GNL Québec: des médecins dénoncent l’industrie «nuisible» de la fracturation hydraulique

Photo: Agence France-Presse via Woodside Energy Ltd C’est aussi le boom gazier lié à la fracturation au Canada et aux États-Unis qui justifie la construction de terminaux maritimes pour l’exportation de gaz naturel liquéfié. Ou comme ici, en Australie, où on pouvait voir, en 2012, un pétrolier à l’usine de liquéfaction de Karratha.

Si le gouvernement donne le feu vert au projet d’usine de liquéfaction de GNL Québec, il encouragera l’exploitation gazière par fracturation, alors que cette industrie est « nuisible » à la santé humaine et à l’environnement. C’est ce qu’affirme l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) dans le mémoire déposé en vue des audiences du BAPE sur le projet Énergie Saguenay. Elles reprennent lundi avec une participation record, l’organisme ayant reçu plus de 3000 mémoires.

« La fracturation hydraulique comporte des risques importants pour la santé humaine des communautés vivant à proximité des puits. Selon plusieurs analystes, la très grande majorité du gaz exploité par Énergie Saguenay sera issue de cette méthode non conventionnelle d’exploitation des hydrocarbures. Le projet Énergie Saguenay contribue ainsi à encourager une industrie nuisible à la santé de plusieurs communautés au Canada », résume l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) dans son mémoire.

Le président de la commission du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’usine GNL Québec, Denis Bergeron, a affirmé lors de la première partie des audiences que l’examen du projet « n’est pas le débat sur le gaz de schiste. C’est le débat sur un complexe de liquéfaction ». Il n’en demeure pas moins que la
quasi-totalité du gaz naturel liquéfié au Saguenay serait exploitée par fracturation. La croissance de cette industrie, qui est interdite au Québec, explique d’ailleurs la hausse de la production en Alberta, d’où proviendrait le gaz. C’est aussi le boom gazier lié à la fracturation au Canada et aux États-Unis qui justifie la construction de terminaux maritimes pour l’exportation de gaz naturel liquéfié.



 

Contamination

Or, affirme l’AQME en citant des études scientifiques menées au Canada et aux États-Unis, « cette technique d’exploitation d’hydrocarbures comporte malheureusement son lot de risques pour la santé des populations environnantes, notamment en raison de la contamination de l’air, de l’eau et des sols qu’elle entraîne ».

La Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, qui a participé à la rédaction du mémoire des médecins, souligne ainsi que, malgré le fait que le recours massif à la fracturation hydraulique remonte seulement à une dizaine d’années, des analyses ont déjà mis en lumière plusieurs risques pour la santé humaine. « Les plus importants qui sont rapportés touchent les problèmes reproducteurs, les maladies respiratoires, les problèmes oto-rhino-laryngologiques, les perturbations endocriniennes, les risques d’augmentation de cancers et, finalement, l’impact psychologique et social de cette industrie. »

L’AQME rappelle aussi que la composition des liquides de fracturation (chaque forage peut utiliser jusqu’à 10 millions de litres) « demeure un secret industriel », ce qui limite sérieusement « l’évaluation des risques liés aux produits utilisés et à leurs interactions ». « Des chercheurs ont cependant réussi à identifier près de 1000 produits chimiques », indique le mémoire, en précisant que « 90 % sont toxiques pour l’humain et plusieurs pourraient causer le cancer ».

Pour le moment, on sous-évalue les impacts sur la santé humaine de ce projet

 

L’Association américaine de santé publique « a récemment diffusé un énoncé de politique recommandant la cessation de nouveaux développements [de l’industrie] ainsi que l’élimination progressive des infrastructures existantes lorsque cela est possible. Selon cette recommandation, le projet Énergie Saguenay ne devrait pas voir le jour », conclut l’AQME. L’Association canadienne des médecins pour l’environnement a elle aussi réclamé au début de l’année un moratoire sur l’expansion de l’industrie et un arrêt progressif des opérations en cours.

Le gouvernement Trudeau et le gouvernement Legault ont cependant tous deux manifesté leur appui à des projets de terminaux maritimes d’exportation de ce gaz issu de la fracturation. Une attitude « irresponsable », selon la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers. « Pour le moment, on sous-évalue les impacts sur la santé humaine de ce projet. Il n’y a pas eu, par exemple, d’évaluation des impacts sociaux et psychologiques. Il y a aussi la fracturation hydraulique, qui utilise des produits toxiques et qui comporte des risques pour les communautés et les travailleurs. Et il y a la crise climatique, qui va affecter la santé des gens. On semble donc être prêts à risquer la santé de la population. »

GNL Québec affirme pour sa part que les 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié qui seraient exportées chaque année permettraient de lutter contre la crise climatique, puisque le gaz naturel pourrait remplacer des sources d’énergie plus polluantes, comme le charbon. Celui-ci émet en effet des quantités importantes de gaz à effet de serre, mais aussi des particules polluantes toxiques.

3000 mémoires

L’Association québécoise des médecins pour l’environnement fait partie des nombreux intervenants qui ont déposé un mémoire en vue de la deuxième partie des audiences du BAPE sur le projet, qui se tiendront de façon numérique dès ce lundi. Tout indique que ces audiences vont battre un record d’affluence. Selon les données transmises vendredi par le BAPE, l’organisme a reçu plus de 3000 mémoires, un nombre sans précédent dans l’histoire de l’organisme. Un total de 184 documents écrits seront présentés lors des audiences, en plus d’une quarantaine de présentations verbales.

Le président du BAPE, Philippe Bourke, a par ailleurs répondu aux organisations qui ont formulé une « plainte » à l’endroit de la commission sur le projet de GNL Québec. Dans une lettre qui s’adresse notamment à La Planète s’invite au Parlement et au Mouvement Québec indépendant, il rappelle qu’il n’a pas le pouvoir de reporter les audiences, qui se tiendront uniquement de façon numérique pendant les deux semaines à venir. Seul le ministre de l’Environnement pourrait le faire, mais il a déjà fermé la porte à cette possibilité.

M. Bourke défend également de nouveau la décision de nommer Denis Bergeron pour présider la commission. Dans le cadre de la procédure de vérification relative à l’absence de conflit d’intérêts menée par le conseiller juridique du BAPE, « j’ai jugé que monsieur Bergeron n’a pas eu de liens avec l’industrie gazière pouvant affecter son impartialité dans le cadre de l’analyse du projet GNL Québec », écrit-il. Avant d’être nommé au BAPE, M. Bergeron a travaillé pendant 16 ans comme « consultant » pour l’Association canadienne de l’industrie et de la chimie, qui fait la promotion des intérêts d’entreprises pétrochimiques impliquées dans le secteur gazier au Canada.

Philippe Bourke estime enfin que la question des émissions de gaz à effet de serre a jusqu’ici été prise « très au sérieux » par les commissaires, à qui il appartient de déterminer comment « les principaux enjeux » du dossier seront pris en compte. Lors de la première partie des audiences, M. Bergeron a refusé de s’engager à tenir compte de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées au projet. Il a simplement invité les participants à lire le rapport, qui sera remis au gouvernement en janvier 2021.

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