Les dommages environnementaux du projet de GNL Québec évalués à plus de 1,6 milliard de dollars

Woodside Energy ltd / Agence France-Presse Le méthanier de Woodside Energy Ltd au terminal de chargement de l’usine de gaz naturel liquéfié de Karratha, dans le nord de l’Australie-Occidentale

Les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique générées par l’usine de liquéfaction de GNL Québec pourraient entraîner des « dommages » environnementaux évalués à plus de 1,6 milliard de dollars. Les promoteurs promettent d’annuler ces impacts grâce à la compensation des émissions. Le ministère de l’Environnement n’a toutefois pas encore obtenu le plan précis de l’entreprise pour respecter cet engagement, pris sur une base volontaire.

L’évaluation financière des « dommages » climatiques potentiels du projet réalisée par GNL Québec se limite aux activités dans la province. Mais uniquement pour cette portion, on évalue que, sur une période d’un peu plus de 30 ans, les « coûts » pour la société québécoise liés à la « pollution atmosphérique » pourraient atteindre 419 millions de dollars. À cela s’ajoutent des impacts en matière de bouleversements climatiques estimés à 1,244 milliard de dollars, en raison des émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par l’usine.

Selon ce qu’on peut lire dans une analyse produite par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) à la demande du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), « l’initiateur mentionne que les dommages causés par les GES ne devraient pas être comptabilisés dans l’analyse avantages-coûts puisque le projet serait carboneutre ».

421 000
C’est le nombre de tonnes de gaz à effet de serre qu’émettrait chaque année l’usine de GNL Québec. Ce chiffre exclut les autres émissions liées au projet en sol canadien. Celles-ci atteindront chaque année près de huit millions de tonnes, soit 19 fois celles de l’usine.

Le ministère reconnaît que les promoteurs du projet d’exportation de gaz naturel albertain pourraient réduire, voire éliminer les impacts climatiques de leur usine de liquéfaction. Pour cela, GNL Québec devra proposer des mécanismes de « compensation » qui respecteront « les standards d’additionnalité et de permanence, en plus d’être vérifiables et réels ».

Ce plan détaillé a-t-il été déposé au MELCC pour que soit évalué sa teneur dans le cadre du rapport du BAPE qui est en cours de rédaction et qui doit être déposé en janvier prochain ? Pour le moment, seules « les grandes lignes du programme d’atteinte de la carboneutralité » ont été présentées,« de même qu’un calendrier de réalisation ». « Les mesures précises de compensation des émissions de gaz à effet de serre (GES) directes que générerait le complexe de liquéfaction n’ont pas encore été choisies », indique le ministère.

Le MELCC n’est pas en mesure de préciser quand le plan détaillé sera prêt. Selon le ministère, l’évaluation du respect de cet engagement volontaire « pourrait se faire sur la base d’un plan de compensation des émissions de GES déposé préalablement à la mise en service du complexe, mais aussi par rapport aux résultats de la mise en œuvre d’un tel plan ».

Par ailleurs, le promoteur n’a pas eu à présenter d’évaluation des « dommages » climatiques pour les émissions liées à l’exploitation du gaz par fracturation, son traitement, son transport par gazoduc et son utilisation finale, une fois exporté par navires. Le ministère a refusé notre demande d’entrevue.





 

Engagement volontaire

GNL Québec, qui développe son projet depuis plus de cinq ans, n’a pas précisé au Devoir quand serait déposé un plan complet pour atteindre la carboneutralité. « GNL Québec s’est formellement engagée avant le BAPE et à maintes reprises pendant les audiences à être carboneutre dès la première année d’opération », a toutefois rappelé la directrice affaires publiques et relation avec les communautés, StéphanieFortin. Il s’agit d’ailleurs d’un argument répété à plusieurs occasions pour répondre aux critiques de ce projet d’exportation d’énergie fossile.

Cet engagement concerne les émissions de GES sous la « responsabilité » de l’entreprise, soit celles de l’exploitation de l’usine, a ajouté Mme Fortin. Selon GNL Québec, l’usine émettrait chaque année 421 000 tonnes de GES. Ce chiffre exclut les autres émissions liées au projet en sol canadien. Celles-ci atteindront chaque année près de huit millions de tonnes, soit 19 fois celles de l’usine.

Selon ce qu’on peut lire dans les documents présentés par les promoteurs dans le cadre du BAPE, le respect de cet objectif dépend en bonne partie de l’implication d’Hydro-Québec. LaSociété d’État précise d’ailleurs par courriel que l’évaluation du raccordement au réseau est déjà en cours et que « l’échéancier du projet a été adapté afin de s’arrimer à celui du promoteur ». GNL Québec, qui consommerait autant d’énergie qu’une aluminerie, serait admissible à un tarif de « client industriel » et pourraitdemander un « tarif de développement économique », qui offre un rabais par rapport à ce tarif.

Les options sur la table

Disant vouloir développer « le complexe de liquéfaction le plus innovant et durable au monde », GNL Québec étudie six projets découlant de propositions recensées dans un rapport produit à la demande du promoteur par la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Son directeur, Claude Villeneuve, estime que plusieurs mesures devront être considérées pour espérer compenser l’ensemble des émissions de l’usine. Il souligne d’ailleurs que tous les nouveaux émetteurs de GES devraient compenser leurs émissions de GES. « Il est inadmissible de produire une tonne supplémentaire de GES si on souhaite faire du développement durable » et viser la carboneutralité d’ici 2050, comme l’exige la science climatique. Mais comme l’engagement de GNL Québec est volontaire, l’entreprise pourrait toujours décider de le mettre de côté, précise-t-il.

M. Villeneuve explique que la plantation d’arbres au Québec serait nettement insuffisante, puisque cela permettrait de compenser moins de 10 % des émissions, et ce, à partir de 2040. Il précise que l’achat de crédits compensatoires sur le marché ainsi que la récupération du CO2 émis et son utilisation dans d’autres projets industriels devraient aussi être évalués.

L’examen des options mentionne également la possibilité de liquéfier du « gaz naturel renouvelable » produit à partir de biomasse forestière, une option inscrite aussi dans les éléments présentés au BAPE par GNL Québec. Le projet n’a cependant pas été conçu pour commercialiser ce type de gaz, mais plutôt pour écouler à l’exportation la production gazière de l’Ouest canadien, qui est en croissance grâce à l’extraction par fracturation hydraulique.

Greenpeace juge par ailleurs que cette « carboneutralité » de la seule usine ne doit pas faire oublier le bilan climatique global du projet, que l’organisation évalue à 50 millions de tonnes par année. « L’évaluation de l’impact du projet doit être globale et ne peut se limiter seulement aux émissions de GES en territoire québécois alors que ces dernières constitueraient à peine 1 % des émissions totales du projet », souligne son porte-parole, Patrick Bonin.

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15 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 30 novembre 2020 06 h 05

    L’entretien du flou

    Depuis le temps qu'on en parle, on ne sait toujours pas trop à quoi s'en tenir vraiment avec l'information en lien avec ce projet mortifère.

    Combien de millions de tonnes de GES par année au total? 8,5 MT/an (421 kT pour l'usine et 8 MT pour les autres considérants), tel que mentionné en cours d'article ou 50 MT/an selon l'évaluation qu'en fait Greenpeace?

    Carboneutralité du projet d'usine effective? Ou simplement énoncée à répétition par madame Stéphanie Fortin à la manière de Donald Trump pour tenter d'arriver à la faire croire par tout le monde.

    Quelles mesures compensatoires? Planter des arbres seulement ou pas? Où? Combien?Quelles essences? GNL ne le dit toujours pas encore parce que son plan de match à cette enseigne n'est toujours pas défini. Et le ministère de l'Environnement ne le sait toujours pas encore, lui, le MELCC qui refuse les entrevues parce qu'il n'a toujours pas de réponses aux questions qu'on lui pose.

    Et la production du gaz obtenu par fracturation hydraulique en Alberta. ? Et son acheminement jusqu'à l'usine par gazoduc à travers de nombreux cours d'eau et des forêts qui abritent des espèces en péril ou menacées d'extinction. ? Et le transport du gaz liquéfié par bateau citernes géants. ? Et la survie mise à risque des bélugas. ? Et..., et..., et... ?

    Beaucoup de points d'interrogation autour desquels le flou me semble sciemment entretenu par GNL et le gouvernement Legault de la CAQ. Et je crains fort que, pour cause d'épuisement des troupes et à force d'être entretenus dans le flou, nous finirions par être floués... si on baisse la garde.

    • Daniel Grant - Abonné 30 novembre 2020 10 h 10

      Mais il faut comprendre notre PM il ne connaît pas encore son horoscope du jour de décision du BAPE.
      Et le ministre de l'environnement lui il s'arrange pour que l'environnement ne dérange pas les pollueurs, tsé.

  • Jacques Rousseau - Abonné 30 novembre 2020 07 h 25

    Des engagements sans valeur

    Sur le site du projet Énergie Saguenay (https://energiesaguenay.com/fr/environnement/developpement-durable/ ), on peut lire ce à quoi s'engage GNL Québec en matière de développement durable. C'est ainsi qu'on peut lire que GNL Québec s'engage « dans la mesure du possible (faisabilité technique et économique) » à « Se conformer aux lois et règlements encadrant ses activités ». Autrement dit, GNL Québec ne s'engage même pas à respecter les lois et règlements encadrant ses activités. Elle décidera de ce qui lui convient en la matière. Elle se place au-dessus des lois et règlements du Québec et du Canada. Si son projet Énergie Saguenay était approuvé par le gouvernement du Québec, on peut s'attendre au pire de ce point de vue.

  • Dominic Alexandre - Abonné 30 novembre 2020 07 h 38

    L'opinion publique...on s'en fout

    Ce projet ne fait aucun sens. C'est inacceptable de développer un projet qui va favoriser l'émission des GES dans cette ampleur. Les Québécois s'opposent à ce genre de projet. Quel est le but recherché par ce gouvernement ? l'argent ? Encore un gouvernement qui n'a pas de couilles, et qui pellete le problème dans la cours des générations futures. C'est DÉSOLANT !

  • Brigitte Garneau - Abonnée 30 novembre 2020 07 h 46

    Destruction volontaire qui mène tout droit à l'irréparable

    N'est-ce pas Albert Einstein qui disait que deux choses sont infinies: l'univers et...la bêtise humaine?

    • Daniel Grant - Abonné 30 novembre 2020 09 h 57

      Et je ne suis pas sûr de l'univers, disait-il.

  • Clément Fontaine - Inscrit 30 novembre 2020 08 h 11

    Un projet tout à l'opposé du développement durable

    Il est intéressant d’avoir pour une fois l’avis du directeur de la Chaire en éco-conseil de l’UQAC sur le projet de GNL Québec. Tout en ayant fourni divers scénarios pour permettre au complexe de liquéfaction de La Baie d’attendre la carboneutralité, M. Villeneuve confirme que l'atteinte hypothétique de cet objectif serait très loin de compenser l’ensemble des émissions de GES additionnels que générerait Énergie Saguenay.

    Même s"il parvenait à remplacer le charbon ou le prétrole en Europe et en Asie, comme le prétend l’entreprise, le gaz méthane extrait à 85% par la fracturation hydraulique en provenance des provinces de Ouest ne contribuerait pas à ralentir le réchauffement climatique. Mais ce mythe entretenu par les promoteurs est tenace ,car il sert de prétexte pour démarrer une exploitation perçue par certains gens d’affaires influents et une majorité d'élus qui leur sont inféodés comme la solution à toutes les difficultés économiques du Saguenay-Lac-St-Jean.

    • Gilles Théberge - Abonné 30 novembre 2020 11 h 25

      "Remplacer le charbon en Europe et en Asie "... !

      C'est bien beau tout ça, mais où ça, mais à quels clients vont'ils vendre ça, ce pétrole "sale" ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 novembre 2020 16 h 15

      La vraie question est: Mais pourquoi diable le gouvernement de la CAQ fait-il durer la comédie ...Tout en y jouant un rôle de figurant (covid oblige) asymptomatique.? Bizarre !
      Merci encore à A. Shields de ne pas nous lâcher ...car sans lui, nous ne saurions jamais ce qui se trame.