Un comité du Sénat appelle à concevoir une société «sans carbone» après 2030

Le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles rappelle que l’industrie des énergies fossiles suit une trajectoire de forte croissance des émissions de gaz à effet de serre.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles rappelle que l’industrie des énergies fossiles suit une trajectoire de forte croissance des émissions de gaz à effet de serre.

S’il veut respecter ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, le Canada devra rapidement prendre le virage vers une économie qui n’émettra plus de gaz à effet de serre. C’est du moins le constat que fait le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles, tout en rappelant que l’industrie des énergies fossiles suit plutôt une trajectoire de forte croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé à réduire les émissions de GES du Canada de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005. Cette cible, qui est la même que celle du précédent gouvernement, sous Stephen Harper, demandera des efforts substantiels au pays, prévient un nouveau rapport du comité, intitulé « Le pétrole et le gaz canadiens dans une économie à faibles émissions de carbone ».

« L’atteinte de la cible fixée pour 2030 nécessitera une transformation titanesque des modes de production et des habitudes de consommation d’énergie au Canada. Il faut concevoir une société essentiellement transformée et sans carbone après 2030 », souligne le comité sénatorial dans ce rapport, publié vendredi.

Les auteurs du document ne se prononcent pas formellement sur les impacts de cette décarbonisation pour l’économie canadienne, dans un contexte où l’industrie pétrolière et gazière a contribué pour 142 milliards de dollars au PIB en 2015. « Il demeure toutefois qu’une société décarbonisée signifie de nouveaux débouchés économiques, moins de pollution et une meilleure qualité de l’air, une population plus en santé et une productivité accrue, grâce à de nombreux gains sur le plan du rendement énergétique », insistent-ils.

La commissaire à l’environnement et au développement durable, Julie Gelfand, a d’ailleurs dit au comité qu’« en ne s’engageant pas à réduire les émissions dans le secteur pétrolier et gazier, le Canada a raté des occasions ». Qui plus est, en raison de son inaction, il est probable que le pays ratera l’objectif fixé pour 2020 (17 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2020).

Croissance des GES

Pour corriger le tir et atteindre la cible de 2030, le Canada devra réduire ses émissions de GES annuelles de 199 millions de tonnes (Mt). Le comité souligne que cette réduction « est supérieure aux émissions projetées pour la totalité de l’industrie pétrolière et gazière en amont du Canada en 2030 », soit 193 Mt.

Les données officielles indiquent en effet que l’industrie des énergies fossiles se trouve sur une trajectoire de croissances des émissions de GES d’ici 2030, contrairement à d’autres secteurs importants comme les transports, la production d’électricité et l’agriculture. Cette augmentation est en bonne partie imputable à la croissance de la production pétrolière, qui devrait dépasser les cinq millions de barils par jour en 2030, dont 3,7 millions de barils provenant des sables bitumineux.

« L’industrie gazière et pétrolière est une des plus importantes de l’économie canadienne, mais c’est aussi la pire source d’émissions de gaz à effet de serre. Nous nous attendrons à une aide énorme de sa part pour que le Canada progresse vers ses objectifs en matière de réduction de ces gaz », a résumé la sénatrice Rosa Galvez, présidente du comité, par voie de communiqué.

Une réduction des émissions de GES dans le secteur des énergies fossiles sera même « essentielle » pour que le pays espère respecter ses engagements envers l’Accord de Paris et la lutte contre les changements climatiques.