Deux millions pour fermer des puits pétroliers sur Anticosti

Le maire John Pineault évalue les besoins de sa municipalité à environ 30 millions de dollars; trois fois moins que ce qui a été dépensé pour Hydrocarbures Anticosti.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Le maire John Pineault évalue les besoins de sa municipalité à environ 30 millions de dollars; trois fois moins que ce qui a été dépensé pour Hydrocarbures Anticosti.

La facture assumée par l’État québécois dans la saga Anticosti gonfle encore un peu, a appris Le Devoir. Le gouvernement devra financer les travaux de « fermeture » de deux puits forés par des entreprises privées bien avant le projet Hydrocarbures Anticosti, une opération qui coûtera au moins deux millions de dollars.

Dans la foulée de l’abandon du projet d’exploration pétrolière Hydrocarbures Anticosti, financé en majorité par des fonds publics, le gouvernement a accepté de prendre en charge des puits forés au fil des ans sur l’île.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) prévoit donc de dépenser cet été plus de deux millions de dollars pour la « fermeture définitive » de deux puits situés dans l’est de l’île. Ceux-ci ont été forés en 2010 dans le cadre d’un partenariat entre Corridor Resources et Pétrolia. La profondeur de ces puits dépasse les 1000 mètres, mais aucune autre information n’est disponible publiquement sur l’état de ces puits.

Selon ce qu’a précisé le MERN, ce seraient les deux seuls puits qui nécessiteraient des travaux sur Anticosti, où plus de 30 puits ont été forés au fil des ans. En plus de ces puits, le gouvernement a hérité de plus de 85 % des puits forés depuis 1860 sur le territoire québécois, soit plus de 800 puits. Et plusieurs d’entre eux sont tout simplement introuvables.

Cette nouvelle facture de deux millions pour l’État québécois s’ajoute aux 92 millions de dollars déboursés dans le cadre du projet Hydrocarbures Anticosti, lancé par le Parti québécois en 2014.

Le gouvernement Couillard a ainsi versé des compensations aux entreprises partenaires du projet. Pétrolia (rachetée depuis par l’entreprise albertaine Pieridae Energy) a reçu 20,5 millions, tandis que Corridor Resources recevait 19,5 millions et Maurel Prom, 16,2 millions.

Qui plus est, le gouvernement a choisi de dédommager les deux autres entreprises qui possédaient des permis sur l’île, mais qui ne faisaient pas partie du projet de recherche de pétrole et de gaz de schiste. Junex a donc reçu 5,5 millions pour renoncer aux cinq permis qu’elle détenait depuis 2007. Un dernier joueur, TransAmerican Energy, a reçu 305 694 $ pour céder son seul permis détenu sur Anticosti, et ce, depuis 2009.

Ressources Québec a également injecté 29,9 millions dans les travaux d’exploration sur Anticosti. Ce montant ne tient toutefois pas compte des fonds publics déboursés pour la réalisation de l’évaluation environnementale stratégique sur l’île d’Anticosti, entre 2014 et 2016.

Forum

Le montant dépensé dans l’aventure Hydrocarbures Anticosti représente trois fois la somme jugée nécessaire par la municipalité de L’Île-d’Anticosti pour mettre en oeuvre son « plan de développement stratégique ». En incluant le projet de traversier qui permettrait d’améliorer substantiellement l’accès à la plus grande île du Québec, le maire John Pineault évalue en effet les besoins à environ 30 millions.

La municipalité insulaire attend toujours un engagement financier de la part de Québec, qui a promis de protéger toute l’île d’ici 2020, en plus de soutenir la candidature d’Anticosti à l’UNESCO.

Anticosti organise d’ailleurs, les 22 et 23 juin, un « Forum du futur », afin de discuter du développement de la communauté, et notamment de développement touristique, mais aussi de protection et de mise en valeur du territoire. La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, doit y prendre la parole, selon des informations transmises au Devoir.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 juin 2018 00 h 46

    l'île le plus en vue du fleuve laissée aux mains d'aventuriers

    qu'elle gachis, sur l'île la plus en vue du fleuve, laissée aux mains d'aventuriers, qu-'est ce que le gouvernement attend pour la protéger

  • Marc Durand - Abonné 11 juin 2018 07 h 58

    Coûts de fermeture d'un puits de pétrole

    Les coûts pour "fermer un puits" ne seront jamais finaux. Les installations qu'on mets en place pour boucher les puits n'auront qu'une durée de vie limitée. Après 20, ou 30 ans maximum, la corrosion souterraine aura fait son oeuvre et les travaux devront être refaits à nouveau. Le rapport du Conseil des Académies Canadiennes cite ceci: "This raises the possibility of needing to monitor wells in perpetuity because, even after leaky older wells are repaired, deterioration of the cement repair itself may occur" (CAC 2014, p.193 - https://bit.ly/1fSTS2p). Ainsi de suite de 20 ans en 20 ans il y aura à refaire des travaux.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 juin 2018 12 h 20

    Marché de dupes

    Le gouvernement paie pour l'exploration, il subventionne l'exploitation et il dédommage (sic) la non-exploitation et finalement il assume le coût de la fermeture des puits…

    Autrement dit, les pétrolières se contentent de ramasser le fric.

    • Serge Lamarche - Abonné 11 juin 2018 15 h 14

      C'est à se demander si la mafia est impliquée. Les vols de banques sont choses du passé. Maintenant, ce sont les vols de fonds publics qui payent bien.