Lueur d’espoir dans la lutte contre la crise climatique

En tout, 127 pays représentant 63% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ont pris des engagements, ou étudient la possibilité de le faire, en faveur de la carboneutralité. 
Photo: Getty Images En tout, 127 pays représentant 63% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ont pris des engagements, ou étudient la possibilité de le faire, en faveur de la carboneutralité. 

Si les États qui ont pris des engagements en faveur de la « carboneutralité » respectent cet objectif, il sera possible de s’approcher très près des cibles de l’Accord de Paris, et donc de limiter le réchauffement climatique, conclut une analyse scientifique publiée mardi. Mais il faudra pour cela adopter des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre nettement plus ambitieux, comme le gouvernement Trudeau a promis de le faire.

L’analyse réalisée par l’organisation Climate Action Tracker évalue que les récents engagements en faveur de la « carboneutralité » pris par différents États pourraient marquer un « tournant » en matière de lutte contre les bouleversements climatiques.

Le document cite d’entrée de jeu en exemple l’engagement du premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES), la Chine, qui dit vouloir atteindre cet objectif d’ici 2060. Les analystes prennent également acte de l’engagement du nouveau président américain, Joe Biden, en faveur de la carboneutralité d’ici 2050, de même que celui du Canada et du Japon, notamment.

En tout, 127 pays représentant 63 % des émissions mondiales étudient cette possibilité ou ont pris des engagements à cet effet. S’ils atteignent leur cible, il serait possible de limiter le réchauffement à 2,1 °C d’ici 2100, selon le scénario le plus optimiste de l’analyse de Climate Action Tracker.

Cela nous rapprocherait sérieusement du respect de l’Accord de Paris, dans lequel les signataires se sont engagés en 2015 à maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ».

Besoin d’ambition

Ce sursaut d’ambition climatique est certes « louable », ajoute Climate Action Tracker, mais il faudra qu’il s’accompagne rapidement de cibles « plus ambitieuses » de réduction des GES pour 2030, sans quoi le réchauffement pourrait s’approcher des 3 °C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. Pour le moment, peut-on lire dans l’analyse publiée mardi, on voit toujours « peu de mouvement » en ce sens.

Le gouvernement Trudeau a promis de revoir sous peu sa cible pour 2030 dans le cadre d’un nouveau plan climatique qui reste à préciser, mais qui doit conduire le Canada vers la « carboneutralité » d’ici 2050. Un projet de loi pour atteindre cet objectif a d’ailleurs été présenté la semaine dernière à Ottawa.

« Il y a un momentum à l’heure actuelle en faveur d’engagements envers la carboneutralité », constate Hugo Séguin, fellow au CERIUM et spécialiste des négociations climatiques. « On s’en va dans la bonne direction, même si on n’y va pas encore assez rapidement. »

Au-delà de promesses qui peuvent envoyer « un message politique fort », il estime justement que les bons mots devront être suivis de « plans conséquents » pour décarboniser l’économie et changer la trajectoire climatique actuelle. Il cite en exemple l’Europe, qui est déjà bien avancée dans les discussions devant mener à un rehaussement de l’ambition climatique pour la prochaine décennie.

Hugo Séguin ajoute qu’il faudra aussi qu’en plus des « gros émetteurs » qui se sont déjà engagés en faveur de la carboneutralité, d’autres pays prennent des engagements. Il cite en exemple l’Inde et le Brésil. Si ces États se joignent au mouvement, il serait possible de respecter les cibles de l’Accord de Paris, selon Hugo Séguin.

Viser le 1,5 °C

Porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin voit actuellement des signaux positifs de même nature que ceux qui ont permis de parvenir à la signature de l’Accord de Paris. « Les récents engagements des États-Unis, de la Chine, de l’Union européenne et du Japon viennent changer la dynamique internationale et redonnent un peu d’espoir dans la lutte climatique. La pression devra toutefois être maintenue sur les pays qui devront [mettre les] bouchées triples s’ils veulent respecter leur engagement à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C de manière à éviter des bouleversements climatiques catastrophiques. »

Analyste climat chez Équiterre, Émile Boisseau-Bouvier estime lui aussi que limiter le réchauffement à 2 °C serait insuffisant. « Il faut faire attention avant de crier haut et fort que c’est une bonne nouvelle, puisqu’on dépasse quand même la hausse de 1,5 °C, et ce, même avec les nouvelles estimations les plus optimistes. »

Cette limite du 1,5 °C a été identifiée par les scientifiques comme étant un réchauffement à ne pas dépasser pour éviter le pire pour les États les plus vulnérables, comme par exemple les régions côtières ou insulaires. Un tel bouleversement climatique impliquerait néanmoins des répercussions importantes à l’échelle du globe.

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1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 2 décembre 2020 11 h 55

    Pas confiance ni en Trudeau, ni en Legault

    Un petit pas peut-être, mais un pas en avant, ce qui est une denrée rare de ce Temps-ci. Dans votre édition d'aujourd'hui vous nous parlez de Bolsonaro, le président brésilien d'extrême Trump, qui blãme les ONG d'avoir mis le feu à l'Amazonie, dont Les feux ont augmenté de 83% cette année. Et comment peut-on croire Les promesses de M. Trudeau qui parle des deux côtés de la bouche en même temps. Et si le gouvernement québécois entérine le projet d'usine de liquéfaction de gaz naturel provenant du fractionnement en Alberta, comme MM. Legault et Fitzgibbon le souhaitent, eh bien vous pouvez dire adieu à l'atteinte des objectifs canadiens de réduction de ses G.E.S., même ses maigres objectifs actuels, nettement insuffisants ne seraient pas atteints, loin de là. J'ai plus confiance dans les promesses de Joe Biden et de M. Si Jing Ping, à La rigueur, de Macron et de la Communauté européenne, pour faire avancer tant soit peu nos espoirs de rëduction réels.