Des médecins veulent prescrire un traitement choc à la planète

Des Montréalais se sont rafraîchis dans les fontaines sur l'esplanade de la Place des Arts en juillet dernier. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des Montréalais se sont rafraîchis dans les fontaines sur l'esplanade de la Place des Arts en juillet dernier. 

Des médecins et des professionnels de la santé québécois veulent prescrire un traitement choc à la planète qui est malade.

S’inquiétant des décès associés à la chaleur au Québec et redoutant les conséquences des changements climatiques sur la santé de leurs patients comme les problèmes cardiorespiratoires, les allergies et l’anxiété, ils lancent un mouvement de mobilisation nommé La planète s’invite en santé.

Cette campagne de sensibilisation du secteur de la santé — incluant médecins, infirmières, physiothérapeutes et autres professionnels — est mise en branle cette semaine en vue de la grève mondiale pour le climat qui aura lieu le 27 septembre prochain.

« La planète surchauffe, nous surchauffons. Cette fièvre climatique nécessite un traitement choc et rapidement. En tant que médecin, c’est mon obligation de nous prescrire plus d’ambition politique », lance la docteure Claudel Pétrin-Desrosiers, résidente en médecine familiale et co-porte-parole du collectif La planète s’invite en santé.

Alors que l’on entend souvent la voix des militants écologistes lorsqu’il est question de défendre la planète, dans ce cas, ce sont des professionnels de la santé qui unissent leurs forces.

Pour eux, il s’agit d’une occasion de faire comprendre les effets concrets des changements climatiques sur la santé. Le collectif veut faire des sorties publiques et réaliser des campagnes de sensibilisation dans les hôpitaux et les centres de santé pour informer tous les professionnels.

« C’est un enjeu peu abordé lors de la formation », rapporte la docteure, en entrevue.

Mais l’initiative a aussi pour but de les inciter à entreprendre des actions dans leurs communautés.

« On veut dire qu’on est de la partie et qu’on joue notre rôle pour protéger nos patients », soutient la docteure avec vigueur.

Le regroupement de professionnels de la santé rappelle que le mois de juillet 2019 a battu des records de chaleur. Et l’an dernier, 86 décès ont été associés à la chaleur extrême sur le territoire québécois. Une augmentation importante de l’utilisation des services pré et intra-hospitaliers est notée à travers la province lors de canicules, notent-ils.

En avril dernier, une vingtaine d’organisations en santé, dont l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), avaient fait une sortie publique et lancé à ce moment un « Code bleu » en raison de la crise climatique, le même qui est crié à l’urgence lorsqu’un patient tombe en arrêt cardiaque. L’ACME fait partie du collectif et ses membres en sont même les instigateurs.

Pour ces médecins et autres professionnels, le lien entre le changement climatique et la santé est clair : la population devra faire face à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, des insectes responsables de divers problèmes comme la maladie de Lyme voient leur territoire décupler avec le réchauffement du climat — et atteindre nos régions — et la pollution est responsable de crises d’asthme et d’autres problèmes cardiorespiratoires. Les inondations causent un stress mental immense pour les sinistrés et elles causent des moisissures et des champignons qui sont nuisibles pour la santé.

Ils invitent les Québécois à faire pression sur les élus pour demander des changements rapides, tels que la réduction de la dépendance au pétrole, le refus de projets d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures, une transition vers le transport collectif et le transport actif ainsi que l’accélération du verdissement des villes.

Ils incitent aussi leurs collègues à marcher aux côtés des citoyens, des étudiants et des travailleurs lors de la manifestation du 27 septembre organisée par La Planète s’invite au Parlement, La Planète s’invite à l’Université et leurs partenaires. Le collectif espère que la protection de l’environnement sera au coeur des débats électoraux lors de la campagne fédérale cet automne.

« L’urgence climatique est bien réelle pour la santé de tous. Les canicules de l’été qui battent tous les records d’année en année sont un fardeau souvent insurmontable pour la santé des populations marginalisées avec lesquelles nous travaillons. L’exception devient la norme et nous devons, tous les professionnels de la santé, agir ensemble d’une même voix. C’est devenu impératif pour la santé et une question de survie », souligne dans un communiqué Françoise Filion, infirmière et professeure adjointe à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill.

Car « les politiques contre les changements climatiques sont des politiques de santé », insiste le collectif.