Les outils du Québec pour combattre la maltraitance des animaux

Un ours blanc au zoo de Saint-Félicien. Les jardins zoologiques permettent aux gens d’être en contact avec les animaux.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Un ours blanc au zoo de Saint-Félicien. Les jardins zoologiques permettent aux gens d’être en contact avec les animaux.

Milieux de vie pitoyables, problèmes relatifs à l’état physique des animaux, deux alpagas très mal en point, quatre cadavres d’animaux trouvés sur les lieux (dont deux tigres). L’intervention de la SPCA qui a visé cette semaine le zoo de Saint-Édouard a révélé au grand jour les conditions inhospitalières de ce jardin zoologique.

Dans les jours ayant suivi l’arrestation du propriétaire du zoo de Saint-Édouard, la SPCA et la Humane Society International (HSI) ont déployé des effectifs pour recueillir les preuves de maltraitance et prévoir le relogement des animaux vers des refuges et sanctuaires dispersés sur le territoire nord-américain. Mais comment expliquer qu’il aura fallu attendre les signalements de visiteurs du grand public pour porter secours à la centaine d’animaux qui coexistaient dans ce vieux zoo fondé à la fin des années 1950 par Napoléon Casaubon ?

Même si plusieurs plaintes et signalements ont été recueillis par la SPCA depuis quelques années, le zoo de Saint-Édouard a pourtant toujours réussi à renouveler son permis, explique Frédérick Lelièvre, biologiste au ministère des Forets, de la Faune et des Parcs (MFFP). En revanche, la récente refonte de la réglementation qui vise l’encadrement des sites qui ont la garde d’espèces animales indigènes et exotiques aura donné des munitions au MFFP et à la SPCA.

« Avant septembre 2018, il y avait déjà un règlement qui existait, mais qui restait un peu imprécis, indique Frédérick Lelièvre. Avec cette refonte, le Québec fait ainsi preuve d’une rigueur plus élevée que les autres provinces canadiennes. » « Nous sommes les seuls au pays à exiger des dimensions minimales pour les cages, les enclos, les bassins », ajoute M. Lelièvre.

De plus, le MFFP a pris en compte de nouveaux enjeux en lien avec le commerce international et l’attrait pour la garde en captivité d’espèces exotiques. « Les propriétaires de jardins zoologiques auront deux ans pour s’ajuster en augmentant la hauteur de leurs clôtures, la taille de leurs cages et en renforçant la sécurité de leurs installations. Les propriétaires qui n’ont pas les moyens d’implanter des correctifs pour se soumettre à la réglementation pourront se départir de leur animal ou, dans le pire des cas, le faire euthanasier », indique Frédérick Lelièvre, qui mentionne toutefois que de façon générale, outre de petits correctifs à appliquer « à gauche et à droite », les propriétaires d’animaux exotiques et indigènes travaillent généralement dans le respect.

Au Québec, 7 établissements (sur 40) se sont conformés aux normes d’Aquariums et zoos accrédités du Canada, l’organisme qui chapeaute les bonnes pratiques des jardins zoologiques. À l’instar de sept autres jardins zoologiques comme le Zoo de Granby et le Biodôme, le Parc Safari de Hemmingford fait partie des sites accrédités AZAC.

Parc Safari

Francis Lavigne, directeur zoologique au Parc Safari, indique que ce jardin zoologique s’emploie à dépasser les normes minimales en matière de stimulation physique et mentale des animaux. Espaces adéquats, programmes pour réintroduire les espèces dans leurs milieux naturels, éducation du grand public… Le Parc Safari a évolué avec la science et une nouvelle prise de conscience quant aux espèces animales menacées.

De plus, le parc a intégré des vocations de recherche et de protection des espèces menacées. Le travail en partenariat pour stimuler la diversité génétique ou assurer la reproduction de certaines espèces menacées, comme la crécerelle d’Amérique ou l’oryx africain, fait désormais partie du mandat de ce zoo qui a bénéficié d’un soutien provincial de 12 millions de dollars en 2018 pour améliorer ses aménagements. « Dans un monde parfait, les animaux devraient vivre dans leurs milieux naturels. Or, en Afrique et en Asie, ils vivent entre des clôtures et ne peuvent plus migrer, ce qui cause des problèmes de maladies et de consanguinité. Sans parler du problème du braconnage, qui est un gros fléau. »