La 50e édition du Jour de la Terre se tient sous le signe du coronavirus

Pour le moment, la crise a surtout eu pour effet de repousser des rendez-vous cruciaux en matière de protection de l’environnement à laquelle sont liés les changements climatiques et leurs conséquences catastrophiques, comme ici  les inondations de 2017 dans  le quartier  de Zengcheng,  à Guangzhou, dans la province chinoise du Guangdong.
STR / AFP Pour le moment, la crise a surtout eu pour effet de repousser des rendez-vous cruciaux en matière de protection de l’environnement à laquelle sont liés les changements climatiques et leurs conséquences catastrophiques, comme ici les inondations de 2017 dans le quartier de Zengcheng, à Guangzhou, dans la province chinoise du Guangdong.

Au moment où la 50e édition du Jour de la Terre se tient ce mercredi en pleine crise planétaire, l’ONU prévient qu’il sera essentiel de « reconstruire en mieux » afin de se protéger contre les futures « menaces mondiales ». Pour cela, il faudra s’attaquer rapidement à la crise climatique, à la pollution croissante et au déclin abrupt de la biodiversité.

« La pandémie est un rappel brutal de la vulnérabilité des humains et de la planète face aux menaces internationales. Il faut remédier aux dommages non maîtrisés causés à notre environnement », insiste le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dans un message sans équivoque publié mardi.

« La nature est en crise », ajoute l’organisme, en rappelant le recul historique de la biodiversité, l’augmentation de différentes formes de pollution et, surtout, les bouleversements du climat. « Ignorer les menaces de destruction de l’environnement présente des risques et ceux-ci doivent être compris et traités grâce à des mesures de protection et des politiques adaptées. »

En matière de réduction de la menace climatique, le PNUE précise que la tâche s’annonce toujours colossale, malgré la réduction temporaire des émissions de gaz à effet de serre provoquée par la crise de la COVID-19. Pour espérer limiter le réchauffement global à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, l’organisme onusien évalue qu’il faudrait que les émissions reculent chaque année de 7,6 %, et ce, jusqu’en 2030.

Alors que beaucoup craignent que la crise sanitaire ralentisse encore davantage la lutte contre la crise du climat — les engagements actuels des États nous conduisent à un réchauffement d’au moins 3 °C —, l’ONU affirme qu’il faut « envoyer un message clair aux dirigeants du monde pour qu’ils agissent » et que la protection de l’environnement soit au cœur d’une volonté internationale de « reconstruire en mieux ».

À l’instar des appels répétés des groupes écologistes et de plusieurs scientifiques depuis le début de la crise actuelle, le PNUE insiste donc sur la nécessité de « prendre des mesures urgentes » en faveur d’une « transition vers des emplois verts » et « une stimulation économique durable ». En clair, la sortie de crise à venir devrait impliquer une réduction marquée de notre dépendance aux énergies fossiles, qui comblent toujours 80 % des besoins mondiaux, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Quelle relance ?

Pour le moment, la crise a surtout eu pour effet de repousser des rendez-vous cruciaux en matière de protection de l’environnement, dont la 26e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26). Prévue en novembre, elle devait permettre de préciser des objectifs plus ambitieux de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un autre sommet de l’ONU prévu pour adopter un plan international de protection des écosystèmes terrestres et maritimes a lui aussi été reporté.

La grande inconnue demeure la couleur des plans de relance qui seront mis de l’avant. Responsable climat à la Banque mondiale, Stephen Hammer écrivait la semaine dernière que la « décarbonisation » de l’économie devrait être une priorité, tout comme la restauration des milieux naturels et les investissements dans la résilience climatique.

Dans ce contexte, il reste à voir quels seront les signaux envoyés par les gros pollueurs que sont la Chine et les États-Unis, deux pays qui représentent notamment plus de 40 % des émissions mondiales. Après la crise de 2008, les autorités chinoises avaient misé sur des projets d’infrastructures énergivores, provoquant une hausse des émissions de CO2 des centrales à charbon. Mais depuis, le pays, toujours très dépendant du charbon, est devenu le premier investisseur mondial dans les énergies renouvelables. Quant aux États-Unis, le président américain tente surtout, pour le moment, de préserver le secteur pétrolier et gazier, frappé de plein fouet par la crise.

Certains signaux encourageants ont toutefois été lancés au cours des derniers jours. En Europe, les ministres de l’Environnement de 17 pays ont assuré début avril qu’ils ne perdraient pas de vue « la crise écologique », soulignant l’importance du projet de Pacte vert européen, « stratégie de croissance » capable de « stimuler l’économie et de créer des emplois, tout en accélérant la transition verte ».

Dirigeante d’un groupe de scientifiques associés à l’ONU citée par l’AFP, Anne Larigauderie rappelle toutefois que les risques de pandémies devraient augmenter au cours des prochaines années, en raison notamment de la destruction accélérée des milieux naturels.

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