Quand célébration rime avec action

Ludivine Maggi Collaboration spéciale
L’accord de Paris va être signé à l’occasion du Jour de la Terre.
Photo: François Mori Associated Press L’accord de Paris va être signé à l’occasion du Jour de la Terre.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Poser des gestes concrets — aussi minimes soient-ils —, tel est le maître mot du 22 avril déclaré Jour de la Terre depuis 1970. Un événement rassembleur qui garde tout son sens après 21 ans d’existence au Québec, car si le dynamisme et les pratiques existent bel et bien, sur le terrain, la situation se détériore encore en environnement.

« Il faut s’améliorer, assure le directeur du Jour de la Terre Québec, Pierre Lussier. Même si faire des choses stupides en environnement s’avère beaucoup plus difficile en raison de la conscientisation, l’aspect réparateur n’est pas encore présent. » Il prend notamment en exemple la faible utilisation des automobiles électriques ou la prégnance des pipelines. Pour M. Lussier, il n’y a pas d’autres choix que de se défaire de l’emprise de l’« or noir » : le virage doit être fait maintenant et il faut profiter du revenu du pétrole pour effectuer la transition.

En attendant ce virage, le Jour de la Terre Québec encourage la population à se mobiliser en cette journée du 22 avril en passant à l’action. Que ce soit en essayant les transports en commun, le covoiturage, en nettoyant sa cour ou en commençant à préparer son jardin, cette journée doit être celle du début du passage à l’acte afin de diminuer notre impact sur l’environnement. « Il n’y a pas de petites ou de grandes choses. La plus petite chose peut être aussi la plus significative. »

De l’ombre à la lumière

Si de nombreux individus posent un geste pour la planète tous les 22 avril, il n’en a pas toujours été ainsi. Avec le temps, cette journée dédiée à l’environnement a gagné en signification et en popularité. « Avant, on ne connaissait même pas la date, mais maintenant on sait que le Jour de la Terre est le 22 avril, affirme le directeur. Désormais, on célèbre ce jour-là et on diminue notre impact sur l’environnement. »

Un glissement de signification qui a aussi pris tout son sens dans le travail quotidien de l’organisme le Jour de la Terre Québec. En effet, alors que son calendrier ne comptait que quelques activités à ses débuts, le Jour de la Terre Québec a vu leur nombre grossir avec les années. Écoles, villes, instituts, entreprises et organismes se sont aussi mobilisés avec au besoin l’aide structurante de l’organisme.

Cette année, ce sont encore de nombreuses activités qui seront organisées partout au Québec, comme le ramassage de matières dangereuses et de produits électroniques à Montréal, à Laval, à Sherbrooke et à Québec, ou encore la traditionnelle plantation protocolaire inscrite dans le cadre du programme 375 000 arbres dont l’objectif est de planter ce nombre d’arbres d’ici 2017 dans la région métropolitaine de Montréal.

L’aide ou les conseils du Jour de la Terre Québec vont bien plus loin que la journée du 22 avril. « Nous offrons beaucoup de services aux entreprises tels que des audits ou des plans d’action sur des points précis, par exemple en efficacité énergétique ou en gestion de matières résiduelles pour étudier leur impact sur l’environnement », soutient-il. Le Jour de la Terre Québec privilégie les activités concrètes avec les entreprises plutôt que les campagnes de sensibilisation.

Le travail de longue haleine des organismes environnementaux a permis d’ancrer le mouvement chez les jeunes et les politiques. « Tout le monde est sensibilisé, mais il y a quelque chose de plus naturel chez les jeunes, remarque-t-il. Ils ne sont pas plus préoccupés, ne posent pas plus de gestes, mais quelque chose de plus est établi. » Une constatation que l’on retrouve aussi en politique, selon M. Lussier. « On le voit dans les débats d’actualité, les politiques sont attirées de façon plus franche par l’engagement environnemental. » Comme il le souligne, la conscientisation des politiques se déroule à chaque élection, tous les quatre ans. La population prend désormais en compte l’environnement pour voter, c’est devenu une valeur qui peut pénaliser les candidats politiques dans les urnes s’ils ne la prennent pas en considération.

L’ère du changement ?

Une conscientisation politique qui s’est remarquée avec l’arrivée de Justin Trudeau au poste de premier ministre du Canada. « On est passés de Stephen Harper, pour qui on était des terroristes, à Trudeau, qui va soutenir l’accord de Paris le jour du Jour de la Terre à New York, s’enthousiasme celui qui croit profondément que le premier ministre est un environnementaliste. Le Canada est de retour et le jeu de perception du pays a été modifié. »

Peut-on imaginer que la mobilisation pour le Jour de la Terre ne sera plus nécessaire d’ici quelques années ? Le 22 avril est indispensable quel que soit l’état de la planète, certifie M. Lussier. S’il advenait que la planète se porte au mieux, le Jour de la Terre deviendrait alors une occasion d’en célébrer la beauté. D’ailleurs, l’événement Le 22 du vin nature, qui consiste à lever son verre à la santé de la planète avec du vin nature, le rappelle chaque année.

Pour l’heure, la mobilisation est encore de mise chez le Jour de la Terre Québec. Depuis 2014, l’équipe québécoise s’occupe du développement des campagnes de communication pour l’ensemble des pays francophones et doit trouver des partenaires locaux pour mettre en place des programmes. Tout comme au Québec avec IGA, Québecor et Fondation TD des amis de l’environnement, le but est le développement de l’action le 22 avril et tous les autres jours dans la francophonie.

Beaucoup de travail reste encore à faire pour amorcer le virage des énergies renouvelables et pallier le changement climatique, mais la conférence de Paris de 2015 sur le climat s’est révélée porteuse d’espoir, notamment par le large consensus trouvé auprès des 196 parties participantes. Un espoir intensifié par le choix du jour de la signature de l’accord de Paris. « Ils vont le signer le 22 avril, la date du Jour de la Terre, et non le 5 juin, Journée mondiale de l’environnement promulguée par le Programme des Nations unies pour l’environnement, se réjouit Pierre Lussier. Un geste qui prouve que la société civile est reconnue. »