Vers une société sobre en carbone

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Le secteur du transport est la plus grande source d’émission de carbone au Québec.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le secteur du transport est la plus grande source d’émission de carbone au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

L’UQAM vient tout juste de créer une Chaire de recherche sur la décarbonisation, pour mieux comprendre les effets des politiques et les conditions sociales, économiques et politiques qui favorisent les activités de décarbonisation.

La Chaire de recherche sur la décarbonisation est une des quatre nouvelles chaires stratégiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui visent à soutenir le développement de la recherche dans des domaines émergents, intersectoriels ou novateurs. « J’avais l’idée de monter une chaire qui ciblerait l’étude des efforts de décarbonisation au Québec, mais aussi à l’international », raconte Mark Purdon, qui a remporté le concours interne pour devenir titulaire de la nouvelle chaire. La subvention de démarrage durera trois ans, mais le professeur désire aller chercher d’autres financements et développer des partenariats ici comme ailleurs.

Professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM depuis 2018, Mark Purdon est politicologue et s’intéresse aux politiques de changement climatique. Il espère, avec sa nouvelle chaire, apporter un regard pluridisciplinaire dans la compréhension des conditions propres à favoriser la décarbonisation au Québec, mais également à l’international. La décarbonisation est l’ensemble de mesures et des techniques mises en place dans un pays pour réduire la consommation de combustibles fossiles.

Le Québec est un acteur important sur le plan des changements climatiques. En effet, grâce à son hydroélectricité, la province est à l’avant-garde sur ces questions : « Il y a des choses qui se passent ici que d’autres juridictions cherchent à répliquer. Ce n’est pas parfait, mais le Québec est dans une position intéressante : il est prêt à passer à la deuxième étape », précise M. Purdon. Alors que plusieurs pays cherchent encore à électrifier leur système d’énergie, le Québec peut commencer à réfléchir à une utilisation plus efficace de l’hydroélectricité et au développement de technologies innovantes. La coopération mondiale est donc un des facteurs clés pour favoriser la décarbonisation.

Favoriser les partenariats

Même si l’annonce de la chaire est toute fraîche, le professeur Purdon entrevoit des pistes de recherche, qui feraient suite à des travaux déjà en cours. Celui-ci dirige en effet le Partenariat de recherche conjoint sur le climat et les transports, qui inclut des partenaires de l’Ontario, du Québec, de la Californie et du Vermont. Le partenariat s’intéresse aux politiques de décarbonisation dans le secteur du transport (marché du carbone, politiques de tarification du carbone et autres instruments politiques), la plus grande source d’émission de carbone au Québec. La chaire prévoit aussi évaluer l’efficacité des activités de décarbonisation dans les secteurs de l’énergie et de la forêt.

La nouvelle chaire se penchera par ailleurs sur l’efficacité des projets de crédits compensatoires, surtout dans les pays en voie de développement. « On croit souvent que ça coûte moins cher à implanter dans ces pays-là, mais on doit réfléchir aux mécanismes et comprendre comment ça fonctionne », affirme le professeur qui a déjà travaillé en Afrique de l’Est.

Réunir les forces

Mark Purdon désire, avec sa chaire, bâtir des ponts entre ingénieurs, économistes, experts en modélisation et spécialistes des politiques de changements climatiques et de leurs conséquences sociales. « Il faut jumeler les expertises économiques et techniques pour vraiment accélérer la transition vers une société sobre en carbone », résume-t-il.

Cette approche interdisciplinaire permettra de mieux comprendre les conséquences et les effets des politiques sur la décarbonisation. Le professeur observe en effet une tendance à surestimer l’impact de celles-ci. « Les politiciens de partout dans le monde présentent des politiques sur papier et font des promesses. Nous voulons valider, mesurer les promesses, en incluant le côté technologique, économique et politique », dit-il.

D’un autre côté, les modèles de mesure des impacts peuvent parfois être déconnectés de la réalité : « Les impacts des changements climatiques peuvent être très compliqués. Le modèle peut parfois cacher quelque chose », soulève-t-il. L’expert voudrait donc intégrer les deux mondes pour suivre la réalisation et la mise en œuvre des politiques de décarbonisation, pour une approche robuste autant du point de vue technologique qu’économique. Les méthodes qualitatives tout comme les méthodes quantitatives seraient mises à profit pour une meilleure compréhension.

« C’est important d’être capable de mesurer les impacts des politiques de changement climatique, mais c’est un défi énorme », soutient-il. Et sans une compréhension globale du problème, il est facile de critiquer les solutions, comme le marché transitoire du carbone ou l’énergie nucléaire. « Mais ce n’est pas l’un ou l’autre. On doit en faire le plus possible », conclut M. Purdon.