Québec a sous-estimé le nombre de puits pétroliers et gaziers abandonnés

Mardi dernier, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a annoncé que le gouvernement «intensifie ses démarches afin de repérer et de sécuriser les puits de gaz et de pétrole inactifs».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Mardi dernier, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a annoncé que le gouvernement «intensifie ses démarches afin de repérer et de sécuriser les puits de gaz et de pétrole inactifs».

En présentant la semaine dernière son nouveau plan d’action pour régler le problème des puits pétroliers et gaziers « inactifs », le gouvernement Couillard a largement sous-estimé le nombre de puits abandonnés, mais surtout ceux dont l’État québécois a hérité, a constaté Le Devoir. Une situation qui signifie que la tâche sera encore plus longue et complexe, mais aussi que la facture devrait être plus élevée que prévu.

Mardi dernier, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a annoncé que le gouvernement « intensifie ses démarches afin de repérer et de sécuriser les puits de gaz et de pétrole inactifs ». Il a alors affirmé qu’on retrouve un total de 711 puits du genre sur le territoire québécois, qui ont été abandonnés au fil des décennies.

Le ministre a précisé que 93 de ces puits étaient toujours « sous la responsabilité d’entreprises qui ont l’obligation de les fermer adéquatement ». La vaste majorité des puits, soit un total de 618, seraient toutefois « sans responsable connu », et doivent donc être repérés, inspectés et sécurisés, voire décontaminés, par le gouvernement. Une tâche ardue, puisque les données dont dispose le ministère ne sont pas toutes fiables. Dans plusieurs cas, cela revient à « chercher une aiguille dans une botte de foin », a d’ailleurs admis M. Moreau.

Le gouvernement a du même coup indiqué que parmi les 953 puits forés depuis 1860, surtout dans les basses terres du Saint-Laurent et en Gaspésie, 242 sont toujours inscrits comme étant « actifs », c’est-à-dire qu’ils sont « fermés temporairement ou en activité ».

Le Devoir a toutefois obtenu les listes complètes des puits forés, des puits abandonnés et des puits jugés « actifs ». Après avoir analysé les informations inscrites dans ces documents, on constate que le gouvernement a sous-estimé le nombre de puits dont il a la responsabilité, mais aussi le nombre de puits abandonnés.

Parmi les 93 puits abandonnés qui seraient sous la responsabilité d’entreprises, on en compte vraisemblablement 61 qui sont en fait sous la responsabilité du gouvernement du Québec. Dans la majorité des cas, il s’agit de puits qui ont été forés dans les années 1970 et 1980 sous l’égide de la Société québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP), une société d’État dont le mandat était de préciser le potentiel pétrolier et gazier de la province.

Parmi ces puits, plusieurs présentaient des « indices de gaz » ou des « indices de pétrole », et parfois les deux. Ils sont situés principalement dans les basses terres du Saint-Laurent, mais on en retrouve aussi en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti. Fait à noter, le gouvernement Couillard a accepté l’an dernier de prendre en charge tous les futurs coûts liés à la « restauration » et à la « fermeture » des puits forés par Corridor Resources et Pétrolia, et ce, avant le projet Hydrocarbures Anticosti. À cela s’ajoutent les forages réalisés dans le cadre du projet lui-même.

Puits abandonnés

La liste des 242 puits présentés comme étant « actifs » contient par ailleurs des dizaines de puits qui ont été abandonnés depuis des années, voire des décennies, a constaté Le Devoir. Selon une estimation prudente, cette liste contiendrait 128 puits abandonnés ou inactifs dont le gouvernement du Québec aurait la responsabilité.

On y retrouve des puits forés au cours des 120 dernières années. Dans plusieurs cas, les entreprises impliquées dans les forages ont cessé d’exister depuis plusieurs décennies. Les données sommaires sur l’« état des puits » indiquent en outre que certains contenaient des « indices de gaz et de pétrole », et ce, dans la vallée du Saint-Laurent et en Gaspésie. Chose étonnante aujourd’hui, on recense aussi des puits forés dans le lac Saint-Pierre et le golfe du Saint-Laurent.

En tenant compte de toutes les données disponibles sur les puits pétroliers et gaziers, on constate donc que le gouvernement n’a pas hérité de 618 puits abandonnés, mais d’au moins 800 de ces puits. Cela représente une hausse de 30 % par rapport au portrait présenté la semaine dernière par le ministre Pierre Moreau. Cela signifie aussi que le gouvernement doit s’occuper de plus de 85 % des puits qui ont été forés au Québec depuis 1860.

Pour le moment, le gouvernement a prévu cette année 1,9 million de dollars pour repérer et inspecter les puits qu’il juge « inactifs ». Les données compilées par Le Devoir indiquent qu’ils sont toutefois plus nombreux que ce que Québec a présenté.

Pour le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle, il ne fait aucun doute que la facture est appelée à augmenter. Il rappelle que l’AQLPA a déjà, à la demande du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, mené une campagne pour retrouver et inspecter des puits en 2015.

« Dans le document que nous avons remis au ministère, nous avons précisé que 30 % des puits indiquaient des fuites. C’est pour cela qu’on recommandait un suivi annuel de tous les puits qu’on identifiait comme problématiques. Le ministère va donc devoir prévoir plus d’argent que ce qui a été annoncé. Si le gouvernement veut être sérieux, il va devoir faire un suivi constant », insiste M. Bélisle.

Au cabinet du ministre Pierre Moreau, on estime que le nouveau plan d’action annoncé la semaine dernière, soit trois ans et demi après celui lancé en novembre 2014, devrait porter ses fruits. On prévoit notamment « une équipe dédiée au sein du ministère et pour s’adjoindre des ressources spécialisées afin de repérer, d’inspecter et de sécuriser les puits inactifs ».

« Le ministre a indiqué que, considérant que certains de ces puits datent de 150 ans, cette mission pose de réels défis, mais nous allons poursuivre le travail afin de rassurer la population, de rendre publique l’information colligée et d’assurer la sécurité des Québécois », fait-on également valoir.