Les cerfs en surnombre à Montréal aussi

Les cerfs menacent non seulement la régénération de la végétation, mais aussi les habitats d’autres espèces animales, comme les oiseaux. Sur la photo, un cerf de Virginie dans le parc Michel-Chartrand, à Longueuil. 
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les cerfs menacent non seulement la régénération de la végétation, mais aussi les habitats d’autres espèces animales, comme les oiseaux. Sur la photo, un cerf de Virginie dans le parc Michel-Chartrand, à Longueuil. 

Les problèmes de surpopulation de cerfs de Virginie ne concernent pas que Longueuil. Montréal est aussi aux prises avec des situations similaires dans différents secteurs de l’île, mais pour le moment, la Ville n’a pas pris de décision sur ce qui doit être fait pour tenter de limiter les dégâts que les cervidés font subir à différents écosystèmes.

Dans le parc-nature de Pointe-aux-Prairies, dans l’est de l’île de Montréal, les cerfs de Virginie font des ravages. « Le broutage du cerf a un impact important sur la structure de la végétation et sur la régénération des forêts. Il y a des espèces végétales des sous-bois qui disparaissent », reconnaît le biologiste Frédéric Bussière, conseiller en aménagement au Service des grands parcs de la Ville de Montréal. Il cite le cas du trille blanc, une espèce jugée vulnérable qui est disparue du parc-nature, alors que des plantes envahissantes, comme le nerprun, prolifèrent.

Une population en croissance

Selon les données transmises par la Ville, le cerf de Virginie a été observé pour la première fois en 1997 au parc-nature, mais sa population a rapidement augmenté et, lors du dernier inventaire aérien réalisé au cours de l’hiver 2017, 32 cerfs ont été recensés, soit une densité de près de 20 cerfs par kilomètre carré. « On sait que ce sont des densités trop importantes », reconnaît Frédéric Bussière.

Les prochains inventaires de cerfs au parc-nature de Pointe-aux-Prairies sont prévus à l’hiver 2021, mais, selon les sources consultées par Le Devoir, il est déjà acquis qu’une intervention devra être menée pour protéger la végétation dans ce parc montréalais et ailleurs sur l’île. Les cerfs menacent non seulement la régénération de la végétation, mais aussi les habitats d’autres espèces animales, comme les oiseaux.

Le broutage du cerf a un impact important sur la structure de la végétation et sur la régénération des forêts. Il y a des espèces végétales des sous-bois qui disparaissent.

 

La Ville pourrait-elle procéder à un abattage de cerfs comme l’avait envisagé Longueuil ? « Il est trop tôt pour le dire. Il faut analyser la situation pour bien démontrer qu’il y a un problème, soutient Frédéric Bussière. Mieux vaut agir plus tôt que plus tard, mais cette décision ne me revient pas. »

Le cas de Longueuil, qui a provoqué une levée de boucliers de la part des animalistes, a démontré que la question est délicate. Réduire la population peut aussi inciter d’autres cerfs à migrer sur le territoire, un élément dont il faut tenir compte, signale M. Bussière.

Dans l’ouest de l’île, les chevreuils sont nombreux aussi. Directeur général du Zoo Ecomuseum situé à Sainte-Anne-de-Bellevue, David Rodrigue a été en mesure de le constater dans les milieux forestiers où les cerfs ont brouté la végétation sur une hauteur d’environ sept pieds. « C’est certain que ça va demander une réflexion plus profonde et mieux argumentée que celle qui s’est produite la semaine dernière [concernant les cerfs de Longueuil]. La surpopulation est en train de ruiner les écosystèmes en entier », dit-il.

Et les coyotes ?

Frédéric Bussière n’est pas en mesure de dire si les coyotes présents sur l’île de Montréal peuvent avoir un effet régulateur sur la population de chevreuils. « En théorie, le coyote est un prédateur du cerf. Mais ce n’est pas nécessairement un prédateur efficace. Son efficacité va dépendre entre autres des conditions de neige. »

En 2018, de nombreux signalements avaient été faits sur la présence de coyotes dans les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville et de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et des cas de morsure avaient été recensés. Le nombre de signalements a toutefois chuté de façon importante depuis, indique Frédéric Bussière. « On pense que les signalements étaient dus à un ou deux animaux qui avaient développé des comportements anormaux. Mais ils ont disparu des radars. »

Comme la Ville n’a pas fait d’inventaire des coyotes, elle ne peut dire s’ils ont quitté ce secteur ou s’ils sont simplement discrets. « Les densités de coyotes à Montréal ne sont peut-être pas si importantes », dit-il.

Des dizaines de milliers de morts chaque année

On a fait grand cas des 15 cerfs de Virginie que la Ville de Longueuil voulait abattre, avant de se raviser à la suite de menaces. Il faut toutefois savoir que des dizaines de milliers de cerfs de Virginie, une espèce abondante au Québec, sont tués chaque année dans la province. Selon les données du ministère de la Faune, quelque 47 600 cerfs ont ainsi été tués légalement par des chasseurs en 2019. Les données fournies par le ministère des Transports indiquent aussi qu’en 2017 et 2019, on a recensé une moyenne annuelle de 7862 accidents routiers impliquant un cerf de Virginie au Québec. Les conditions météorologiques peuvent également réduire substantiellement certains cheptels. Sur l’île d’Anticosti, on comptait environ 166 000 cerfs de Virginie en 2006, plus d’un siècle après leur introduction dans le milieu. Or, en août 2018, l’inventaire du ministère a permis d’estimer le cheptel à environ 37 000 bêtes. Cela représente une baisse de 78 % sur une période de 12 ans.

À voir en vidéo