La faune sauvage n'effectue pas de retour dans nos villes, malgré la crise

Les images d’animaux sauvages photographiés en milieux urbains abondent sur le Web depuis le début du confinement planétaire imputable à la crise de la COVID-19. Or, malgré certaines apparences, la faune n’est pas en voie d’effectuer un retour dans les zones habitées, même si la situation actuelle offre l’occasion d’observer des espèces que nous côtoyons habituellement dans une relative indifférence.

Au cours des dernières semaines, on a vu des canards dans les rues de Paris, des groupes de chèvres de montagne se promenant dans une ville du Pays de Galles, mais aussi des renards, des lapins et d’autres animaux traversant des rues désertes ou relaxant au soleil, dans des milieux urbanisés où l’activité humaine est momentanément à l’arrêt.

À Montréal aussi, des dindons sauvages ont été aperçus dans un secteur résidentiel de Pointe-aux-Trembles. D’autres observations fauniques ont été rapportées au Devoir, dont des cerfs de Virginie dans l’est de la ville, ainsi que plusieurs espèces d’oiseaux, certaines jugées plutôt rares par les observateurs.

« La faune urbaine, qui comprend les espèces qui se sont adaptées aux zones urbaines ou périurbaines au cours des dernières années, semble être plus visible », constate d’ailleurs le directeur général du zoo Ecomuseum de Sainte-Anne-de-Bellevue, David Rodrigue.

À l’instar d’autres régions du monde qui sont en arrêt forcé, la circulation automobile et la présence humaine se font moins sentir dans les secteurs urbanisés au Québec, ce qui a pour effet de réduire le « dérangement ». « Les animaux vont donc se déplacer davantage, en quête de nourriture », résume M. Rodrigue. « Est-ce qu’il y a plus d’animaux ? Probablement pas, mais ils sont plus visibles. Et dans le cas des dindons sauvages, c’est relativement nouveau de les voir en milieu aussi développé. Peut-être que la baisse du dérangement favorise leurs déplacements vers des milieux urbanisés comme Montréal. Il faut savoir que ce sont des animaux habituellement très craintifs. »

La baisse de la circulation automobile devrait également réduire les mortalités accidentelles chez plusieurs espèces animales, ajoute David Rodrigue. Dans ce contexte, il souligne que la crise actuelle devrait surtout nous démontrer que nous partageons un espace commun avec les espèces qui proviennent des milieux naturels. « Nous avons tendance à nous dissocier des écosystèmes, mais il ne faut pas oublier que nous sommes nous aussi une espèce animale. Et nous avons besoin des écosystèmes. Nous respirons parce qu’il y a des plantes et nous sommes liés à la faune qui, elle, a besoin de milieux naturels préservés. »

Selon lui, les Québécois devraient aussi prendre conscience du privilège que représentent les observations fauniques en milieu urbain, ou encore tout près des secteurs développés. « En termes de diversité d’espèces et d’accès aux milieux naturels, nous sommes privilégiés. »

En entrevue à La Presse canadienne, James Page, de la Fédération canadienne de la faune, estime qu’il y a de plus en plus d'observations de la faune au Canada. Il souligne que 15 000 nouvelles observations ont été signalées dans les premiers jours d'avril sur inaturalist.ca, où les citoyens peuvent noter leurs observations, contre 9500 pour la même période l'an dernier.

Spécialiste des espèces en péril et de la biodiversité, M. Page juge cependant qu'il est trop tôt pour parler d’un verdissage des villes ou d'une renaissance de la nature. Selon lui, même si les animaux sont plus visibles, une partie de l'augmentation est probablement due au fait que les gens restent à la maison en raison de la pandémie. Ils sont donc plus susceptibles de repérer la faune.

Migrations d’oiseaux

Plusieurs observations de différentes espèces d’oiseaux ont par ailleurs été mentionnées au cours des derniers jours dans la région de Montréal. Un phénomène normal, selon le directeur général de QuébecOiseaux, Jean-Sébastien Guénette. De très nombreux oiseaux, dont des rapaces, des bernaches du Canada, ou encore des hérons, sont présentement en période de migration printanière.

« On peut voir plusieurs espèces actuellement à Montréal. Seulement dans ma cour, j’ai déjà identifié plus de 80 espèces », précise-t-il, en ajoutant que le confinement lui a notamment permis d’observer de sa fenêtre une espèce qu’il n’avait pas vue depuis quelques années.

Ça dépend de la durée de la pause. Si la pause perdure seulement pendant quelques semaines, ça ne risque pas d’avoir une grande influence sur la présence des oiseaux.

L’organisme QuébecOiseaux vient d’ailleurs de lancer le programme « Des oiseaux à la maison », en collaboration avec le Scientifique en chef du Québec, afin d’inciter les Québécois forcés de limiter leurs déplacements à découvrir les différentes espèces de la faune aviaire observables de leur domicile.

Selon M. Guénette, il est toutefois trop tôt pour dire si le ralentissement marqué de l’activité humaine aura une incidence positive, notamment pour les oiseaux qui côtoient les milieux urbanisés. « Ça dépend de la durée de la pause. Si la pause perdure seulement pendant quelques semaines, ça ne risque pas d’avoir une grande influence sur la présence des oiseaux. Ça ne changera rien pour les principales menaces qui affectent les oiseaux, comme la perte d’habitats ou la prédation par les chats. À ce que je sache, les chats ne sont pas confinés. »

Des rats urbains affamés

Avec des villes paralysées, et surtout des restaurants fermés, les populations de rats de plusieurs grandes villes américaines sont carrément en situation de « survie », selon des experts cités par NBC News. Ils rappellent ainsi que les rats qui vivent dans les milieux urbains dépendent directement de la nourriture jetée en grandes quantités par les humains, notamment par les restaurateurs et les épiciers. Or, des milliers de ces commerces sont aujourd’hui fermés, pour limiter la propagation de la COVID-19. Cela a eu pour effet de couper la principale source d’alimentation pour plusieurs populations de rats, qui se tourneraient désormais vers l’attaque d’autres groupes de rats, ou encore le cannibalisme. Dans certaines villes, dont La Nouvelle-Orléans, les rats sont aussi plus visibles que jamais dans les rues.