Les écologistes exigent que le Canada fasse «sa juste part» pour le climat

Les écologistes plaident pour une réduction de 80 % de la production pétrolière canadienne d’ici 2030, par rapport au niveau de production actuel.                     
Photo: Jason Franson Archives La Presse canadienne Les écologistes plaident pour une réduction de 80 % de la production pétrolière canadienne d’ici 2030, par rapport au niveau de production actuel.                     

À la veille du sommet international sur le climat organisé à l’invitation du président américain, Joe Biden, une coalition de groupes menée par des organisations écologistes exige que le Canada se dote d’une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre nettement plus ambitieuse. Washington s’apprête d’ailleurs à le faire, ce qui risque d’accroître la pression sur le gouvernement Trudeau.

En s’appuyant sur une étude intitulée La juste part, les groupes évaluent qu’Ottawa serait en mesure de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada de 60 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

« Étant donné que le Canada est un pays riche qui a contribué de manière importante à la crise climatique, notre “juste part” consiste à réduire les émissions du Canada de 60 % d’ici 2030, en plus d’aider les pays en développement à diminuer leurs émissions », soulignent des groupes environnementaux, des experts en santé et des représentants de travailleurs dans le document publié mercredi.

Une telle cible exigerait de réduire les GES du pays de près de 300 millions de tonnes d’ici la fin de la décennie, alors que les émissions ont plutôt augmenté chaque année depuis 2016, selon le plus récent bilan publié par le gouvernement fédéral. Selon les projections de l’étude La juste part, les émissions devraient plutôt diminuer de 8 % annuellement d’ici 2030.

Dans ce contexte, le changement de cap majeur exigé par les groupes signifierait de mieux réglementer tous les secteurs « polluants » de l’économie canadienne, à commencer par l’industrie pétrolière. Selon leurs projections, « les émissions de GES provenant du secteur pétrolier et gazier chuteraient de 94 %, tandis que la production de pétrole diminuerait de 83 % par rapport aux niveaux de 2020 », et ce, d’ici la fin de la décennie.

Les organisations plaident aussi pour une hausse de la tarification du carbone au-delà des 170 $ actuellement prévus, pour une augmentation substantielle du nombre de véhicules « zéro émission », pour l’imposition d’un plafond d’émissions au secteur industriel et pour la mise en œuvre d’un plan permettant de développer le secteur du « gaz naturel renouvelable ».

Nouvelle cible dévoilée jeudi

Le gouvernement Trudeau s’est engagé à orienter le Canada vers la carboneutralité à l’horizon 2050 et promet d’ailleurs de présenter sa nouvelle cible de réduction des GES pour 2030 jeudi, dans le contexte du sommet climatique à Washington.

Le gouvernement de Joe Biden doit faire de même. Selon les informations relayées par certains grands médias américains, dont le Washington Post, l’objectif serait de réduire de 50 % les émissions d’ici la fin de la décennie, par rapport à leur niveau de 2005. Cela équivaut à une cible deux fois plus ambitieuse que celle qui prévalait sous la présidence de Barack Obama.

Pour les groupes qui ont tenu une conférence de presse mercredi, le changement politique majeur aux États-Unis et les engagements d’autres États, dont les membres de l’Union européenne, forcent le gouvernement canadien à en faire plus. « Plusieurs États alliés du Canada font présentement preuve d’audace en présentant des cibles et des plans climatiques ambitieux, les uns après les autres. Pour ne pas être laissé derrière, le Canada doit faire sa juste part face à la crise climatique », souligne Caroline Brouillette, analyste des politiques au Réseau action climat Canada.

« Justin Trudeau a dit en 2015 qu’il baserait ses décisions climatiques sur la science. Plus de cinq ans plus tard, nous avons toujours la cible du gouvernement Harper. On est loin de ce que la science exige », déplore pour sa part le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. « Il doit se libérer du carcan de l’industrie des combustibles fossiles », souligne-t-il, en insistant sur l’adoption d’une nouvelle cible de réduction des GES, mais aussi pour un meilleur soutien aux pays en développement qui subissent déjà les impacts des bouleversements du climat.

« Plus on tardera à mettre fin à notre dépendance aux combustibles fossiles, plus la transition sera difficile pour l’ensemble de la société, et surtout pour les communautés les plus vulnérables », ajoute la directrice générale de la Fondation David Suzuki pour le Québec, Sabaa Khan. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs prédit mardi un rebond important des émissions de GES cette année, en raison de la croissance des émissions imputables à la combustion du pétrole, du gaz naturel et du charbon.

Selon l’ONU, les engagements climatiques des États ne sont toujours pas à la hauteur, plus de cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, puisque les engagements officialisés par les pays pourraient conduire la planète sur la voie d’un réchauffement de 3 °C à 4 °C d’ici la fin du siècle.

Si ce scénario se confirmait, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) prévient que le monde tel qu’on le connaît deviendrait carrément « méconnaissable », avec un « recul de l’espérance de vie » et « un recul de la qualité de vie » dans plusieurs régions de la planète. « L’état de santé et de bien-être » de la population serait ainsi « substantiellement réduit », et cet état continuerait de se dégrader au cours des décennies suivantes. Le GIEC met d’ailleurs en garde contre une hausse « majeure » des prix des aliments, des conflits et des migrations climatiques.