L’agrandissement du port de Québec affecterait la qualité de l’air

L’Administration portuaire de Québec souhaite construire un nouveau quai de 610 mètres et draguer près d’un million de mètres de sédiments pour agrandir son territoire dans le secteur de Beauport, à l’est du quartier Limoilou.
Photo: Pierre Lahoud L’Administration portuaire de Québec souhaite construire un nouveau quai de 610 mètres et draguer près d’un million de mètres de sédiments pour agrandir son territoire dans le secteur de Beauport, à l’est du quartier Limoilou.

Les concentrations de particules fines de métaux dans l’air — notamment de nickel — vont augmenter avec l’agrandissement du port de Québec, révèle une étude remise par le Port à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE).

Pendant la construction du nouveau terminal, la concentration de particules de nickel dans l’air serait plus de six fois supérieure à la norme, selon une étude sur la qualité de l’air produite par la firme ontarienne RWDI à la demande de l’Administration portuaire.

Cette information est reprise par Véronique Lalande et son conjoint Louis Duchesne, du groupe citoyen Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec, dans le mémoire qu’ils se préparent à soumettre à l’ACEE).

Dans le document, ils reprochent au Port de n’avoir produit « aucune évaluation des risques sur la santé humaine associée au projet » et de « minimiser grandement les émissions et les retombées de poussière ».

Rappelons que l’Administration portuaire de Québec souhaite construire un nouveau quai de 610 mètres et draguer près d’un million de mètres de sédiments pour agrandir son territoire dans le secteur de Beauport, à l’est du quartier Limoilou. La nouvelle zone de 170 000 m2 serait destinée au marché des conteneurs.

Le vrac solide

L’étude de RWDI fait partie d’un document de plus de mille pages soumis par le Port à l’Agence en avril 2018. Il a été rendu public à la fin mai dans le cadre de la consultation qu’elle mène sur le projet.

Outre la question du nickel, le document révèle des concentrations supérieures à la norme pour l’arsenic, différentes particules en suspension et certaines odeurs, mais dans une proportion moins grande que pour le nickel.

L’analyse tient compte des émissions de contaminants atmosphériques provenant des cheminées des navires accostés au port, des navires en transit, du transport sur les routes des locomotives ainsi que des équipements de manutention de conteneurs.

Pendant la phase de construction, cela inclut aussi les remorqueurs, les génératrices d’électricité, des camions et autres équipements de construction (pelle mécanique, bulldozers, grues, usine de béton).

L’auteur de la modélisation laisse d’ailleurs entendre que les normes sont faciles à dépasser dans Limoilou parce que les concentrations de ces métaux sont déjà élevées à la station d’échantillonnage. « Conséquemment, toute émission de ces contaminants dans les environs de la zone d’étude engendrera des concentrations supérieures à la valeur guide », écrit-il.

Dans son rapport à l’ACEE, le Port suggère donc que la phase de construction respecte les normes si on ne tient pas compte du contexte. « La phase de construction respecte donc les valeurs guides établies dans le RAA [Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère]. Toutefois, l’ajout de la concentration initiale calculée à partir des données de la station Vieux-Limoilou génère un risque de dépassement considérable de la valeur guide. »

Rappelons qu’à la suite d’un épisode de poussière rouge en 2012, le ministère du Développement durable avait produit une étude qui concluait que les concentrations de nickel dépassant de deux à huit fois la norme provenaient des opérations de transbordement de minerais dans le Port.

Impact environnemental

Les groupes intéressés à se prononcer sur le sujet ont jusqu’au vendredi 28 pour le faire. Selon Véronique Lalande, qui a intenté avec son conjoint deux actions collectives contre le Port dans ce dossier, un trop grand nombre de questions demeurent sans réponse. Elle souligne en outre que la création d’un terminal dédié aux conteneurs ne signifie en rien la fin des activités de transbordement de minéraux (vrac solide).

« Même en enlevant l’agrandissement, la problématique est toujours là », fait-elle valoir. « Il y a encore pour 12,5 millions de dollars de vrac solide [par année], dit-elle. Et là tu vas générer encore plus de transport entre la nouvelle pointe, et ça, dans un milieu où il y a beaucoup de poudre. »

Nature Québec fait partie des autres groupes qui soumettront des mémoires cette semaine. L’organisme déplore notamment l’impact du projet sur la zone de frai du bar rayé, une espèce en voie de disparition, mais remet également en question le projet dans son ensemble. « C’est l’équivalent de 72 terrains de football à même le Saint-Laurent », fait valoir son président Christian Simard. « On joue aux dés avec des écosystèmes fragiles. »

Invitée à réagir aux critiques dont elle fait l’objet, l’Administration portuaire de Québec (APQ) a refusé mardi de se prononcer. La veille du début des consultations, elle avait annoncé avoir signé des ententes avec la multinationale Hutchison Ports et le Canadien National pour réaliser le nouveau terminal dont les coûts passeront de 400 à 375 millions de dollars. Elle en avait aussi profité pour rebaptiser ce projet maintes fois retardé, changeant le nom de Beauport 2020 pour Laurentia.