Un autre projet pétrolier majeur à l’étude en Alberta

La pétrolière Suncor souhaite étendre l’exploitation d’un gisement pétrolier à ciel ouvert situé au nord de Fort McMurray, en Alberta.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne La pétrolière Suncor souhaite étendre l’exploitation d’un gisement pétrolier à ciel ouvert situé au nord de Fort McMurray, en Alberta.

Une semaine après le retrait du controversé projet Frontier, de Teck Resources, la pétrolière Suncor vient de déposer un nouveau projet majeur d’expansion de l’exploitation des sables bitumineux qui doit mener à l’extraction de deux milliards de barils d’ici 2055.

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada vient de mettre en ligne la « description initiale » de ce nouveau projet de Suncor, une entreprise déjà très active dans l’exploitation du pétrole des sables bitumineux. La pétrolière souhaite en fait étendre l’exploitation d’un gisement pétrolier à ciel ouvert situé au nord de Fort McMurray, en Alberta.

Ce projet, qui sera soumis à une évaluation environnementale fédérale et à une approbation du gouvernement, conduirait à l’exploitation de 225 000 barils par jour, soit environ 80 millions de barils par année. L’exploitation s’étendrait sur une superficie de 200 km2 (un peu moins de la moitié de la superficie de Montréal), de 2030 à 2055, soit une période de 25 ans.

Au cours de cette période, qui doit normalement coïncider avec l’atteinte de la « carboneutralité » au Canada, quelque deux milliards de barils de pétrole seraient extraits du gisement, qui se situe le long de la rivière Athabaska.

Selon les données produites par le promoteur, l’exploitation de ce nouveau gisement pétrolier devrait générer des émissions annuelles de gaz à effet de serre évaluées à trois millions de tonnes. Cela équivaut à l’ajout de 1,2 million de voitures sur les routes du pays.

À titre de comparaison, le projet de sables bitumineux Frontier, situé au nord de celui présenté par Suncor, devait mener à l’exploitation de 260 000 barils par jour, soit 95 millions de barils par année. Au total, on prévoyait exploiter 3,2 milliards de barils. Le projet a toutefois été retiré par Teck Resources le 23 février dernier.

Pour Greenpeace, Ottawa ne pourra pas faire autrement que de refuser le permis réclamé par Suncor.

« Le gouvernement fédéral a promis un nouveau “test climatique” pour évaluer si les projets sont conformes à son engagement d’éliminer complètement les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Il est impossible qu’un projet visant à dépenser des milliards pour garder une mine de sables bitumineux en exploitation jusqu’en 2055 passe un quelconque test climatique crédible », soutient Keith Stewart, stratège senior en énergie à Greenpeace Canada.

Expansion pétrolière

Contrairement au projet de Teck Resources, qui nécessitait de construire toutes les infrastructures pour exploiter le pétrole et le transporter, le projet de Suncor est situé dans un secteur où les infrastructures sont déjà en place.

La pétrolière précise d’ailleurs que l’expansion du site actuel d’exploitation vise à « soutenir l’approvisionnement en bitume des installations de valorisation existantes de l’usine de traitement des sables bitumineux Base, de Suncor ».

Qui plus est, le projet est situé à côté des installations existantes de l’usine, qui se trouve à environ trois kilomètres au nord de Fort McMurray, une région où les infrastructures de transport de pétrole sont déjà bien développées.

Par ailleurs, même si le processus d’examen environnemental du projet vient d’être lancé, Suncor prévoit déjà que celui-ci pourrait avoir des répercussions sur les milieux naturels et la faune, notamment sur les poissons, certains mammifères et les oiseaux migrateurs. « Plus précisément, le projet peut avoir un impact sur des espèces désignées en vertu de la Loi sur les espèces en péril ou de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. »

La pétrolière souligne aussi que « l’évaluation de l’hydrologie et de la qualité de l’eau permettra d’évaluer les impacts sur la quantité d’eau et la qualité de l’eau dans le Parc national Wood Buffalo », le plus grand parc national du Canada, qui est situé au nord du projet pétrolier.

Suncor affirme enfin qu’elle « collabore » avec les peuples autochtones pour déterminer les effets potentiels du projet sur « les droits issus de traités et les utilisations traditionnelles en raison de changements potentiels touchant l’accès aux terres […] ».