La Conférence de l’ONU sur le climat prévue en novembre est annulée

Cette COP 2020, qui devait accueillir plus de 30 000 délégués, était présentée comme la plus importante rencontre internationale sur le climat depuis la conclusion de l’Accord de Paris, en 2015.
Photo: Denis Balibouse Agence France-Presse Cette COP 2020, qui devait accueillir plus de 30 000 délégués, était présentée comme la plus importante rencontre internationale sur le climat depuis la conclusion de l’Accord de Paris, en 2015.

Dans un geste sans précédent, les Nations unies ont décidé d’annuler le sommet climatique mondial prévu en novembre prochain. La 26e Conférence des Parties (COP26), qui devait servir à rehausser l’ambition en matière de lutte contre les bouleversements du climat, est reportée à une date indéterminée. Une décision qui survient alors que certains redoutent que l’action climatique soit elle aussi encore une fois reportée, en raison de la crise du coronavirus.

Selon ce qui a été annoncé mercredi, la COP26, qui devait se tenir à Glasgow, en Écosse du 9 au 19 novembre, est annulée. S’il n’est pas possible pour le moment de préciser quand le sommet pourra se tenir, certains évoquent déjà un report de quelques mois, possiblement à mai 2021.

Déjà, plusieurs des rencontres préparatoires avaient dû être reportées, en raison de la pandémie mondiale de coronavirus. Cela laissait présager un report de la COP26, qui devait réunir les 197 Parties (dont 183 Parties qui ont ratifié l’Accord de Paris) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Rencontre cruciale

Cette COP 2020, qui devait accueillir plus de 30 000 délégués, était présentée comme la plus importante rencontre internationale sur le climat depuis la conclusion de l’Accord de Paris, en 2015. C’est en effet cette année que les États de la planète devaient présenter une mise à jour de leurs « Contributions déterminées au niveau national ». Ces cibles volontaires représentent les objectifs que les pays s’engagent à respecter en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

La mise à jour de cette année devait donc théoriquement permettre de rehausser l’ambition climatique internationale, comme le prévoient les règles de l’Accord de Paris à tous les cinq ans. Ces bonifications des cibles de réduction de GES servent à se rapprocher de l’objectif central de l’Accord de Paris, soit maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ». Une demande chère aux pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques.

Pour espérer y parvenir, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’il faudra réduire les émissions mondiales de 45 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010, mais aussi ramener les émissions à zéro d’ici 2050. Les données scientifiques disponibles nous indiquent toutefois que nous sommes actuellement loin du compte. Alors que le réchauffement atteint déjà 1 °C, les engagements des États conduisent le monde vers une hausse moyenne des températures de plus de 3 °C.

Cette situation qui provoquerait une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, une fonte irréversible des glaces des pôles, un dégel du pergélisol qui libérerait d’énormes quantités de méthane, la montée du niveau des océans, l’afflux de millions de réfugiés climatiques et la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale.

Engagements attendus

En prévision du rendez-vous de la COP26, plusieurs États ont annoncé au cours des derniers mois une mise à jour de leurs engagements de réduction de GES. Le Japon a officiellement publié son objectif le 31 mars, en promettant une réduction de 26 % des émissions d’ici 2030, par rapport au niveau de 2013. La Norvège, gros producteur pétrolier, avait fait de même le 6 février, en prenant un engagement plus ambitieux de réduction d’« au moins » 50 % de ses émissions de GES d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010.

Les principaux émetteurs de la planète, comme la Chine, l’Inde et les États-Unis (qui représentent 50 % des émissions mondiales), n’ont pas encore publié leurs engagements pour les années à venir. Dans le cas des États-Unis, il faut dire que le président américain Donald Trump, qui pourrait être réélu en novembre, a annoncé le retrait du pays de l’Accord de Paris, retrait qui doit intervenir au lendemain des élections.

Le gouvernement Trudeau a pris l’engagement de viser la carboneutralité en 2050, mais il n’a pas encore publié de mise à jour de ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris. Pour le moment, la cible demeure une réduction de 30 % des GES d’ici 2030, par rapport à 2005.

  

Le Canada est toutefois en voie de rater cette cible, qui avait été fixée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. En combinant les mesures déjà mises en œuvre et celles qui sont en cours d’élaboration, le pays peut espérer une réduction maximale de 19 % de ses émissions d’ici 10 ans. Fait à noter, même en tenant compte de ces « mesures supplémentaires », les émissions du secteur « pétrole et gaz » devraient continuer d’augmenter d’ici 2030.

Quant au gouvernement Legault, il a déjà indiqué qu’il ne serait pas possible pour le Québec de respecter les recommandations de réduction de GES du GIEC, pour 2030. Le gouvernement vise une réduction de 37,5 % des émissions, par rapport à 1990. Un tel objectif est déjà « ambitieux », selon le ministre de l’Environnement Benoit Charette, puisque les réductions atteignent actuellement environ 10 %.

Biodiversité en suspens

La COP 26 n’est pas le premier rendez-vous environnemental majeur à être reporté en raison de la pandémie mondiale de COVID-19. La semaine dernière, la Convention de l’ONU sur la diversité biologique a indiqué que la 15e réunion de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique (COP15), qui se devait se tenir en Chine à la mi-octobre, a été repoussée à une date qui reste à préciser.

Le report à une date indéterminée de la COP15 signifie que les 196 Parties de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) retarderont l’adoption d’une feuille de route qui doit permettre, au cours des prochaines années, de freiner le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes terrestres et marins.

En janvier, la CDB avait publié une ébauche du texte qui devait être adopté en octobre 2020. Celui-ci s’appuie principalement sur la cible ambitieuse de protéger 30 % des milieux naturels terrestres et maritimes de la planète d’ici 2030.

Il faut dire que la dégradation de l’environnement planétaire et le déclin des espèces sauvages s’accélèrent à l’échelle de la planète. Le rythme est tel qu’il nous conduit à une « mort à petit feu », à moins d’opérer un virage majeur afin de préserver la biodiversité mondiale, qui constitue le filet de sécurité de l’humanité. C’est ce que concluait l’an dernier des experts mandatés par l’ONU pour mener une évaluation exhaustive de l’ampleur du déclin de la nature.