Ottawa ouvre la porte à l’exploitation pétrolière dans les «refuges marins»

Le fédéral a décrété jeudi une zone protégée au sud de Terre-Neuve reconnue comme un couloir migratoire pour plusieurs espèces, dont la baleine à bosse.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le fédéral a décrété jeudi une zone protégée au sud de Terre-Neuve reconnue comme un couloir migratoire pour plusieurs espèces, dont la baleine à bosse.

Le gouvernement Trudeau entend autoriser l’exploitation pétrolière et gazière dans des milieux marins pourtant dûment protégés pour leur importance en matière de biodiversité. Mais pour cela, l’exploitation d’énergies fossiles devra être « conforme aux objectifs de conservation » de ces « refuges marins ». Onze de ceux-ci se trouvent en eaux québécoises.

Dans le cadre du Sommet des champions de la nature, qui se tient jeudi à Montréal, le ministre fédéral des Pêches et des Océans, Jonathan Wilkinson, a annoncé les « nouvelles normes visant à protéger nos océans ».

Le gouvernement fédéral a notamment décidé de maintenir l’autorisation d’« activités économiques » dans les « refuges marins », dont l’exploitation pétrolière et gazière, la pêche commerciale et une éventuelle exploitation minière.

L’autorisation de ces activités sera toutefois évaluée « au cas par cas ». « Celles-ci seront autorisées si elles sont conformes aux objectifs de conservation de la zone concernée », précise le ministre Wilkinson.

Ce cas de figure risque de se présenter au large de Terre-Neuve-et-Labrador, où le fédéral a mis en place plusieurs refuges marins situés dans des secteurs convoités par l’industrie pétrolière, qui y détient déjà des permis d’exploration.

Si le gouvernement autorise des forages et une exploitation d’énergies fossiles « à l’intérieur d’un refuge marin », la zone visée par l’industrie ne sera plus « prise en compte » dans l’atteinte de la cible de protection des milieux marins.

Cible en vue

Il faut dire que les « refuges marins » sont des « mesures efficaces de protection » qui ont été créées par le fédéral afin d’atteindre la cible internationale de protection des milieux marins fixée dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies.

Selon les données dévoilées jeudi, le gouvernement Trudeau affirme que plus de 8,27 % des milieux marins du pays sont protégés, alors que l’objectif pour 2020 est de 10 %. Mais si on soustrait les refuges marins du calcul, on atteint environ 3 %.

« L’approche annoncée aujourd’hui est équilibrée, selon le ministre Wilkinson. Les nouvelles normes annoncées aujourd’hui fourniront le type de protection solide que les Canadiens souhaitent voir dans les zones d’importance écologique. »

« Refuges marins » au Québec

Fait à noter, le fédéral a décrété 11 de ces « refuges marins » dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent, en 2017. Ces zones, qui se trouvent essentiellement au sud de l’île d’Anticosti, au large de la Gaspésie et au nord des îles de la Madeleine, couvrent une superficie de 8571 km².

Le gouvernement du Québec ne reconnaît toutefois pas, pour le moment, les refuges marins dans le calcul de ses objectifs de protection des milieux marins.

Le Québec a plutôt choisi de se doter d’un réseau d’aires marines protégées selon les critères reconnus par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN), référence internationale en la matière. Qui plus est, les critères des refuges marins ne sont pas définis par l’UICN. Au Québec, le taux de protection des milieux marins atteint aujourd’hui 1,9 %. L’objectif pour 2020 est de 10 %.

Nouvelle aire marine

Le ministre Wilkinson a par ailleurs annoncé jeudi la mise en œuvre officielle de la « zone de protection marine » du chenal laurentien, qui sera la plus vaste de l’est du pays. Ce territoire de plus de 10 000 km² est situé au sud de Terre-Neuve.

Mais contrairement à ce qui était prévu au moment du lancement de ce projet de protection, le gouvernement a décidé d’y interdire toute exploration pétrolière et gazière. Le MPO dit avoir reçu plusieurs milliers de commentaires de citoyens dénonçant cette porte ouverte à l’industrie dans ce secteur reconnu pour son importance biologique, notamment pour la migration de nombreuses espèces.

Le ministre de Pêches et Océans a en effet annoncé que les zones de protection marine et les aires marines protégées, deux types de protection dont les critères sont fixés par l’UICN, seront hors de portée pour l’industrie des énergies fossiles.