nos eaux.

L’idée est que, si les consommateurs québécois se tournent vers les produits d’ici, ils ne contribueront pas à la surpêche, à la dégradation des écosystèmes marins ou à l’esclavage en mer qui existe dans certaines régions du monde. Cette consommation locale permet aussi de réduire notre impact climatique. « Il faut se concentrer sur nos produits, idéalement en saison. On dit souvent qu’il faut cesser de manger des fraises importées de la Californie ou du Mexique. C’est la même logique pour les produits marins », affirme la fondatrice Sandra Gauthier, directrice générale du musée scientifique Exploramer. Elle rappelle d’ailleurs que les produits d’ici sont recherchés ailleurs dans le monde pour leur qualité. « La totalité de notre pêche de crabe commun est exportée. Le concombre de mer est exporté, mais aussi le couteau, le turbot et l’oursin. Les crevettes nordiques font la joie des consommateurs en Europe. On exporte pratiquement tout, alors qu’on conserve très peu de nos propres poissons et fruits de mer. »

Alexandre Shields

Élevage — Des abattoirs à la ferme

Les animaux d’élevage doivent parcourir parfois des centaines de kilomètres pour être abattus dans l’un des quelque 80 abattoirs autorisés à fonctionner au Québec. Ce système n’est pas viable pour de petits producteurs de poulet considérés comme étant « artisanaux », qui réclament de pouvoir effectuer l’abattage dans leur ferme pour ensuite commercialiser leurs produits.

Or, les choses pourraient très bientôt changer. À l’issue d’un projet-pilote ayant eu lieu en 2020, le ministre de l’Agriculture prévoit de déposer un projet de loi en ce sens. « Les conclusions de l’étude sont positives, a indiqué André Lamontagne. On veut déposer, d’ici la fin de la session parlementaire, un projet de loi qui vise à moderniser la Loi sur les produits alimentaires et on va s’en servir pour mettre les dispositions qui vont permettre l’abattage à la ferme. »

Une telle évolution est souhaitée par Dominic Lamontagne, l’un des participants au projet-pilote. « Pour moi, une petite ferme qui produit en équilibre avec les ressources à sa disposition est le modèle écologique idéal », affirme l’auteur du livre La ferme impossible. « On a une quantité de volailles en fonction de la quantité de phosphore [contenu dans le fumier] que notre pâturage est en mesure d’absorber », donne-t-il comme exemple.

M. Lamontagne souhaite aussi pouvoir offrir des plats cuisinés avec le lait de ses propres chèvres. Ce dernier aspect fait aussi partie du projet-pilote considéré comme un succès par le ministère. D’autres éleveurs, comme ceux de grands gibiers, souhaiteraient aussi pouvoir abattre leurs bêtes à la ferme, mais ce n’est pas dans les cartons du gouvernement pour le moment.

Roxane Léouzon

Industries — Valoriser le CO2 des cheminées

Pourrait-on un jour empêcher toutes les cheminées industrielles de la province de relâcher des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ? Ça vaut à tout le moins la peine d’aller dans cette direction, selon Louis Fradette, professeur à Polytechnique Montréal et directeur du projet Valorisation Carbone Québec.

« Il y a maintenant des technologies commerciales qui ont le potentiel de capturer du CO2, le principal gaz à effet de serre de la planète, pour moins de 30 $ la tonne, ce qui est très peu. Ça ouvre la porte à utiliser ce CO2comme matière première pour faire d’autres choses », explique l’ingénieur.

Pour faire quoi exactement ? M. Fradette et son équipe s’affairent justement à bâtir un catalogue de technologies permettant d’utiliser et de réutiliser ce CO2jusqu’à six fois. Deux d’entre elles feront l’objet d’une démonstration en juin. « On va faire une transformation [chimique] qui va nous amener à une molécule qui a les mêmes propriétés que le propane, qui est un défi énergétique important au Québec », décrit M. Fradette. La deuxième technologie permet de transformer le CO2en carburant synthétique pour avions.

Pour l’instant, ces transformations sont onéreuses, car elles nécessitent l’utilisation d’hydrogène, qui coûte cher à produire. Les responsables de Valorisation Carbone Québec sont en discussion avec tous les ordres de gouvernement afin d’obtenir du financement pour pousser les recherches plus loin et évaluer comment les diverses solutions peuvent être concrètement mises en pratique. Ultimement, le projet vise à aider les compagnies québécoises à atteindre leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre.

Roxane Léouzon

Métaux — Assainir la production d’aluminium
Métal symbolique de la transition énergétique, l’aluminium n’est pas si écologique. En 2018, les alumineries du Québec ont généré 4,7 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit près de 6 % des émissions de gaz à effet de serre de la province. Les choses pourraient toutefois changer. Elysis, une entreprise pilotée par Rio Tinto et Alcoa, s’apprête à installer les prototypes d’une technologie qu’elle développe depuis des années dans une aluminerie d’Alma. Enthousiaste, le gouvernement du Québec injecte 80 millions de dollars dans l’affaire.

Les émissions de l’aluminium proviennent du procédé chimique permettant de produire le métal. Dans les cuves de minerai en fusion, un courant électrique dégrade une électrode de carbone, libérant du même coup du CO2. Elysis mise sur une approche où les électrodes de carbone sont remplacées par des électrodes de céramique. Combinée avec l’hydroélectricité, la compagnie avance que ce procédé permettrait de produire un aluminium « sans carbone ».
 
Si tout va bien, Elysis espère lancer ses anodes de céramique sur le marché mondial en 2024. Ces pièces, dont la durée doit être 30 fois plus longue que celle des anodes conventionnelles, pourront être installées dans des alumineries existantes ou futures. L’entreprise promet par ailleurs qu’elles entraîneront une réduction des frais d’exploitation. « Je veux qu’on soit les premiers à concrétiser ce changement révolutionnaire pour l’industrie de l’aluminium », déclarait cette semaine le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.
 
Alexis Riopel

Énergie — Fabriquer des batteries avec du bois et de l’eau
C’est un défi incontournable du virage mondial vers les énergies renouvelables : leur stockage. Une équipe québécoise a découvert une façon de fabriquer une batterie avec du bois et de l’eau.

« Notre motivation était vraiment d’apporter une solution en recherche qui puisse changer un problème environnemental », explique Jacopo Profili, qui était chercheur au Département de physique de l’Université de Montréal au moment de cette découverte.
 
Réduite à sa plus simple expression, c’est une batterie dont deux électrodes s’échangent des ions à travers une solution faisant office de conducteur. Pour lier les divers composants de ces électrodes, l’équipe multidisciplinaire voulait d’abord utiliser une ressource locale et renouvelable, un type de cellulose, un dérivé du bois.
 
Puis venait le choix de la solution dans laquelle les électrodes baignent. Les batteries traditionnelles utilisent un solvant inflammable et difficile à traiter en définitive. Il existe cependant déjà des batteries plus vertes où l’eau joue ce rôle. « Mais il fallait réussir à rendre notre charpente en bois [l’électrode] compatible, sans qu’elle se défasse dans l’eau », explique Steeve Rousselot, chercheur au Département de chimie de la même université.
 
C’est là que la physique vient appuyer la chimie : les chercheurs ont eu recours à une très fine membrane en plasma pour protéger la cellulose dans l’électrode. Après une preuve de concept, leur laboratoire en est maintenant à vouloir développer de plus gros prototypes. Cette batterie serait tout indiquée pour stocker de l’énergie à la maison, provenant de panneaux solaires par exemple. Ou encore pour être utilisée dans des microréseaux électriques, sur des îles ou dans des villages nordiques isolés qui ne sont pas connectés aux grands réseaux.

Sarah R. Champagne

Climatisation — Se rafraîchir sans perdre d’énergie
La pandémie montre que, pour limiter la transmission de maladies respiratoires, il vaut mieux disposer de bâtiments bien ventilés. En parallèle, le réchauffement climatique accroît chaque année les besoins en climatisation. La combinaison des deux désirs ne fait pas bon ménage : faire rentrer davantage d’air dans les bâtiments signifie de refroidir davantage d’air. S’ensuivent une consommation d’énergie accrue et une multiplication des climatiseurs, qui sont des appareils bourrés de gaz très polluants.

Pour remédier à ces problèmes, une équipe de chercheurs spécialisés dans les bâtiments écologiques basée à l’Université de Colombie-Britannique propose une solution de rechange en deux volets. D’une part, ouvrir les fenêtres quand il fait chaud — rien de plus simple ! Et d’autre part, rafraîchir les occupants d’une pièce grâce à des « panneaux radiatifs » de leur conception.
 
Dans ces panneaux circule de l’eau froide. Comme sur un verre d’eau glacée en plein été, de la condensation se formerait normalement sur cette surface. Sauf que le professeur Adam Rysanek et ses collègues ont développé une membrane qui empêche la formation de gouttelettes, mais qui laisse tout de même passer la chaleur dégagée par les corps humains. Cela produit un effet rafraîchissant, mais sans perdre d’énergie pour abaisser la température de l’air ambiant.
 
Leur invention a fait l’objet de deux publications scientifiques au cours de la dernière année, notamment dans les pages du très coté Proceedings of the National Academy of Sciences. Reste cependant à franchir la longue route vers une véritable utilisation.

Alexis Riopel

Réemploi — Faire du neuf avec du vieux
Rénover l’époque de l’obsolescence programmée pour la transformer en celle du « réparez-le vous-même », voilà la mission de Mon Atelier de quartier. Le jeune organisme montréalais partage avec le public ses outils, ses conseils et un lieu de travail pour réparer tout ce qui brise dans une maison : de l’électronique aux vêtements, en passant par les jouets, les vélos et les machines à café. « L’idée, c’est que la personne arrive avec son objet et la répare elle-même », résume une des fondatrices, Krystel Marylène Papineau.

Véritable « laboratoire des meilleures pratiques environnementales », ce garage nouveau genre emmagasine au fil du temps des pièces de rechange dans une matériauthèque. Une imprimante 3D permet même de reproduire un morceau introuvable.
 
L’atelier situé dans Villeray pousse l’écoresponsabilité jusqu’à offrir des formations pour concocter soi-même des produits nettoyants, démarrer des boutures de plantes, préparer son propre pain ou bricoler quelques meubles. Chacun y met du sien et y trouve son compte. « Le sentiment d’accomplissement que procurent la réparation et le “faire soi-même” vont bien au-delà des émotions que procurent le magasinage ou l’achat de biens tout neufs », vante leur site Web.
 
Dans leur local, l’équipe de Mon Atelier de quartier ajoute à son offre de services un café zéro déchet et une épicerie du même type.
 
Le concept de « café réparation », habituellement un événement éphémère, est né en Europe avant d’essaimer un peu partout dans le monde. Le modèle de Mon Atelier de quartier, qui a repris l’idée pour en faire un lieu permanent avec pignon sur rue, constitue une première à Montréal, selon ses fondateurs.
 
Jean-Louis Bordeleau

Production maraîchère — De l’éclairage « vert » pour les serres

Le gouvernement du Québec a pour objectif de doubler la production de fruits et de légumes en serre d’ici cinq ans, et l’engouement se fait déjà sentir parmi les producteurs maraîchers. Toutefois, cultiver des légumes tout au long de l’année, ça demande beaucoup d’éclairage.

« Les ampoules au sodium [HPS] sont encore largement utilisées dans les serres, ce qui consomme beaucoup d’énergie », rapporte Louis Brun, président-directeur général de Sollum Technologies.

L’entreprise québécoise, d’une cinquantaine d’employés, a développé un système d’éclairage intelligent DEL (diode électroluminescente) dont elle évalue que l’empreinte carbone est plus basse que celle des lampes HPS et qui permet de réaliser des économies d’énergie. De plus, il serait possible, avec ce système, de faire pousser une plus grande quantité et une plus grande variété de plantes qu’avec les DEL standards.

« L’utilisation du DEL est optimisée par nos algorithmes pour maximiser l’énergie qui est envoyée aux plantes. Le DEL reproduit la lumière naturelle de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et une plante a besoin de ces différentes couleurs avec un dosage adapté », explique M. Brun. Il souligne par exemple pouvoir reproduire le lever de soleil de l’île d’Orléans pour les besoins des fraises.

Sollum Technologies commence à déployer commercialement sa solution, notamment dans les serres Demers, indique M. Brun. Il espère convaincre les serriculteurs de changer leurs pratiques, ce qui coûterait plus cher à court terme, mais qui présenterait des bénéfices à long terme, dit-il.

Roxane Léouzon

Agriculture — Champignons et insectes à la rescousse
Dans les laboratoires de l’entreprise Anatis Bioprotection, à Laval et en Montérégie, se trouvent plus d’une dizaine d’espèces d’insectes et d’acariens. Ils prendront bientôt le chemin de serres et de champs québécois pour y faire régner l’ordre.

Ces petits héros permettent de remplacer des insecticides plus toxiques, comme les néonicotinoïdes, les organochlorés et les carbamates, qui ont des effets nocifs sur l’environnement et la santé humaine. « Nos insectes agissent comme des prédateurs, en mangeant un insecte indésirable ou en parasitant son œuf », explique Silvia Todorova, présidente d’Anatis.
 
Cette année, pour la première fois, un bioinsecticide à base de champignon, déjà utilisé dans des serres, pourra être utilisé dans des champs et des surfaces gazonnées, si bien qu’il devrait être disponible dans des centres de jardinage.
 
Selon Mme Todorova, les agriculteurs sont conscients qu’il faut réduire leur usage de produits chimiques, c’est pourquoi elle a déjà une importante clientèle. Mais son équipe développe sans cesse de nouveaux produits, en collaboration avec des établissements d’enseignement et de recherche.
 
« Ça ne veut pas dire que l’usage d’insecticide chimique va complètement arrêter, car on n’a pas de solutions pour tout, reconnait-elle. Mais on essaie de le faire diminuer. Avec nos solutions biologiques, notre objectif est de tenir le ravageur sous un seuil de nuisance économique. »
 
Roxane Léouzon

Santé — Une stérilisation médicale plus propre
L’entreprise québécoise PAMA a développé et fait approuver un procédé pour stériliser le matériel médical qui réduit à néant les émissions d’oxyde éthylène, un gaz cancérigène couramment utilisé dans cette industrie. Ce procédé utilise la moitié moins de ce gaz que la méthode traditionnelle. Et à la sortie, il est transformé en éthylène glycol, utilisé notamment pour le dégivrage d’avions ou d’automobiles.

C’est en voyant ce qui se passait aux États-Unis en 2019 que l’ingénieure Rasha Al Hashimi a décidé de mettre toute la gomme pour finaliser ce projet.  « On voulait être plus verts et soucieux de l’environnement, et aussi automatiser cette série d’opérations », raconte celle qui est également directrice générale adjointe de PAMA.
 
En 2019, quelques mois avant le début de la pandémie, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a détecté des taux alarmants de cancer dans les populations vivant aux abords d’usines de stérilisation de matériel médical, les attribuant principalement à la présence d’oxyde d’éthylène. Plusieurs ont ainsi dû fermer, causant des pénuries.
 
« Le système chez nous est maintenant en vase clos et on prend des échantillons d’air régulièrement pour s’en assurer », indique Mme Al Hashimi. Il n’y a également pratiquement plus de traces de ce gaz dans le matériel lui-même. Les tests de validation ont d’ailleurs été effectués juste à temps pour répondre à un enjeu majeur en avril 2020 : PAMA a stérilisé et remballé d’urgence cinq millions d’écouvillons contaminés vendus par un fournisseur chinois.
 
Le matériel ainsi stérilisé est le plus souvent à usage unique. PAMA travaille cependant à un projet de blouses médicales recyclables. Plus de 120 millions de ces blouses sont jetées dans des sites d’enfouissement au pays chaque année.

Sarah R. Champagne

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