En Allemagne, une industrie automobile indélogeable

Longtemps symboles du savoir-faire allemand, les grands constructeurs automobiles du pays ont vu leur réputation sévèrement entachée dans la foulée du scandale des moteurs diesel truqués pour les faire paraître moins polluants. La très forte présence de la voiture émettrice de gaz à effet de serre n’est toutefois pas sur le point de reculer, en raison de la puissance de l’industrie.

L’Allemagne réfléchit aux moyens de sortir de sa dépendance au charbon, développe rapidement les énergies renouvelables et négocie la fin du nucléaire. Mais le secteur du transport automobile « échappe à toute remise en question majeure », déplore l’ingénieur Andreas Kraemer, fondateur de l’Ecologic Institute, un organisme de recherche basé à Berlin.

Selon lui, tout militait pourtant pour un profond examen de conscience, après le « Dieselgate » qui a permis de découvrir que le géant allemand Volkswagen (dont Audi et Porsche) avait truqué des millions de véhicules afin de fausser les données sur les émissions des voitures.

18,4%
Les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports n’ont pas reculé depuis 1990. Elles représentent aujourd’hui la troisième source de GES en importance dans le pays.

« Ces entreprises ont contrevenu à la loi pendant plusieurs années, et de façon très organisée. On devrait les traiter comme des criminels, mais on ne le fait pas. Pourquoi ? Tout simplement parce que le lobbying pour protéger le secteur automobile est très puissant. À Berlin, par exemple, les lobbyistes du secteur sont très présents pour répéter les mêmes messages jour après jour en faveur du diesel », explique M. Kraemer.

Sans aller aussi loin, une source gouvernementale convient de la puissance de l’industrie automobile, qui emploie plus de 800 000 personnes dans le pays. « C’est une industrie qui a une très grosse influence sur les décisions du gouvernement, dont celles du ministère de l’Environnement. »

Dernier exemple en date de cette influence, le gouvernement allemand a adopté à la mi-novembre une réglementation pour tenter de contrer les interdictions de circulation de vieux diesel imposées par des villes comme Berlin, Hambourg, Bonn et Cologne. Sous la pression des groupes environnementaux, ces villes avaient en effet décidé de fermer une partie de leur centre-ville à ces modèles polluants, une mesure jugée « disproportionnée » par le gouvernement.

Les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports n’ont pas reculé depuis 1990. Elles représentent aujourd’hui 18,4 % des émissions totales de l’Allemagne, soit la troisième source en importance. Pas moins de 96 % de ces émissions sont imputables au transport routier.

Il faut dire que les ventes de véhicules dans le pays se résument essentiellement à des voitures à essence ou à diesel. Les modèles électriques ou hybrides comptent pour un total de 3,2 % des ventes, selon les données du ministère de l’Environnement pour l’année 2017.

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