Il faut agir plus… et vite!

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Les jeunes n’en peuvent plus d’être dans une posture de lutte plutôt que de création de solutions.
Francis Vachon Les jeunes n’en peuvent plus d’être dans une posture de lutte plutôt que de création de solutions.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable

« Nous n’en sommes plus aux petits gestes. C’est une urgence grave », affirme Catherine Potvin, professeure au Département de biologie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’atténuation des changements climatiques et les forêts tropicales. La scientifique a obtenu un doctorat sur les changements climatiques dans les années 1980. Quarante ans plus tard, elle travaille encore sur le sujet, mais ses espoirs s’amenuisent.

Lorsqu’elle parle d’un changement de paradigme nécessaire pour agir sur les changements climatiques, Mme Potvin aime faire un parallèle avec la santé publique : « On n’est plus devant un malade à qui l’on dit : “Si vous continuez comme cela, vous serez peut-être diabétique.” On est diabétique sévère. Je pense que l’action individuelle et l’action des gouvernements devraient être beaucoup plus ambitieuses que ce qu’elles sont. »

Catherine Gauthier, directrice générale d’ENvironnement JEUnesse, OBNL spécialisé dans l’éducation environnementale auprès de la clientèle jeunesse, abonde dans ce sens : « Collectivement, il faut opérer ni plus ni moins qu’une petite révolution environnementale, donc changer la manière dont on vit, dont on organise même le travail, dont on aménage le territoire. » Les deux femmes sont catégoriques : nous devons mener une réflexion profonde sur notre mode de vie, rompre avec la société de consommation, faire des deuils, changer notre façon d’utiliser les ressources.

Créer un mouvement

Mmes Potvin et Gauthier souhaitent que des campagnes nationales soient déployées au Québec afin que la population comprenne pourquoi elle doit agir et comment elle peut le faire. L’idée est de créer un effet boule de neige, selon Mme Potvin : « Quand on a décidé de travailler sur la cigarette, il y a eu beaucoup de campagnes publicitaires. Je pense que des campagnes bien pensées qui donnent de vraies options et de vrais chiffres, ça aiderait beaucoup. On a des similarités avec les protections contre les maladies coronariennes, le VIH, la cigarette. On devrait avoir le même travail d’envergure et la même cohérence. Je ne comprends pas qu’on ait encore le droit de faire des publicités de voitures, à part les voitures électriques. C’est tout à fait criminel ! »

La biologiste souligne que le Québec a réussi à légiférer en matière de tabagisme, mais qu’il ne le fait pas pour les changements climatiques. Concrètement, Mme Potvin considère qu’il est impératif de vivre sans voiture. Elle reconnaît que c’est difficilement concevable pour quelques segments de la population, mais dans l’ensemble, elle affirme que c’est à notre portée : « Ce sera plus difficile pour les gens qui vivent dans les campagnes, pour ceux dont le métier demande de se déplacer sur la route ou les familles avec de jeunes enfants, mais il y a beaucoup de citoyens qui sont capables de vivre sans voiture. Si on est obligé d’avoir une voiture, c’est là que les véhicules électriques deviennent une alternative. Ce n’est pas une panacée la voiture électrique, parce que juste la construire émet beaucoup d’émissions, mais pour les gens qui sont obligés d’avoir une voiture, ça devient une alternative. »

Catherine Gauthier suggère que le transport collectif et le transport actif deviennent une nouvelle norme sociale.

Faire pression sur les gouvernements

Comme citoyens de gouvernements démocratiquement élus, notre devoir est d’exiger que la lutte contre les changements climatiques soit une priorité, fait valoir Catherine Potvin : « Nous choisissons nos premiers ministres, nos députés, nous devons demander et exiger de nos gouvernements beaucoup plus d’ambition. Les gouvernements font ce que le peuple leur demande. Ils veulent être réélus. Si on exerce assez depression sur eux, on peut espérer qu’ils se réveillent. »

De son côté, Catherine Gauthier explique que les jeunes n’en peuvent plus d’être dans une posture de lutte plutôt que de création de solutions : « Tant que le changement de paradigme ne sera pas fait et que nous devrons nous battre contre des gros projets désastreux pour l’environnement, ça va être difficile d’opérer la transition écologique. Nous sommes tannés de devoir nous mobiliser contre des projets qui menacent notre futur. On aimerait passer 100 % de notre temps à créer la transition écologique. On consacre tout notre temps à nous battre et, pourtant, des initiatives, des idées inspirantes, il y en a à la tonne. »

Catherine Potvin reconnaît pour sa part avoir lu plusieurs études prometteuses : « Le Québec aurait tout à gagner à adopter une position vraiment plus cohérente, comme le fait la Californie. Allons de l’avant pleinement. Nous avons Hydro-Québec qui nous fait bénéficier d’une énergie vraiment propre. En tant que société, on pourrait être à l’avant-garde et, par la suite, vendre ce savoir-faire partout dans le monde. »

Limiter ses voyages

Mmes Potvin et Gauthier soutiennent par ailleurs qu’il est primordial de consommer et de voyager moins. Selon elles, les gens ne voient pas le lien entre leur voyage au Tibet et les changements climatiques. Ils ne voient pas le lien entre prendre la voiture pour aller au dépanneur et les changements climatiques. « Or, ces changements de mode de vie sont maintenant essentiels, affirme Catherine Potvin. Est-ce qu’il faut, pour être heureux, aller marcher au Tibet ? Est-ce que je pourrais aller marcher dans les Appalaches ? »

Catherine Gauthier est du même avis. Elle juge incohérent de faire plusieurs voyages par année si on veut respecter les limites de la Terre : « Ce n’est pas interdit, mais il faut réduire beaucoup. Il faut se demander pourquoi on voyage et si c’est nécessaire. Il n’y a pas si longtemps, quelques générations à peine, ce n’était pas si commun de faire un ou deux voyages par année. »

Les Québécois compostent de plus en plus

L’Observatoire de la consommation responsable de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM a dévoilé en novembre dernier son dixième Baromètre annuel de la consommation responsable. Bien que l’on parle de plus en plus d’urgence climatique, peu de changements majeurs ont été observés au cours de la dernière décennie sur la proportion des citoyens qui pratiquent le plus intensément la consommation responsable. Une seule exception à cela, le compost : 38 % d’entre eux y avaient recours en 2019, contre 28 % en 2010.