Le BAPE rejette le projet d’expansion du parc de résidus de la mine du lac Bloom

L’exploitation de la mine de fer du lac Bloom pourrait se poursuivre jusqu’en 2040.
Photo: Cliffs Natural Resources L’exploitation de la mine de fer du lac Bloom pourrait se poursuivre jusqu’en 2040.

Le BAPE recommande de ne pas autoriser le projet d’expansion du parc de résidus miniers de Minerai de fer Québec, l’entreprise qui exploite la mine de fer du lac Bloom, près de Fermont. L’organisme estime que la minière doit impérativement évaluer d’autres options que la destruction de lacs, de cours d’eau et de milieux humides pour stocker les 872 millions de tonnes de résidus qui seront produites au cours des prochaines années.

Dans un rapport très critique publié vendredi, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) conclut que la minière « devrait revoir son projet », puisqu’elle « n’a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques ». Le rapport souligne ainsi que le stockage des 872 millions de tonnes de résidus détruirait notamment 151 hectares de lacs et de cours d’eau, dont un lac de 88 hectares.

Selon le BAPE, qui a recueilli les avis d’experts indépendants, « l’entreprise s’est imposé des critères parfois trop sévères, tels que la distance par rapport au site d’exploitation et la présence de minerai sous la fosse, pour éliminer des solutions de rechange pour la disposition de ses résidus miniers et des stériles ». Parmi les options écartées « sans justification adéquate », le rapport mentionne le remblaiement de la fosse, comme cela se fait depuis plusieurs années pour les projets miniers au Québec.

Contrairement à la minière, le BAPE estime donc que « Minerai de fer Québec pourrait trouver une solution pour augmenter la capacité d’entreposage de ses résidus miniers et des stériles qui permettrait de minimiser son empreinte environnementale ». L’organisme est d’avis que « l’échéancier des travaux donnerait suffisamment de temps à l’initiateur pour qu’il mène les études additionnelles nécessaires à la révision des solutions de rechange ».

Exploitation jusqu’en 2040

Minerai de fer Québec, une filiale de la minière australienne Champion Iron, a racheté la mine de fer du lac Bloom avec l’aide d’Investissement Québec en 2016, après l’arrêt de la production par l’ancien propriétaire, Cliffs Natural Resources. L’entreprise, qui a enregistré des revenus de 785 millions de dollars en 2019, espère maintenant poursuivre l’exploitation du gisement jusqu’en 2040, à raison de 15 millions de tonnes par année. Le minerai brut sera exporté par bateau à partir de Sept-Îles.

Pour la durée de vie de la mine, l’entreprise évalue ses « besoins d’entreposage » de résidus miniers et de stériles à 1,3 milliard de tonnes, dont 872 millions qui devront être stockées dans de nouveaux sites situés près de la fosse de la mine. Or, la minière souligne que « l’espace terrestre disponible » est insuffisant. « Les différentes options étudiées dans le cadre de la variante terrestre ne seraient pas viables économiquement dans le cadre du projet », selon ce qu’on peut lire dans son étude d’impact de près de 5000 pages.

Lors de la présentation du projet au début des audiences du BAPE, à l’automne dernier, la minière a confirmé que huit lacs seraient donc détruits par le projet. Elle a également évoqué les superficies des autres cours d’eau et des milieux humides qui seraient détruits, mais sans en préciser le nombre.

Au cours d’une séance d’information tenue par le BAPE en juillet 2020, l’entreprise avait évoqué un total de 160 « cours d’eau » détruits, dont des cours d’eau intermittents. Selon les informations transmises au Devoir par le ministère de l’Environnement au sujet des cours d’eau touchés ou détruits, « le projet est susceptible de toucher 38 lacs et un étang », mais aussi « 41 ruisseaux ». À cela s’ajoute une perte d’habitat de 11,2 km² pour la faune terrestre.

Contrairement à certains projets miniers, Minerai de fer Québec rejette l’idée de remplir progressivement la fosse avec les résidus. L’entreposage de résidus ou stériles dans la fosse est « contre-indiqué dans les circonstances afin de ne pas mettre en péril l’exploitation d’une ressource potentiellement exploitable dans le futur », précise l’étude d’impact.

Réagissant à la publication du rapport du BAPE vendredi, le vice-président aux relations avec les investisseurs chez Champion Iron, Michael Marcotte, a affirmé que « le projet soumis par Minerai de fer Québec respecte en tout point le cadre légal et réglementaire actuel, qu’il a fait l’objet d’une analyse rigoureuse par 17 experts avec plus de 12 scénarios possibles, et qu’il a été développé en se basant sur la meilleure solution globale du point de vue des aspects environnementaux, sociaux et techniques ».

Compensation

La minière a par ailleurs indiqué que des projets de « compensation » ont été élaborés pour les milieux humides et hydriques qui seront détruits par le stockage prévu. Les plans de compensation doivent encore être approuvés par le ministère de l’Environnement.

Or, ces plans sont incomplets, déplore le BAPE dans son rapport. « À ce jour, le plan proposé par l’initiateur est provisoire et plusieurs de ses composantes sont encore en élaboration, en discussion ou en évaluation par les autorités provinciale et fédérale. Bien que cette pratique semble acceptable pour les ministères concernés, la commission est d’avis que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques devrait exiger un plan adéquat de compensation des pertes d’habitat du poisson et des milieux humides avant d’émettre son avis sur la recevabilité d’une étude d’impact, afin que le citoyen et les commissions d’enquête puissent faire une analyse complète et rigoureuse des mesures proposées par l’initiateur d’un projet. »

Pour les groupes environnementaux qui ont participé aux audiences du BAPE, le rapport démontre que la minière doit revoir son projet pour éviter la destruction de cours d’eau. Vendredi, ils ont réitéré leur souhait que les résidus soient placés dans la fosse de l’imposante mine à ciel ouvert. « Cette méthode est déjà en application dans d’autres mines. Elle permettrait de réduire l’empreinte du projet et d’éviter de détruire des lacs et des cours d’eau », a résumé Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine.

Est-ce que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, compte autoriser le projet présenté par la minière ? « Le travail d’analyse est toujours en cours. Nous ferons part de notre recommandation au plus tard à l’automne 2021 », a indiqué son cabinet par courriel.

Le gouvernement du Québec n’interdit pas la destruction de lacs, de cours d’eau et de milieux humides pour y stocker des déchets miniers. En 2018, il a d’ailleurs autorisé la minière ArcelorMittal à augmenter la superficie de son parc de résidus miniers, lui aussi dans la région de Fermont. Il est question d’y stocker 825 millions de tonnes de résidus d’ici 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045. Dans son rapport sur le projet, le BAPE précise que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux ». La minière a donc prévu un programme de « restauration » pour compenser la perte de milieux naturels.

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