Le gouvernement du Québec continue de se chauffer au gaz naturel

Selon Mathieu Béland, de l’organisme Nature Québec, il faudrait prioriser une biénergie renouvelable, parce que le gaz naturel reste un combustible fossile qui pollue.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Selon Mathieu Béland, de l’organisme Nature Québec, il faudrait prioriser une biénergie renouvelable, parce que le gaz naturel reste un combustible fossile qui pollue.

Le gouvernement du Québec continue d’utiliser du gaz naturel pour chauffer bon nombre des nouveaux édifices publics qu’il construit, selon une compilation effectuée par Le Devoir. Le Québec se place ainsi en contradiction avec ses objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre, estiment des experts.

Une liste de 130 bâtiments qui ont été construits ou agrandis depuis 2017 nous a été fournie par la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Une majorité des immeubles utilisent deux sources d’énergie, dans des proportions différentes. L’électricité est présente dans 107 bâtiments et le gaz naturel, dans 60. La géothermie suit avec 28.

Le spécialiste des questions énergétiques de l’Université de Montréal, Normand Mousseau, qui a analysé notre document, est surpris. « Il y a beaucoup de gaz naturel, c’est problématique. Ça n’a aucun sens que le gouvernement, avec ses objectifs, continue à avoir des bâtiments qui chauffent aux combustibles fossiles », lance-t-il.

Le parc immobilier du gouvernement pollue. Il représente près de 80 % des émissions de GES des activités de l’État, selon le plan directeur en transition énergétique 2018-2023, rédigé par Transition énergétique Québec. Dans le document, on mentionne que c’est par l’utilisation des énergies renouvelables pour se chauffer que la clé se trouve pour réduire les émissions.

Le gouvernement fixe notamment comme orientation l’utilisation de l’hydroélectricité ou de la géothermie pour alimenter le système de chauffage principal, une cible qu’il fixe à 80 %.

Toutefois, deux nouvelles écoles construites depuis 2017 s’approvisionnent à 80 % en gaz naturel et à 20 % en électricité. Quatre autres chauffent à 60 % au gaz naturel et à 40 % à l’électricité.

Selon Normand Mousseau, cela n’est pas logique. « D’ici 15 ans, il faudra refaire les systèmes de chauffage. Il faut réduire de près de 40 % nos émissions de GES d’ici 2030. Aujourd’hui nous mettons en place un système qui génère des émissions. Ce sera coûteux à changer, donc il vaut mieux investir tout de suite dans un système qui ne génère aucune émission », soutient-il.

Systèmes d’urgence

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur n’a pas été en mesure de nous donner des détails sur l’approvisionnement de ses bâtiments.

Le Devoir a envoyé un fichier avec ses résultats au ministère de la Santé et des Services sociaux. En réponse le Ministère a indiqué que lors de la construction d’un bâtiment neuf ou d’un agrandissement, le chauffage principal doit provenir d’une énergie renouvelable, à hauteur de 75 %.

Mais sur 35 bâtiments, 13 respectent cette cible.

Dans son explication, le Ministère insiste sur le fait que des établissements doivent avoir une autonomie énergétique en cas d’interruption de service. « Ces installations doivent être en mesure d’assurer, dans le cas des hôpitaux, l’entièreté de la charge de chauffage. Ainsi, pour tous les hôpitaux et de nombreux CHSLD, la présence de chaudières au gaz naturel / mazout reste nécessaire », écrit-on.

De son côté, la Société québécoise des infrastructures (SQI) affirme que, même si du gaz naturel est encore présent, il y a une réduction de 15,2 % des GES en provenance de son parc immobilier depuis 2009-2010. Cela correspond à la cible fixée par le gouvernement. L’explication réside dans le fait que le mazout n’est presque plus utilisé.

Remplacer le gaz

Selon Transition énergétique Québec, des bâtisses institutionnelles utilisent un système de chauffage en biénergie qui fait appel à deux sources : l’électricité et un combustible. En période de grand froid, par exemple, quand les besoins en électricité sont soudainement plus élevés, la production d’hydroélectricité du Québec ne suffit plus, souligne Cécile Bulle, professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). Le système bascule alors vers une énergie alternative, comme le gaz naturel.

Selon la professeure, le gaz naturel est un moindre mal dans ce contexte. Si un bâtiment veut continuer à utiliser de l’électricité lors des périodes de pointe, les autres options sont plus polluantes, selon ses calculs. Par exemple, importer de l’électricité à base d’énergie fossile des États-Unis ou de l’Ontario génère plus de GES.

« Un bâtiment en biénergie a, dans les faits, moins d’impact environnemental qu’un bâtiment 100 % électrique et fait, à mon avis, partie de la solution de transition », indique-t-elle.

Mais cela ne convainc pas Mathieu Béland, de l’organisme Nature Québec. Selon lui, il faudrait prioriser une biénergie renouvelable, parce que le gaz naturel reste un combustible fossile qui pollue. « Il y a des bâtiments qui utilisent la géothermie. Le concept d’énergie de transition ne fonctionne pas », estime-t-il.

Selon Christian Lemieux, chargé de projet chez Econoler, il y a des enjeux de coûts à considérer et une réflexion à avoir sur l’énergie renouvelable à utiliser et à quel endroit on l’utilise.

« Des bâtiments pourraient se tourner vers la biomasse forestière pour se chauffer. Mais la biomasse il faut l’apporter sur place. Si nous sommes en Mauricie ou en Gaspésie, ça peut être plus facile de s’approvisionner localement. À Montréal, ça peut être plus difficile », dit-il.

Dans la liste que Le Devoir a obtenue, seulement un bâtiment, une école proche de Québec, chauffe à la biomasse, à 80 %. La province devrait en compter plus, estime le professeur Normand Mousseau. Elle devrait également prendre exemple sur les nouvelles constructions qui s’approvisionnent à la géothermie et à l’électricité, comme c’est le cas dans des écoles que nous avons recensées.

En collaboration avec Dave Noël et Shannon Pécourt

17 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Abonné 23 août 2019 06 h 41

    Langue : on dort au gaz au Devoir?

    « Dans son explication, le Ministère met l’emphase sur le fait que des établissements doivent avoir une autonomie énergétique en cas d’interruption de service. »

    Il « met l'emphase », vraiment? L'emphase peut-être ajoutée? Comment voulez-vous que l'on soit crédible quand on explique que cette expression est problématique si même le Devoir la laisse passer en une? J'imagine que le Ministère se contentait « d'insister ».

    Autre commentaire, je veux bien que l'on réduise les GES, mais le CO2 et la vapeur d'eau ne sont pas des polluants. Les particules issues de la combustion du diesel, elles, en sont et génèrent des problèmes de santé réels, voire mesurables. La pollution atmosphérique contribue par exemple à l'augmentation des décès et des maladies liés à des troubles pulmonaires et cardiaques.

    J'ai bien peur que toute cette obsession pour la réduction des GES permette facilement à des entreprises de se considérer comme « vertes » pour la simple raison qu'elles contribuent dans leur bilan à réduire les GES, mais rien ne les empêche de déménager leurs usines dans des pays aux normes moins contraignantes que les nôtres...

  • François Beaulé - Abonné 23 août 2019 07 h 32

    La dimension planétaire des émissions de GES

    Le chauffage électrique est un particularisme québécois. Il est très peu utilisé dans le reste du Canada et de l'Amérique ou partout ailleurs dans le monde. Que le Québec délaisse le chauffage au gaz naturel, ou non, ne changera rien quant aux émissions de GES dues au chauffage à l'échelle planétaire.

    Il faut plutôt chercher à développer des types de chauffage qui peuvent être adoptés ailleurs dans le monde. Le chauffage « hydroélectrique » ne pourra jamais constitué un modèle.

    Il vaut mieux exporter notre hydroélectricité que de l'utiliser pour chauffer. Le chauffage au gaz naturel est extrêmement efficace. C'est la meilleure utilisation que l'on peut faire du gaz naturel. Beaucoup mieux que de produire de l'électricité dans une centrale thermique, une pratique courante en Amérique du Nord.

    Il est de beaucoup préférable de bloquer le projet d'exportation de gaz naturel comprimé que de cesser de brûler du gaz naturel pour se chauffer.

    • Daniel Grant - Abonné 23 août 2019 10 h 29

      M. Beaulé

      L'efficacité du chauffage dont vous parlez ne résout pas le problème à la source, seulement les symptômes.

      Comme source d’énergie pour se chauffer il n’y a rien de plus intelligent que le soleil.

      J’espère que le l’IA (Intelligence Artificielle) du futur va empêcher l’homme de ne pas centrer l’énergie sur le soleil d’abord. La Stupidité Artificielle a duré assez longtemps.

      D’abord par un code du bâtiment qui force les habitations à être orientées au sud pour capter gratuitement la lumière la chaleur la génération d’électricité et le stockage d’énergie.

      Un code du bâtiment qui fait qu’on pourrait se chauffer presqu’à la chandelle si l’isolation était intelligente, qui ne demanderait qu’une petite quantité d’électricité pour se climatiser en toute saison à la pompe à chaleur par géothermie. Électricité qu’on pourrait produire nous-même.

      2 heures d’énergie solaire dans le pire mois de l’année en décembre sur une petite surface comme moins de 1% de la superficie du QC est assez pour alimenter tout le QC pendant un an,
      et on fait des dissertation sans-génie pour justifier les énergies fossiles qui détruisent nos conditions d’existence de l’humanité!

      Au QC on est un peu trop confortable avec notre hydroélectricité propre et j’ai peur qu’on regarde passer le train de la transition menée par ceux qui n’ont pas notre chance d’avoir déjà une longueur d’avance en énergie propre:
      https://fresh-energy.org
      voir IRENA.ORG

      Un déversement d’énergie solaire ça s’appel une belle journée.

  • Sébastien Collard - Abonné 23 août 2019 07 h 40

    Incroyable

    Comment en arrive-t-on dans une province où l'État est prise avec un surplus d'électricité propre à ce que l'État construise des bâtiments qui fonctionne avec une énergie importée sale?

    Et pourquoi la deuxiène source d'énergie n'est pas une batterie (géothermie avec batteries)?

  • Daniel Grant - Abonné 23 août 2019 08 h 45

    Idées reçues sur le gaz naturel

    Le gaz naturel qui est du fossile extrêmement polluant tout le long de son cycle de vie qui a le culot de s’inclure dans les énergies renouvelables, on marche sur la tête.

    D’abord par la fracturation qui demande une quantité énorme d’eau qui est transformée en résidu toxique réinjecté dans la nappe phréatique, ou déversé dans nos cours d’eau,

    ensuite par la distribution qui fuit du méthane de partout en commençant par les torchères et

    pour la consommation il serait grand temps de tordre le cou à quelques idées reçues au niveau de la consommation du gaz soi-disant naturel et le plus mignon est celui de la cuisson.

    Quand on sait que la cuisson par induction est plus vite, plus efficace à 90%, comparé à 55% au gaz et est zéro-émission à comparer au gaz qui est toujours un danger d’explosion et qui pollue l’air intérieur à un niveau supérieur aux limites extérieures.

    M.Ricardo arrêtez de nous enfumer avec votre gaz naturel allez voir ici:
    https://fresh-energy.org/electric-cooktops-theyre-not-what-they-used-to-be/

    Le gaz naturel ne peux se justifier qu’en se comparant à ce qui se fait de pire, le mazout, charbon ou diésel et non pas à ce qui se fait de mieux. Nous savons aujourd'hui que les énergies solaires, éoliennes et géothermie sont moins chères et propres.

    Comme le fossile n’existe que pcq toutes les lois de protections de la santé et de l’environnement ont été frelatées par l’industrie du fossile ce qui en fait une industrie irresponsable et délinquante qui se croit tout permis et elle a même son système de justice parallèle comme le tribunal d'arbitrage du commerce et des fonds illimités pour nous envahir de désinformation.

    Les solutions propres existent aujourd’hui et quand c’est critique comme un hôpital et bien on fonctionne sur batteries et HQ charge les batteries et quand il y a une panne il n’y pas d’interruption comme les systèmes d’atterrissage aux grands aéroports.

    • Denis Carrier - Abonné 23 août 2019 10 h 51

      Tout à fait d’accord avec vous. Espérant que le ministre de l’environnement lira votre commentaire.
      La géothermie ayant une efficacité proportionnelle à la différence de température (plus il fait froid plus elle génère d’énergie) elle me semble tout désignée pour être un supplément en cas de grands froids, là où le gaz dit naturel (le méthane) prend la relève.
      Et quand le nombre de voitures électriques sera important, leurs batteries pourront uniformiser la demande. Plus besoin du gaz «naturel».

  • Claude Jourdain - Abonné 23 août 2019 09 h 57

    Titre trompeur

    Dès le 2e paragraphe, on voit que le titre est trompeur.
    Je veux bien croire que la question est importante mais je m'attends à mieux du Devoir.