Le monde manque d’ambition climatique pour éviter le pire, réaffirme l’ONU

Un homme peint une fresque à San Francisco, à l'occasion de la journée «Debout pour le climat», le 8 septembre dernier.
Photo: Amy Osborne Agence France-Presse Un homme peint une fresque à San Francisco, à l'occasion de la journée «Debout pour le climat», le 8 septembre dernier.

Au moment où l’ouragan Florence s’apprête à frapper de plein fouet la côte est américaine, un autre haut responsable des Nations unies a prévenu jeudi que la communauté internationale manque d’ambition pour éviter le naufrage climatique que notre dépendance aux énergies fossiles nous annonce.

« Nous savons que si nous voulons atteindre [les objectifs de l’Accord de Paris], les niveaux d’ambition devraient être très élevés », a souligné jeudi le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas. Or, a-t-il ajouté, « au niveau mondial, nous n’avons pas été capables de suivre une voie qui permette d’atteindre » ces objectifs.

« Le niveau d’ambition est trop bas », a laissé tomber le dirigeant de l’agence onusienne, dans le cadre d’un point de presse à Genève. Concrètement, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les réduire de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

La Terre est toutefois déjà plus chaude de 1 °C environ, par rapport à l’ère préindustrielle, et à supposer que les engagements déjà pris soient respectés, la hausse atteindra 3,2 °C en 2100. « Nous nous dirigeons plutôt vers une hausse de trois à cinq degrés », a même avancé jeudi M. Taalas.

Climat extrême

Un tel réchauffement provoquerait, selon différents rapports scientifiques, une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, une fonte irréversible des glaces des régions nordiques, un dégel du pergélisol qui libérerait d’énormes quantités de méthane, la montée du niveau des océans, l’afflux de millions de réfugiés climatiques et la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale.

Pour changer la trajectoire actuelle, il faudrait rapidement réduire notre dépendance aux énergies fossiles, selon le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale. Actuellement, 85 % de l’énergie mondiale est produite à partir d’énergies fossiles, et 15 % seulement à partir d’énergies renouvelables ou du nucléaire.

Davantage doit être fait pour « faire passer à l’électrique nos systèmes de transport », a-t-il d’ailleurs fait valoir, appelant aussi la population à adopter des régimes végétariens pour réduire les hauts niveaux d’émission de gaz à effet de serre associés à la production de viande.

Son message rejoint celui lancé lundi par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, qui a prévenu qu’il reste moins de deux ans pour relever substantiellement les engagements climatiques des États.

« Nous devons arrêter la déforestation, restaurer les forêts détériorées et changer notre manière de cultiver. » Il faut aussi revoir « la manière de chauffer, de refroidir et d’éclairer nos bâtiments pour gaspiller moins d’énergie », a expliqué M. Guterres, à un mois de la publication très attendue d’un rapport du GIEC sur la possibilité, ou non, de limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C.

Action des villes

Cet avertissement de M. Taalas est donné alors que se tient, à San Francisco, un sommet de différents acteurs régionaux réunis pour accélérer la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015.

Quelques dizaines de villes et régions y ont ainsi annoncé vouloir passer à 100 % de véhicules sans émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ou 2050. Tokyo, Séoul, Rotterdam ont ainsi rejoint Paris, Londres, Barcelone, Mexico et d’autres pour s’engager à passer à 100 % de bus électriques en 2025, et à réduire à « zéro » les émissions sur une « zone majeure » de leurs territoires d’ici 2030.

D’autres s’engagent à produire une électricité sans énergies fossiles et « neutre en carbone », comme la Californie d’ici 2045. Ce n’est pas forcément 100 % d’énergies renouvelables, car cela peut inclure le nucléaire et du gaz naturel, à condition que les émissions de carbone soient capturées.

Des multinationales participent aussi à ce mouvement. Plusieurs ont signé des contrats pour utiliser exclusivement de l’électricité « propre » ou ont annoncé publiquement qu’elles y arriveraient en quelques années ou décennies.

One Planet Summit

Un autre sommet, qui est en fait une reprise du « One Planet Summit » tenu en 2017 à Paris, se tiendra par ailleurs le 26 septembre, cette fois à New York.

Cette « réunion de restitution », organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, rassemblera dirigeants politiques et économiques à l’invitation du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, du président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, de Michael Bloomberg ainsi que du président français, Emmanuel Macron, initiateur du premier rendez-vous, tenu à Paris en décembre.

Elle se veut « une étape clé pour rehausser l’ambition », « dans un effort constant pour encourager les dirigeants mondiaux » à agir contre le dérèglement climatique, expliquent les organisateurs dans un communiqué jeudi. « Nous soulignerons les progrès réalisés et mobiliserons davantage acteurs publics et privés », annoncent-ils.

« Les objectifs de l’Accord de Paris sont essentiels pour soutenir la lutte mondiale contre la pauvreté », souligne Jim Yong Kim dans ce communiqué. « Les secteurs public et privé doivent collaborer plus efficacement pour coordonner les réformes politiques qui favorisent l’investissement ».