Déjà quatre baleines noires mortes dans le Saint-Laurent

Depuis l’hécatombe de 2017, le gouvernement fédéral a mis en place une surveillance aérienne constante afin de vérifier la présence des baleines noires et signaler les mortalités.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Depuis l’hécatombe de 2017, le gouvernement fédéral a mis en place une surveillance aérienne constante afin de vérifier la présence des baleines noires et signaler les mortalités.

La situation s’aggrave pour les baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent. Pêches et Océans Canada a annoncé mardi soir que deux autres baleines ont été retrouvées mortes à la dérive, ce qui porte le compte à quatre individus cette année. Le bilan officiel s’apparente donc à celui observé, à pareille date, lors de la saison de mortalités records de 2017.

Selon les informations publiées par Pêches et Océans Canada, une baleine noire morte a été observée à l’ouest des Îles-de-la-Madeleine et une autre près de la péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick.

« Nous travaillons actuellement avec nos partenaires d’intervention auprès des mammifères marins pour déterminer les prochaines étapes », a précisé le ministère, qui coordonne la récupération et les nécropsies des carcasses de ces baleines.

Ces nouvelles mortalités signifient que le bilan officiel, en date du 25 juin, s’apparente à celui constaté lors des mortalités records de baleines noires dans les eaux canadiennes en 2017. À pareille date, on comptait trois animaux morts. À la fin de l’année, le décompte s’élevait à 12 mortalités en eaux canadiennes, pour un total de 17 dans toute la population.

Après une année 2018 sans la moindre mortalité en eaux canadiennes, ces décès n’augurent rien de bon pour cette espèce de cétacé au seuil de l’extinction. Sa population se résumerait aujourd’hui à environ 400 individus, alors que les baleines noires étaient près de 500 en 2010.

Ce cétacé, qui vit habituellement le long de la côte est américaine et qu’on observe l’été entre Cape Cod et la baie de Fundy, mais aussi dans le golfe du Saint-Laurent (190 baleines observées en 2018), est particulièrement vulnérable aux collisions avec les navires et aux empêtrements dans les engins de pêche. Près de 80 % des baleines noires adultes se retrouvent empêtrées au cours de leur existence.

Mesures exceptionnelles

Pour tenter d’éviter une répétition de l’hécatombe de 2017, le gouvernement fédéral a d’ailleurs mis en place, en 2018 et en 2019, une surveillance aérienne constante afin de vérifier la présence de ces baleines et signaler les mortalités. Des limites de vitesse pour les grands navires dans certains secteurs, mais aussi des fermetures de zones de pêche, ont aussi été instaurées.

Le gouvernement fédéral n’a pas le choix de mettre en place des mesures de protection des baleines noires, puisque l’industrie canadienne de la pêche doit se conformer, d’ici 2022, aux dispositions du Marine Mammal Protection Act.

Cette législation américaine impose à l’industrie, y compris celle des États-Unis, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si ce n’est pas le cas, le lucratif marché américain sera tout simplement fermé. Or, pas moins de 80 % de nos ressources marines y sont exportées.

Pêches et Océans Canada a également réalisé depuis le début de juin deux nécropsies sur les deux premières baleines noires retrouvées mortes dans le golfe. Dans les deux cas, les causes des décès n’ont pas encore été précisées. « Les conclusions définitives et détaillées de ces nécropsies seront disponibles dans les mois à venir », précise le fédéral.

Faible reproduction

En plus des mortalités élevées des dernières années, les inquiétudes pour cette espèce s’appuient sur le déclin marqué des naissances.

Les statistiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique démontrent en effet que, sur la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux. Mais les chercheurs en avaient aperçu à peine cinq en 2017, considérée alors comme une très mauvaise année, et zéro en 2018. Sept baleineaux ont été aperçus cette année.

Selon les chercheurs du New England Aquarium, il est possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des impacts importants sur leur condition physique.

Ces animaux sont aussi particulièrement sensibles aux impacts de l’exploration pétrolière et gazière en milieu marin, en raison notamment des impacts sonores des activités.