Le secteur des énergies fossiles plombe toujours plus le bilan de GES du Canada

Le secteur pétrolier et gazier représentait en 2018 un total de 26% des toutes les émissions du Canada.
Photo: iStock Le secteur pétrolier et gazier représentait en 2018 un total de 26% des toutes les émissions du Canada.

Au moment où le gouvernement Trudeau s’apprête à dévoiler un plan d’aide financière pour aider l’industrie pétrolière et gazière, une mise à jour des émissions de gaz à effet de serre du Canada publiée mercredi démontre que le secteur des énergies fossiles plombe chaque année un peu plus le bilan du pays, qui continue pour sa part de s’alourdir.

Pour se conformer à ses engagements au sein de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Canada est tenu de produire un rapport détaillé de ses émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aussi des engagements pris par le pays et des résultats attendus. Ces documents, qui totalisent plus de 570 pages, ont été publiés mercredi par le fédéral.

Ces données, qui font état de la situation qui prévalait en 2018 (en raison des délais pour les comptabiliser à l’échelle nationale), indiquent une croissance de 2 % des émissions de GES entre 2017 et 2018, soit une hausse de 15 millions de tonnes (Mt). Le total des émissions du pays atteignait ainsi 729 Mt en 2018, contre 714 Mt en 2017 et 706 Mt en 2016. Il s’agit du bilan le plus lourd depuis 2008.

Le Canada s’éloigne donc un peu plus de ses objectifs de réduction des GES et de son engagement dans le cadre de l’Accord de Paris. Ottawa aura en effet fort à faire pour atteindre son objectif de réduire les émissions nationales de GES de 30 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Le respect de cet objectif imposerait de ramener les émissions à 511 Mt.


 

Or, en additionnant les mesures du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques et les « mesures supplémentaires » dont la mise en œuvre est à venir, on ne parvient seulement à une réduction de 19 %. En campagne électorale en 2019, le gouvernement Trudeau s’est toutefois engagé à dépasser sa cible de 2030 et à atteindre un bilan net de zéro émission en 2050.

Selon les constats du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le Canada devrait d’ailleurs être plus ambitieux. Pour limiter les bouleversements du climat de façon à respecter les cibles de l’Accord de Paris, il faut cibler une réduction de 45 % des émissions d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010. Pour y parvenir, le Canada devrait ramener ses émissions à 381 Mt.

Croissance des fossiles

En analysant les données par « secteur économique », on constate que le secteur pétrolier et gazier représentait en 2018 un total de 26 % des toutes les émissions du Canada, avec 193 Mt, en hausse de 4,1 Mt entre 2017 et 2018. Et avant la crise provoquée par la pandémie, le secteur prévoyait toujours une croissance marquée de la production d’énergies fossiles (pétrole et gaz naturel) au cours des prochaines années.

Concrètement, l’industrie des énergies fossiles émet aujourd’hui près de deux fois plus de GES qu’il y a de cela 30 ans. Il faut dire qu’au cours de cette période, la production a bondi de 170 % au pays, selon ce que précisent les documents du fédéral. Fait à noter, l’« intensité » des émissions de la production pétrolière globale a elle aussi augmenté au cours de la période.

La quasi-totalité de la croissance de la production des 30 dernières années est imputable aux sables bitumineux, un secteur dont les émissions liées à la production ont augmenté de 456 % depuis 1990, toujours selon les données du fédéral. Sans surprise, l’exploitation des sables bitumineux constitue donc le poids lourd du bilan de GES du secteur des énergies fossiles, avec 84 Mt pour la seule année 2018, soit davantage que toutes les émissions du Québec.

La production et le traitement du gaz naturel ont généré un total de 50 Mt (26 % de tout le secteur des énergies fossiles), soit davantage que la production de pétrole conventionnel et l’industrie du raffinage combinées.

Le bilan fédéral indique aussi une croissance continue des émissions du secteur des transports, qui représente à lui seul 25 % du total. La croissance entre 2017 et 2018 est même plus forte que celle de l’industrie pétrolière et gazière, avec une hausse de 7,3 Mt.

Aplanir la courbe

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, ce nouveau bilan fédéral démontre que le gouvernement devrait imposer des mesures de réduction des émissions dans le secteur pétrolier et gazier, sans quoi il ne sera pas possible de respecter les engagements climatiques canadiens.

Pour respecter la cible de réduction fédérale de 30 % par rapport à 2005, « il faudra réduire les émissions de 30 % d’ici 2030, ou l’équivalent de les réduire de 2,5 % par année d’ici 2030. Ce serait du jamais vu », souligne-t-il. « Si le gouvernement Trudeau prend les milliards de dollars quémandés par l’industrie pétrolière et les investit plutôt dans une relance verte et juste pour les travailleurs, il pourrait créer des milliers d’emplois d’avenir et aplatir rapidement la courbe du climat. »

Hausse des GES au Québec

Le bilan fédéral, qui devance habituellement celui du Québec d’une année, indique en outre que les émissions du Québec ont connu une nouvelle hausse en 2018. Le total atteignait alors 82,6 Mt, contre 80,4 Mt en 2017 et 78,5 Mt de tonnes en 2016. Le secteur des transports est le poids lourd du bilan provincial, essentiellement en raison du transport routier, avec 45 % du total.