Quelle ambition climatique pour le Québec?

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Selon Équiterre, le Québec se révèle être l’une des juridictions les mieux positionnées à l’international pour être un leader sur la question de la lutte contre les changements climatiques.
Illustration: Peter Morgan Selon Équiterre, le Québec se révèle être l’une des juridictions les mieux positionnées à l’international pour être un leader sur la question de la lutte contre les changements climatiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable

Réduire ses émissions de gaz à effet de serre, électrifier les bâtiments et la flotte d’automobiles… ce ne sont là que certaines des avenues discutées en vue de mettre sur pied le prochain Plan d’électrification et de changements climatiques (PECC) qui dictera les efforts de Québec dans la lutte contre les changements climatiques à horizon 2030.

Le gouvernement du Québec a lancé à l’été 2019 un vaste chantier de consultation auprès de la population et de différents groupes pour remplacer le plan antérieur qui prend fin cette année. De nombreux comités d’experts ont été créés pour se pencher sur la question. Équiterre faisait partie de celui en matière d’électrification, un sujet qui semble au cœur du plan qui sera proposé, si on se fie à son ajout dans le nom même du PECC.Cela comprend notamment les bâtiments, le transport et l’industrie.

« Le gouvernement de la CAQ montre clairement la stratégie qu’il entend mettre en avant pour lutter contre la crise climatique, ce qui a du sens étant donné l’abondance des ressources hydroélectriques au Québec », souligne Caroline Brouillette, experte en changements climatiques à Équiterre.

L’électrification fait partie des cinq éléments clés qui seront au cœur du PECC, selon le document de consultation présenté aux différents acteurs en 2019 pour stimuler les réflexions. On y retrouve aussi l’utilisation efficace de l’énergie et des ressources, l’accompagnement des industries et des entreprises dans le développement de nouvelles filières, la création d’emplois d’avenir et le renforcement de leur compétitivité, l’adaptation aux effets actuels et à venir des changements climatiques et, enfin, la tarification du carbone.

Pour ce qui est de savoir quelle priorité sera accordée à chacun de ces éléments, seul le PECC pourra répondre à cette question, une fois qu’il sera divulgué. Aucune date n’a encore été annoncée, mais Équiterre souhaite que ce soit avant le dépôt du budget du 10 mars.

L’électrification, oui, mais encore ?

L’électrification se révèle une des solutions pour lutter contre la crise climatique. « Mais ce n’est pas la seule, soutient Caroline Brouillette. Il faut aussi réduire notre consommation d’énergie. »

Équiterre privilégie la stratégie qu’elle résume ainsi : réduire, transférer et améliorer. « En transport, on doit réduire la demande, et cela passe par des outils et des pratiques d’aménagement du territoire durables », souligne Jessie Pelchat, experte en transport à Équiterre.

L’organisme priorise des investissements massifs en transport collectif, et idéalement électrique, afin de favoriser un transfert des modes de transport, c’est-à-dire de l’automobile solo au transport avec une empreinte carbone plus faible.

« Même si beaucoup de gens décident de délaisser leur voiture pour des modes actifs ou collectifs, il restera tout de même des voitures, ajoute-t-elle. C’est pour cette raison qu’il faut aussi électrifier les voitures privées et tout type de transport. » La question devrait, selon elle, être abordée dans cet ordre par le gouvernement.

En tout, Équiterre a déposé 27 recommandations dans son mémoire remis au gouvernement. Parmi celles-ci, la cible selon laquelle la totalité des véhicules neufs vendus au Québec d’ici 2030 devrait être à zéro émission, l’élimination des subventions aux énergies fossiles au Québec, l’égalité entre les dépenses de l’État pour les infrastructures routières privées et collectives, l’élimination de l’utilisation de mazout, de gaz naturel ou de tout autre hydrocarbure dans les nouvelles constructions d’ici 2025, de même que la bonification des aides publiques aux agriculteurs qui mettent en place des mesures contribuant à réduire, voire à séquestrer le carbone dans les terres.

Le casse-tête de la crise climatique

Le PECC n’est pas la seule politique adoptée pour lutter contre la crise climatique. On compte notamment la Politique énergétique et la Politique de mobilité durable. Comment toutes ces initiatives s’arrimeront-elles ensemble ?

« Pour ajouter un élément au casse-tête, il y a aussi le projet de loi 44 sur la gouvernance climatique du PECC, mentionne Caroline Brouillette. Si le PECC est le plan d’action, le projet de loi 44 est la façon de le concrétiser. Les deux doivent aller de pair pour offrir une réponse ambitieuse et rigoureuse à la crise climatique. »

Dans cette perspective, Équiterre s’attend à ce que le PECC prévoie un calcul des mesures. « C’est facile de nommer des mesures, mais il est essentiel d’indiquer dans ce plan en quoi elles nous mènent plus près de notre cible pour réduire les émissions de GES à l’horizon 2030-2050 », affirme Jessie Pelchat.

Selon l’organisme, le Québec se révèle être l’une des juridictions les mieux positionnées à l’international pour être un leader sur la question de la lutte contre les changements climatiques.

« Outre notre richesse en énergie renouvelable, notre population est l’une des plus mobilisées au monde, sans compter notre secteur d’affaires qui est prêt à mettre la main à lapâte, estime Caroline Brouillette. Non seulement notre réponse doit être musclée, mais on doit aussi avoir les moyens de nos ambitions. »