Restauration de sites miniers: Québec allonge les millions

Le Québec compte 459 sites miniers abandonnés.
Photo: Lia Levesque La Presse canadienne Le Québec compte 459 sites miniers abandonnés.

Le gouvernement Couillard compte dépenser près de 90 millions de dollars cette année dans la restauration des sites miniers abandonnés au Québec. Il s’agit d’un montant sept fois plus élevé que la moyenne de la dernière décennie. Mais le budget nécessaire pour venir à bout de cet héritage toxique devra encore être bonifié substantiellement au cours des prochaines années pour espérer respecter les objectifs du gouvernement.

Selon les données transmises au Devoir par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), l’État québécois injectera 88,9 millions de dollars dans la restauration des sites miniers dont il a la charge au cours de l’année financière 2018-2019.

S’il se concrétise, ce montant représentera une croissance très importante des dépenses par rapport à l’année 2017-2018. Le gouvernement avait alors prévu un montant de 10,8 millions de dollars, selon ce qu’a indiqué le MERN au cours des derniers jours. En mai 2017, le même ministère avait pourtant indiqué au Devoir que des investissements de 82,4 millions de dollars étaient prévus pour l’année 2017-2018.

Quoi qu’il en soit, les investissements ont plutôt atteint un total de 5,5 millions de dollars l’an dernier, puisque des travaux prévus sur certains sites « ont été retardés d’une année », notamment pour mener des études supplémentaires. Parmi ces sites, on compte le plus important site minier abandonné au Québec, mais aussi un autre qui est contaminé par des composés toxiques cancérigènes.

Globalement, le gouvernement a déboursé en moyenne près de 13 millions de dollars chaque année depuis une décennie pour la restauration des sites miniers dont il a hérité. Le montant prévu pour l’année à venir est donc sept fois plus élevé que la moyenne des dix dernières années.

Il faut dire que le gouvernement Couillard a promis de « réduire » de 80 % d’ici 2022 le « passif environnemental » légué par l’industrie minière depuis quelques décennies. Il s’agit d’ailleurs d’une tâche colossale, puisque le Québec compte un total de 459 sites miniers abandonnés. De ce nombre, 225 sont d’anciens sites d’exploitation et 223 sont des sites d’exploration. Certains sites ont besoin de travaux de décontamination qualifiés de majeurs.

Selon la plus récente évaluation de la facture qui doit être assumée par les contribuables, datée de 2017, l’ensemble des travaux pourrait coûter entre 745 millions et 1,2 milliard de dollars. Fait à noter, cette facture était évaluée, en novembre 2016, à un montant variant entre 620 et 800 millions.

Dépenses en hausse

En se basant sur la facture estimée de 2017, on constate que le gouvernement devra augmenter significativement ses dépenses annuelles dans la restauration s’il veut respecter son objectif pour 2022. En fait, en supposant que le montant total s’élève à 745 millions de dollars, il faudrait, dès l’an prochain, augmenter les investissements à un montant variant entre 130 millions et 173 millions chaque année pour y parvenir. Mais si la facture totale est plutôt de 1,2 milliard, l’État devra y consacrer entre 222 millions et 296 millions chaque année d’ici 2022.

Quel que soit le scénario, le gouvernement qui sera élu en octobre prochain devra donc s’engager à bonifier l’enveloppe budgétaire consacrée au « passif environnemental » hérité de l’industrie minière.

Il serait en effet risqué de tarder à faire les travaux de décontamination et de restauration, prévient Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine. « Les risques sont multiples, incluant des sites qui continuent de polluer l’environnement, d’autres moins stables qui risquent de voir des fuites, des bris de digues ou des déversements de résidus miniers advenant des événements imprévus, ou encore la faune et la flore qui sont exposés aux contaminants sur les sites eux-mêmes ou dispersés par le vent dans les écosystèmes environnants. »

Selon M. Lapointe, les différents partis politiques québécois devraient d’ailleurs s’engager à mettre sur pieds un fonds de restauration des sites miniers abandonnés « financé en partie par l’industrie minière, et non entièrement par les contribuables québécois ». Une option que le gouvernement Couillard et l’industrie ont toujours rejetée.

Au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, on dit avoir bon espoir d’atteindre les objectifs fixés dans le « plan de travail » pour la restauration. Selon ce que précise le bureau du ministre, « la restauration des sites miniers abandonnés est une priorité ».

Celle-ci devrait permettre « de limiter les impacts environnementaux et d’éliminer les dangers potentiels sur la santé », en plus de « remettre le site dans un état acceptable permettant ainsi la jouissance du territoire par les utilisateurs potentiels, humains et la faune ». Le gouvernement évoque aussi la volonté de « maintenir un dynamisme dans le domaine minier, notamment au regard du maintien et de la création d’emplois en région ».

Ces dépenses de fonds publics pour les sites miniers abandonnés s’ajoutent à plusieurs investissements annoncés au cours des derniers mois en faveur de l’industrie. Dans son plus récent budget, le gouvernement s’est ainsi engagé à financer les études d’impact social et environnemental que les entreprises minières doivent mener pour leurs projets, afin de les « encourager » à mieux prendre en considération les enjeux liés au développement de l’industrie.

Il a aussi injecté 200 millions dans la prolongation d’un programme qui sert à acquérir des connaissances géoscientifiques en vue de découvrir de nouveaux gisements miniers et de mettre en production de nouvelles mines.

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 7 mai 2018 00 h 32

    Arrêtons de dorloter l'industrie minière!

    «Selon M. Lapointe, les différents partis politiques québécois devraient d’ailleurs s’engager à mettre sur pieds un fonds de restauration des sites miniers abandonnés « financé en partie par l’industrie minière, et non entièrement par les contribuables québécois ». Une option que le gouvernement Couillard et l’industrie ont toujours rejetée.»
    Où se trouve l'indignation des contribuables qui doivent assumer les dégâts des compagnies minières à titre de milliards de dollars? Pourquoi ne pas nationaliser nos propres ressources au lieu de subventionner la barbarie de ces multinationales pour quelques miettes d'emploies? Même une république de banane ne gaspille pas ses ressources de cette façon irresponsable. Quelle honte!

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 mai 2018 05 h 44

    La honte

    Sites abandonnés, sols contaminés de produits toxiques et cancérigènes, subventions accordées, saccage ouvert, faillites douteuses, études d'impact assumées par l'état, frais de décontamination assumés également par l'état et la roue tourne, tourne et tourne encore toujours en faveur des prédateurs. Au final les pinottes que ça rapporte ne sont qu'une façade en regard d'une facture globale beaucoup plus imposante que les revenus. Nos dirigeants se comportent en dirigeants du tiers-monde dominés par les minières avec une facture qui grossit d'années en années. Subissent-ils du chantage sur le plan personnel? Que se cache-t-il donc derrière un tel comportement?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 mai 2018 07 h 37

      Nos dirigeants c'est-à-dire le gourvement provincial actuel manque tout simplement de "guts"que je
      n'ose pas traduire ici en francais....

  • Caroline Mo - Inscrite 7 mai 2018 06 h 51

    Caribous...

    Rien pour les caribous?

  • Marc Durand - Abonné 7 mai 2018 07 h 48

    Facture incomplète

    En plus des sites miniers que l'industrie laisse en héritage après avoir vidé les mines de leurs ressources non renouvellables, il faudrait ajouter à la facture tous les sites des puits forés pour la recherche d'hydrocarbures. Ceux-là n'ont toujours pas rapporté un seul dollar de redevance à l'État; il y en a plus de 985, dont 18 ont de plus servi à fracturer le roc. Le gouvernement continue à en autoriser des nouveaux du même type. Chacun a le potentiel de devenir dans le temps un émetteur de méthane et autres composés pétroliers. La facture que les contribuables doivront éponger, va continuer à grossir à un rythme plus grand que les dépenses budgétées par l'État. Tout cela constitue une grosse saignée de fonds publics au seul bénéfice d'un nombre très limité de petits spéculateurs.

  • Jean Richard - Abonné 7 mai 2018 10 h 05

    Propres propres propres les mines et leur pourquoi ?

    Parmi les sites abandonnés et contaminés, il y a des mines de lithium et de graphite, des mines de terres rares et beaucoup de mines de cuivre, des minérais largement utilisés par l'industrie des batteries alimentant les voitures électriques (tant pis pour ceux et celles qui s'obstinent à en faire un symbole de la pureté et de la virginité) et de façon plus réduite, l'électronique.

    L'histoire ne se réinvente pas, elle se perpétue. Des sociétés minières qui viennent siphonner notre sous-sol et qui repartent, quand ça devient moins payant, en laissant derrière eux leurs déchets, c'est du connu. Ça se fait honteusement dans presque tous les pays dits du tiers-monde et on dirait bien que le Québec en fait partie.

    Alors, quand nos élus nous font miroiter l'eldorado en déroulant le tapis rouge à l'industrie minière en baptisant le tout de plan Nord, vous savez que tôt ou tard, il y aura des choses à réparer...