Le nouveau président du Brésil à l’assaut de l’Amazonie

Au cours des deux dernières années, plus de 8000 km2 de la forêt amazonienne ont disparu chaque année, en raison des coupes illégales et de l’expansion de l’agriculture.
Photo: Raphael Alves Agence France-Presse Au cours des deux dernières années, plus de 8000 km2 de la forêt amazonienne ont disparu chaque année, en raison des coupes illégales et de l’expansion de l’agriculture.

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro vient de nommer une ministre de l’Agriculture connue pour sa défense du secteur agricole industriel, en plus de lui confier la gestion des terres indigènes. Un geste qui confirme les vives craintes exprimées par les défenseurs des peuples autochtones et de la forêt amazonienne, qui y voient le prélude à une accélération de la destruction de l’Amazonie.

Assermenté mardi à la présidence du Brésil, le leader d’extrême droite a ainsi désigné Tereza Cristina da Costa pour diriger le puissant ministère de l’Agriculture, un secteur qui constitue un jalon essentiel de l’économie du pays le plus vaste et le plus peuplé d’Amérique latine.

M. Bolsonaro, un ancien militaire qui a reçu le soutien du secteur agricole industriel durant sa campagne, a du même coup choisi de confier à la nouvelle ministre (partisane du recours aux pesticides) la gestion des territoires indigènes, qui recouvrent actuellement près de 15 % de la superficie du pays. Ces territoires protégés constituent, dans plusieurs cas, les seuls véritables remparts contre la déforestation ou l’exploitation des énergies fossiles et des ressources minières.

Or, le nouveau président a répété à plusieurs reprises au cours des derniers mois que ces territoires sont « surdimensionnés », promettant de revoir la protection de ces terres convoitées par les entreprises qui lorgnent les importantes ressources naturelles du territoire occupé par la forêt amazonienne.

« Plus de 15 % du territoire national est désigné comme terres indigènes ou quilombos [terres occupées par des descendants d’esclaves]. Moins d’un million de personnes vivent à ces endroits, isolées du véritable Brésil, exploitées et manipulées par les ONG. Ensemble, nous allons intégrer ces citoyens », a d’ailleurs réaffirmé mercredi Jair Bolsonaro, sur Twitter. « Il n’y aura pas un centimètre supplémentaire de terres indigènes », avait-il également martelé en campagne électorale.

Déforestation

« Vous avez vu ? Le démantèlement a débuté. La Fondation de l’Indien n’est plus responsable de l’identification, de la délimitation et de la démarcation des terres indigènes », a répliqué, sur Twitter, la leader indienne Sônia Guajajara, ancienne candidate de gauche à la vice-présidence.

Un autre leader autochtone, Dinaman Tuxá, a prédit le pire pour la suite des choses. « Il y aura une augmentation de la déforestation et de la violence contre les peuples autochtones », a-t-il affirmé en entrevue au quotidien britannique The Guardian. « Les peuples autochtones sont les défenseurs de l’environnement », a-t-il ajouté, disant redouter les politiques du nouveau gouvernement. « Nous nous dirigeons vers un autre processus de colonisation. C’est ce qu’ils veulent. »

Il y aura une augmentation de la déforestation et de la violence contre les peuples autochtones. Les peuples autochtones sont les défenseurs de l’environnement.

Jair Bolsonaro ne s’en cache d’ailleurs pas : il entend développer l’économie du Brésil en misant sur l’exploitation des ressources naturelles du pays, dont les immenses superficies de terres qui, une fois déboisées, pourraient favoriser l’expansion du secteur agricole tourné vers l’exportation. Le Brésil est déjà le deuxième exportateur de produits agricoles dans le monde, selon les données de l’Organisation mondiale du commerce. Et pour faciliter le développement de l’industrie, le président souhaitait au départ fusionner le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement, avant de se raviser en raison du tollé soulevé.

L’influent pasteur Silas Malafaia, ami de M. Bolsonaro, résume bien les visées du nouveau gouvernement, qui ne compte pas plier devant les critiques des groupes environnementaux et des scientifiques, qui mettent en garde contre la destruction de la forêt amazonienne, qui se trouve à 60 % en territoire brésilien. Selon M. Malafaia, les pays développés devraient carrément payer s’ils veulent que le Brésil préserve l’immense écosystème amazonien. « Nous allons tout préserver parce que les gringos [des pays développés] ont détruit ce qu’ils avaient ? » a-t-il lancé au Guardian.

Dogme climatique

La destruction de ce milieu naturel unique et irremplaçable pourrait donc s’accélérer sous la gouverne de Jair Bolsonaro. Déjà, au cours des deux dernières années, plus de 8000 km2 ont disparu chaque année (18 fois la superficie de l’île de Montréal), en raison des coupes illégales et de l’expansion de l’agriculture.

Cette déforestation repartie à la hausse menace directement la biodiversité de la région, qui compte notamment plus de 40 000 espèces végétales, plus de 400 espèces de mammifères, 1300 espèces d’oiseaux et 3000 espèces de poissons.

Outre la disparition de la biodiversité de ce vaste écosystème, la destruction du « poumon de la planète » risque d’aggraver les impacts des changements climatiques, préviennent les groupes environnementaux. Le problème, c’est que certains membres du nouveau gouvernement ont manifesté leur scepticisme par rapport à la réalité de la crise climatique.

C’est le cas du nouveau ministre des Affaires étrangères, Ernesto Araújo, qui a déjà dénoncé le « marxisme culturel » qui a « influencé le dogme scientifique du réchauffement climatique ». Et le ministre de l’Environnement désigné, Ricardo de Aquino Salles, n’a pas voulu confirmer que le Brésil demeurera bel et bien dans l’Accord de Paris, tout en soulignant que la « souveraineté nationale » du pays est « non négociable ».

Signe du changement de cap qui vient de s’opérer dans ce pays dont le président admire son homologue américain, Donald Trump, le Brésil a renoncé à organiser la prochaine conférence de l’ONU sur le climat, la COP25.

8 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 3 janvier 2019 03 h 27

    Un autre fanfaron aliéné par son idéologie au détriment de la planète.

  • Gilles Bousquet - Abonné 3 janvier 2019 07 h 19

    Pauvre terre d'Amérique

    Trump, Jair Bolsonaro et Ford de l'Ontario, au pouvoir, des méchants et dangereux, pout la planète...moineaux.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 janvier 2019 10 h 57

      Votre titre, celui de votre commentaire me semble tout à fait approprié à la situation. L’amazonie est un grand régulateur du climat. S’il disparaît, c’est un pas de plus vers la tombe pour l’humanité. Ces « moineaux » comme vous dites, nous mènent lentement et sûrement à notre perte. Si ces gens ne comprennent pas, comment voulez-vous que nous nous en sortions. C’est eux qui dirigent, avec l’approbation semble-t’il de leur peuple.

      Monsieur Harvey Mead qui est un Québécois défenseur acharné de l’environnement l’a bien dit récemment. Seule une catastrophe fera en sorte que l’humanité se ressaisisse...

      Sauf que le moment approche, ou les mesures de réparations seront inutiles, parce qu’innefficaces...

  • Gilles Marleau - Abonné 3 janvier 2019 08 h 14

    Un nouveau pas...

    Un nouveau pas dans la mauvaise direction. Pour contrer cette tendance, les partis de gauche du monde devront affilier leur crayons, se mobiliser et surtout se prémunir contre la corruption. Les cas de gouvernance douteuse de gouvernements de gauche qui pourtant étaient porteurs de tellement d'ideaux et d'énergie positive est d'une tristesse incommensurable !

    • Jean Thibaudeau - Abonné 3 janvier 2019 10 h 21

      Gilles Marleau
      Justement... Quelle gauche? Il n'y a plus de service au numéro que vous composez.

  • Paul-Émile Lupien - Abonné 3 janvier 2019 13 h 27

    Réfléchir est éducatif

    Ces dirigeants pourraient réfléchir globalement avant d'agir localement... Le "gros bon sens " , ça existe pour "tout le monde " Bonne journée !

    • Brigitte Garneau - Abonnée 3 janvier 2019 15 h 48

      "Le gros bon sens ça existe pour tout le monde ." Il faut croire que non. Ceux qui en auraient le plus besoin ( Trump et cie) semblent totalement ignorer ce que c'est. Misère! On n'est pas sorti de l'auberge...

  • Gilles Bonin - Abonné 4 janvier 2019 00 h 04

    Comment?

    Un peuple si aimable a pu sombrer dans la folie de ce candidat mysogine, homophobe, raciste?
    C'est vrai que l'on a vu cela dans bien des pays dans les années 1930 et on voit ce que cela a donné.