Hydrocarbures: Pierre Moreau assure qu’aucun forage ne sera autorisé dans les cours d’eau

L’organisme Eau Secours s’est dit inquiet de constater que plusieurs cours d’eau pourraient être ouverts aux forages.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’organisme Eau Secours s’est dit inquiet de constater que plusieurs cours d’eau pourraient être ouverts aux forages.

Le ministre de l’Énergie assure qu’il ne sera jamais possible de réaliser des forages pétroliers ou gaziers dans des lacs ou des rivières du Québec. Le gouvernement a néanmoins publié un projet de règlement dans le but d’encadrer les activités d’exploration et de production « en milieu hydrique », en vertu de la Loi sur les hydrocarbures. Une situation décriée par des groupes écologistes.

« Il n’y aura pas de forages dans les lacs et les rivières », a affirmé jeudi le ministre Moreau, en entrevue au Devoir. « Les seules activités qui seront possibles, au-dessus des cours d’eau, ce seront des relevés aériens ou des sondes », a-t-il indiqué.

Selon ce qu’il a ajouté, il ne sera pas possible d’exploiter un gisement de pétrole ou de gaz à partir d’une infrastructure qui serait installée directement à la surface d’un lac ou d’une rivière.

Évoquant l’imposition de « distances séparatrices » importantes entre un cours d’eau et un éventuel forage, Pierre Moreau a soutenu que cela rendrait techniquement et financièrement impossible tout forage sous un cours d’eau. Le Devoir a donc demandé des précisions à ce sujet au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. Jeudi, en fin de journée, les questions étaient toujours sans réponse.

« Vous dites que je veux ouvrir la porte aux forages dans les cours d’eau. C’est carrément faux », a aussi laissé tomber le ministre, en référence aux informations publiées jeudi par Le Devoir.

Milieu hydrique

Le gouvernement a publié mercredi en fin de journée une nouvelle version des projets de règlements qui vont de pair avec la mise en oeuvre de la législation conçue pour baliser l’exploration et l’exploitation d’énergies fossiles au Québec.

Un de ces projets de règlements, un document de 107 pages, « a pour objet de déterminer les conditions d’octroi et d’exercice des autorisations requises pour les activités d’exploration, de production et de stockage d’hydrocarbures en milieu hydrique, à l’exception du milieu marin […] ».
 

Selon ce qu’on peut lire en introduction de ce même projet de règlement, « toute activité de fracturation dans un puits dont le collet est situé en milieu hydrique » est interdite. L’interdiction est également valable pour « les voies navigables », soit les 13 cours d’eau énumérés dans le projet de règlement et identifiés comme tels dans la réglementation fédérale, « ainsi qu’à l’intérieur de tout périmètre d’urbanisation et dans une zone additionnelle d’un kilomètre l’entourant ».

En vertu de ces règles, plusieurs cours d’eau du Québec pourraient donc être ouverts à différentes activités liées l’exploration pétrolière et gazière. Le projet de règlement précise d’ailleurs de façon très détaillée les règles pour la réalisation, « en milieu hydrique », de levés géophysiques, mais aussi de sondages stratigraphiques, de forages et d’« essais d’extraction d’hydrocarbures ».

Navire et plateforme

Dans le cas d’un forage, par exemple, l’entreprise qui demanderait une autorisation devrait préciser « le port d’attache et l’emplacement de la base terrestre » pour l’entreposage du matériel des travaux, indiquer « la profondeur de l’eau à l’endroit du forage », décrire « la faune aquatique » et « protéger l’intégrité de l’eau souterraine et du milieu hydrique ».

L’entreprise devrait aussi préciser tout mouvement d’une éventuelle « installation flottante », ainsi que les déplacements du personnel « sur le navire ou la plateforme ». Dans le cas de la « complétion » d’un puits, l’entreprise devrait informer le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du type et du nom « du navire ou de la plateforme ».

Des règles similaires s’appliqueraient pour les « essais de production », qui peuvent s’étendre sur un maximum de 240 jours et comprendre l’utilisation d’une « torchère », mais aussi pour la « fermeture d’un puits ». Dans ce cas, le gouvernement exigerait « une carte bathymétrique de la zone où est situé le puits », mais aussi différentes mesures pour sécuriser le puits « en dessous du fond de l’eau ».

Inquiétudes

L’organisme Eau Secours s’est dit inquiet de constater que plusieurs cours d’eau pourraient être ouverts aux forages.

« Il est essentiel de rappeler que le Québec possède sur son territoire près de 3,6 millions de lacs, étangs et mares, alors que les ruisseaux et les rivières se comptent par dizaines de milliers. Protéger uniquement treize cours d’eau navigables face aux forages pétroliers et gaziers n’est nettement pas suffisant pour assurer la protection de notre ressource », a fait valoir sa directrice générale, Alice-Anne Simard.

« Effectuer des forages ou exploiter des installations pétrolières en milieu hydrique, souvent en amont de sources d’eau potable, de surface ou souterraine, accroît les risques de contamination. La population devient vulnérable à un accident qui surviendra, tôt ou tard », a fait valoir pour sa part le président de la Fondation Rivières, Alain Saladzius.