Le fédéral ajoute de nouveaux «refuges marins» sur la côte est

Ces nouvelles mesures servent essentiellement à protéger les coraux et les éponges.
Photo: Olivier Zuida Ces nouvelles mesures servent essentiellement à protéger les coraux et les éponges.

Le gouvernement fédéral vient de créer sept nouveaux « refuges marins » dans les eaux de l’est du pays, au large de Terre-Neuve et du Labrador. Mais Ottawa y impose seulement des restrictions sur les pêches commerciales, tout en laissant la porte ouverte à toutes les autres activités humaines. Un de ces refuges se trouve même au coeur d’une zone sous permis d’exploration pétrolière.

Pour atteindre son objectif de « protéger » 5 % des milieux marins avant la fin de 2017, Pêches et Océans Canada a annoncé plus tôt cet automne la création de 11 « refuges marins » dans le golfe du Saint-Laurent, pour un total de 8571 km2.

Ces « refuges » font partie d’une catégorie de protection créée par le gouvernement fédéral et qui se limite jusqu’à présent à des restrictions sur les pêches commerciales.

Le gouvernement Trudeau vient d’ajouter sept nouveaux « refuges marins », tous situés cette fois le long de la côte est canadienne, dans les eaux de l’océan Atlantique, au large de Terre-Neuve et du Labrador. Ces zones totalisent 145 598 km2, ce qui représente une protection de 2,53 % d’« espace océanique » supplémentaire. Le total actuel du Canada se situe donc désormais à 7,75 %.

Pour les sept refuges marins, les mesures de protection prévues par le fédéral se limitent toutefois pour l’essentiel à des règles de gestion des pêches commerciales interdisant l’emploi d’engins « entrant en contact avec le fond », comme les chaluts.

Selon ce que précisent les documents diffusés par Pêches et Océans Canada, ces nouvelles mesures servent essentiellement à protéger les coraux et les éponges, dans le but de « contribuer à la conservation et à la biodiversité à long terme ».

C’est le cas, notamment, pour la plus vaste de ces nouvelles zones protégées, soit le « refuge marin du talus du nord-est de Terre-Neuve », d’une superficie totale de 46 833 km2. D’autres zones ont été ciblées pour leur rôle dans la conservation d’espèces de poissons à valeur commerciale, dont la morue franche, ou encore pour leur importance pour le narval, dans le cas d’un refuge situé plus au nord.

Exploration pétrolière

Pêches et Océans Canada précise par ailleurs qu’« aucune des autres activités humaines menées dans cette zone n’est incompatible avec les composantes écologiques d’intérêt ». Cela signifie que la pêche commerciale est toujours possible, de même que la navigation commerciale. Cela laisse aussi la porte ouverte aux projets d’exploration pétrolière et gazière, puisque le fédéral ne mentionne pas d’interdictions formelles de ces activités industrielles.

Des permis d’exploration pétrolière empiètent déjà sur le territoire du plus vaste des nouveaux refuges marins, soit celui du « talus du nord-est de Terre-Neuve », situé au nord d’un secteur ou l’industrie des énergies fossiles est particulièrement active. La zone ciblée pour un autre des nouveaux refuges de protection de la « biodiversité » est quant à elle déterminée pour un futur appel d’offres de permis d’exploration.

L’enjeu des droits d’exploration et d’exploitation du gaz et du pétrole [...] devra être réglé dans la prochaine version de la Loi sur les océans

 

Plus largement, une part importante de cette vaste région des eaux canadiennes est déjà convoitée par l’industrie des énergies fossiles. Des forages y ont déjà été réalisés et des projets sont prévus au cours des prochaines années.

Certains secteurs sont d’ailleurs décrits comme étant d’« intérêt » pour leur potentiel en hydrocarbures alors que d’autres sont reconnus pour la « haute activité » de l’industrie.

Protéger l’écosystème

Pour Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, la possibilité de voir l’industrie pétrolière et gazière s’implanter dans des zones en théorie protégées pose problème pour la conservation des milieux marins ciblés pour leur valeur écologique.

« L’enjeu des droits d’exploration et d’exploitation du gaz et du pétrole dans ces zones devra être réglé dans la prochaine version de la Loi sur les océans », estime-t-il. Celle-ci pourrait être adoptée dès 2018.

Le biologiste juge qu’il est important de distinguer un « refuge marin » et « une aire marine protégée », qui permet quant à elle de préserver tout l’écosystème marin ciblé. Pour atteindre cet objectif, M. Branchaud croit d’ailleurs que le fédéral devrait élargir les mesures de protection « à l’ensemble de la biodiversité ».

Selon lui, il s’agit d’un geste nécessaire pour que le Canada respecte réellement son engagement international de protéger 10 % de ses milieux marins d’ici 2020.

Le ministre de Pêches et Océans Canada, Dominic LeBlanc, a pour sa part vanté l’action du gouvernement en matière de protection des milieux marins. « Notre gouvernement a oeuvré avec ardeur pour aller au-delà de son engagement à protéger 5 % de nos zones marines et côtières d’ici la fin de cette année, et il est en très bonne voie de remplir notre prochain objectif de protéger 10 % d’ici 2020 », a-t-il fait valoir.

Au Québec, le gouvernement fédéral promet d’ailleurs de finaliser l’implantation de l’aire marine du banc des Américains en 2018. Cette zone de 1000 km2 est située tout juste à l’est de la péninsule gaspésienne. Deux autres projets de protection marine, l’un englobant tout l’archipel des îles de la Madeleine et l’autre situé dans l’estuaire du Saint-Laurent, ne progressent pas depuis plusieurs années.