Le coût environnemental de la démocratie

Les conservateurs, ainsi que d'autres partis, n’entendent pas acheter des crédits carbone afin de compenser les GES de leur campagne nationale.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les conservateurs, ainsi que d'autres partis, n’entendent pas acheter des crédits carbone afin de compenser les GES de leur campagne nationale.

Les partis fédéraux qui vont sillonner le Canada au cours des prochaines semaines promettent tous de limiter les émissions de gaz à effet de serre de leur campagne électorale et d’acheter des crédits pour les compenser, à l’exception notable des conservateurs d’Andrew Scheer et du Parti populaire du Canada. Mais même ceux qui s’engagent à poser des gestes concrets oublient de prendre en compte une bonne partie de leurs émissions.

Le Devoir a demandé aux cinq principaux partis fédéraux s’ils s’engageaient à poser des gestes concrets afin d’alléger le bilan carbone de leur campagne de 41 jours. Après tout, celle-ci nécessitera des déplacements constants en voiture, en autobus et en avion, mais aussi la production et l’affichage de plusieurs milliers de pancartes électorales. Les partis ont également été interpellés sur leur volonté d’acheter des crédits carbone afin de compenser les émissions générées par les activités de leur formation politique.

Par écrit, le porte-parole du Parti populaire du Canada, Martin Masse, a indiqué que la formation dirigée par Maxime Bernier, qui compte présenter des candidats dans les 338 circonscriptions du pays, n’a pris aucun engagement pour réduire ou compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la campagne. Est-ce que certains candidats ont pris de tels engagements ? « Nous n’avons recueilli aucune information à cet égard auprès de nos candidats », a-t-il indiqué.

Les conservateurs d’Andrew Scheer, qui aspirent à diriger le pays après le scrutin du 21 octobre, n’entendent pas non plus acheter des crédits carbone afin de compenser les GES de leur campagne nationale. Leur attachée de presse, Josée Morissette, a toutefois indiqué qu’un candidat s’est engagé à mener une campagne « carboneutre ».

Les conservateurs ont également affirmé qu’« au sein du bureau, le personnel est encouragé à recycler et à bien disposer des déchets », mais aussi que l’avion de leur chef est plus « écoénergétique » que celui de Justin Trudeau. Qui plus est, « depuis deux ans, Andrew Scheer fait du vol commercial », tandis que « les libéraux de Trudeau ont fait le tour du monde sans acheter de crédits carbone », a insisté Mme Morissette.

En raison [...] du grand nombre de pancartes, c’est fort probablement un des effets les plus importants en ce qui concerne l’empreinte carbone. Ça pourrait être comparable aux déplacements en autobus.

 

Au cours de la présente campagne, la formation du premier ministre sortant promet toutefois qu’elle achètera « des crédits carbone » afin de compenser toutes les émissions de GES imputables à « l’utilisation de l’avion et des autobus » de la campagne nationale. Est-ce que les candidats libéraux dans toutes les circonscriptions sont obligés d’acheter des crédits pour compenser leurs émissions ? Le Parti libéral du Canada n’avait pas répondu à cette question au moment où ces lignes étaient écrites.

Les candidats du Nouveau Parti démocratique n’ont pas l’obligation de compenser les émissions de leurs campagnes locales, ni de les réduire. « Nous encourageons nos candidats à réduire leurs émissions de GES autant que possible durant la campagne », a simplement indiqué l’attaché de presse du parti, Guillaume Francoeur. Dans certaines régions, comme Montréal, les candidats effectuent « fréquemment » des déplacements « à pied, à vélo ou en transport en commun », a-t-il précisé.

À l’instar des libéraux, les néodémocrates entendent cependant compenser les émissions de GES de la campagne nationale menée par leur chef, Jagmeet Singh. « Nous utiliserons des moyens de transport zéro émission aussi souvent que possible et nous serons aussi efficaces que possible dans notre itinéraire », a ajouté M. Francoeur, par écrit.

Le Parti vert promet lui aussi de « voyager efficacement », en multipliant les événements au cours d’un seul déplacement de la cheffe Elizabeth May. « Nous achetons des crédits carbone pour compenser tout voyage aérien. Nous utilisons des véhicules électriques », a indiqué l’attachée de presse de la formation, Rosie Emery. Le Parti vert n’a pas précisé si les candidats sont obligés d’acheter des crédits carbone, soulignant seulement qu’« un certain nombre d’associations de circonscription ont déjà acheté des compensations pour leurs campagnes ».

Limité dans ses déplacements au seul territoire du Québec, le Bloc québécois a pour sa part prévu une campagne « carboneutre » pour le volet transport, en s’engageant à payer une « double compensation » pour les émissions de la campagne du chef Yves-François Blanchet. Les candidats des 78 circonscriptions ne sont pas tenus de faire de même, mais ils sont invités à « emboîter le pas ».

Portrait incomplet

Co-instigateur du projet Carbone boréal — qui offre un programme de compensation des GES par plantation d’arbres — et spécialiste des enjeux climatiques, Claude Villeneuve constate qu’il est difficile de quantifier avec précision les émissions de GES d’une campagne électorale. Selon des « hypothèses » qu’il estime être « très conservatrices », il évalue que libéraux et conservateurs en émettront « au moins » 1000 tonnes chacun, contre 400 tonnes pour le NPD et 300 pour les verts.

M. Villeneuve croit que les compensations prévues par certains partis seront toutefois incomplètes. « De prime abord, les pancartes électorales ne sont pas prises en compte dans leur empreinte carbone. Or, en raison du matériel utilisé pour leur fabrication et du grand nombre de pancartes, c’est fort probablement un des effets les plus importants en ce qui concerne l’empreinte carbone. Ça pourrait être comparable aux déplacements en autobus. »

Au-delà des déplacements de leur chef, Claude Villeneuve estime en outre que les partis devraient, pour faire un exercice de comptabilisation plus exhaustif, tenir compte des émissions des organisateurs politiques, des bénévoles et de la production de tout le matériel de promotion des formations. Or, un tel exercice n’a jamais été réalisé, a-t-il constaté.