La crise climatique s'aggrave, affirme Al Gore

«Les événements météorologiques extrêmes liés à la crise climatique sont devenus trop massifs et trop fréquents pour être ignorés», croit le Co lauréat du prix Nobel de la paix en 2007, Al Gore.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir «Les événements météorologiques extrêmes liés à la crise climatique sont devenus trop massifs et trop fréquents pour être ignorés», croit le Co lauréat du prix Nobel de la paix en 2007, Al Gore.

Six ans après le dernier rapport Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’ancien vice-président Al Gore estime que la lutte aux changements climatiques n’a pour ainsi dire pas progressé, alors que la crise, elle, s’aggrave un peu plus chaque jour.

Dans le cadre d’un entretien accordé au quotidien Le Monde publié ce mercredi, M. Gore lance un avertissement sans équivoque : «La crise s’est aggravée. Plus nous retardons une réponse globale, plus il sera difficile de la résoudre.»

Le Co lauréat du prix Nobel de la paix en 2007 — avec le GIEC — dresse aussi un portrait sombre de la façon dont l’Humanité continue de traiter l’unique endroit connu dans l’univers où la vie soit possible. «Nous continuons à déverser chaque jour dans l’atmosphère 90 millions de tonnes d’émissions polluantes, comme si c’était un égout à ciel ouvert. L’accumulation de cette pollution représente maintenant autant d’énergie calorifique supplémentaire que l’explosion, chaque jour, de 400 000 bombes d’Hiroshima.»

«L’essentiel de cette chaleur part dans les océans, mais une bonne partie gagne l’atmosphère, et une autre dessèche les sols, poursuit celui qui est à l’origine de An Inconvenient Truth, documentaire-choc sur les bouleversements climatiques. On en mesure les conséquences : des sécheresses plus intenses et des orages qui déversent des pluies beaucoup plus fortes. Les prévisions pour la France, l’Italie, l’Espagne, tout le sud de l’Europe sont particulièrement catastrophiques.»

Il estime d’ailleurs que depuis quelques années, ceux qui voulaient prioriser la lutte aux changements climatiques se sont heurtés à la dure réalité de la crise économique mondiale qui a frappé à partir de 2008. L’année suivante, le Sommet sur le climat de Copenhague a d’ailleurs été un échec.

Mais depuis le premier rapport du GIEC, l’arrivée massive du gaz de schiste, exploité grâce à la fracturation hydraulique du sous-sol. «Ces nouveaux gisements ont abaissé le prix de l’électricité à des niveaux qui ont contribué à la faillite de beaucoup d’entreprises solaires et éoliennes», insiste Al Gore.

L’exploitation a en effet connu une croissance fulgurante aux États-Unis. Mais le pays est loin d’être seul dans la course à l’exploitation de cette ressource énergétique fossile dont on ignore les effets environnementaux à long terme. Plusieurs pays d’Europe ont d’ores et déjà donné leur feu vert à l’exploration de cette nouvelle manne pétrolière et gazière. C’est le cas de la Pologne, de l’Ukraine et de la Lituanie. La Roumanie, la Hongrie, l’Espagne, la Bosnie, mais aussi la Suède et le Danemark ont délivré des permis d’exploration. Hors d’Europe, la Chine, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Mexique, qui possèdent tous des réserves importantes, ont ouvert la voie à des forages de prospection.

Vers un revirement?

L’ancien vice-président dit cependant constater un «renversement de situation». «Les événements météorologiques extrêmes liés à la crise climatique sont devenus trop massifs et trop fréquents pour être ignorés», croit-il. Selon lui, la tendance aux investissements plus importants dans les énergies renouvelables est bien engagée.

Même le président Barack Obama a «changé» et s’intéresse davantage à la question climatique. «Il pense davantage à la marque qu’il va laisser dans l’Histoire», souligne M. Gore. Il va même jusqu’à douter fortement de l’autorisation de la construction du pipeline Keystone XL, malgré les pressions du puissant lobby pétrolier, dont le gouvernement de Stephen Harper. «C’est une décision importante. Je ne pense pas qu’il va l’autoriser», laisse-t-il tomber.

Changements cataclysmiques

Le GIEC doit publier sont prochain rapport dans un peu plus de deux semaines. Une version préliminaire du rapport, obtenue par Médiapart, donne une bonne idée de la gravité de la situation constatée par les scientifiques du GIEC. Ainsi, d’ici la fin du siècle, ils estiment que la température sur Terre pourrait augmenter de 1,5 à 3 °C, selon le rythme d’augmentation des émissions de CO2 (les estimations les plus hautes allant jusqu’à 4,8 °C).

Pour le moment, les émissions de ce gaz à effet de serre ne cessent de croître, comme en témoigne l’augmentation constante de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. La concentration de CO2 dans l’atmosphère a déjà augmenté de 40 % depuis le début de l’ère industrielle. Si les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre pourrait même atteindre de 3 à 5°C.

Un tel scénario déclencherait des «changements cataclysmiques», selon ce que faisait valoir la Banque mondiale dans un rapport à la fin de 2012. «Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire», avait alors souligné le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.
28 commentaires
  • André - Inscrit 11 septembre 2013 19 h 43

    Les yeux fermés...

    Comme depuis toujours, l'être humain agit pour son confort et le gain monétaire sans penser aux conséquences. Lorsqu'il réalisera que sa fin approche, il essaiera de corriger le tir et il sera trop tard. Sans être pessimiste, je crois que "la fin du monde" aura lieu d'ici 100 ans...et la terre continuera de tourner, aura des siècles pour revenir 150 ans en arrière...L'homme et son "hommerie" sera disparu et d'autres vies se reformeront à l'état microscopique et la vie reprendra comme elle l'a fait il y a des millénaires... ainsi va la vie..

    • Guy Vanier - Inscrit 12 septembre 2013 05 h 21

      D'après les chercheurs ce n'est pas ça la grande menace pour l'humanité.
      Le danger est the créer un ordinateur plus intelligent que ns (ça ne sera pas très difficile) et il décidera que ns sommes inutile!

    • Marc-O Bédard - Inscrit 12 septembre 2013 12 h 20

      ... spécial comme commentaire

    • Patrick Lépine - Inscrit 12 septembre 2013 14 h 29

      @Guy Vanier, c'est peut-être déjà fait, mais l'ordinateur au lieu de nous dire inutile, nous pose des questions philosophiques auxquelles ne peuvent répondrent nos élites, parce qu'ils ne sont orienté ou ne sont limités qu'aux aspects économiques...

      Et ce serait donc ceux-ci qui déclareraient l'ordinateur "inutile" pour leurs desseins... Quand la créature dépasse le maître c'est très insultant de se faire dire quoi faire... Les hommes ont les mêmes problèmes avec leurs parents.

  • Éric Cyr - Inscrit 11 septembre 2013 21 h 29

    Et peut-être une fin du monde moins spectaculaire

    Un incident comme Fukushima qui ajoute de la radio-activité lentement mais sûrement... Avec le peu de sérieux qui est mis pour traiter cette crise et cesser la folie des centrales nucléaires, ça va en prendre juste quelques unes de plus et les taux de cancers ( dont jamais on attribu la hausse aux 2000 essais et bombes du siècle dernier ) pourraient exploser et nous décimer sans qu'on puissecrien y faire, ainsi que les déformations génétiques... Jusqu'à ce ne puisse plus se reproduire...

    On risque des millénaires de radiations juste pour faire bouillir de l'eau!
    Les éoliennes, barrages et tuiles solaires sont nos meilleures chances de survie.

    • Patrick Lépine - Inscrit 12 septembre 2013 14 h 32

      J'ai vu de prometteuses installations maréemotrices ou houlomotrices qui sont développées en Écosse je crois. Plus stable, moins affectées par les intempéries.

  • Marc Brullemans - Abonné 11 septembre 2013 22 h 02

    Plus dure sera la chute...

    À cause d'un déséquilibre dans les flux énergétiques traversant notre planète, chaque jour de 2013 fait en sorte qu'il contribue au réchauffement global de notre planète et tant que les concentrations de CO2 et de méthane dans l'atmosphère ne diminueront pas, il en sera ainsi. Cela est aussi clair pour les scientifiques que peut l'être le passage du rayonnement visible au-travers de notre cornée.

    Et comme le dit M. Gore, l'avènement du gaz de schiste et des sables bitumineux constitue un véritable saut vers le mur. Parlant de mur, et bien même le contexte n'était-il pas le même, ces paroles de Winston Churchill "Mieux vaut prendre le changement par la main si vous ne voulez pas qu’il vous saisisse à la gorge" prennent aujourd'hui un saisissant relief.

    • Danielle Caron - Inscrite 12 septembre 2013 20 h 32

      Très pertinent, cette phrase de Churchill.
      Ces derniers mois, j'ai vu bon nombre de commentaires sur les forums du Devoir de gens encore convaincus-mordicus de la pertinence d'aller saccager à jamais l'île d'Anticosti, et convaincus que nous n'avons pas d'autre option que le pétrole. Et à chaque fois que me dis que le simple fait qu'il y ait encore des gens qui croient qu'on ne peut pas faire autrement est franchement tragique.
      Et oui, le changement les saisira à la gorge à un moment ou un autre. Ce qui me saisit à la gorge c'est qu'on "dorme au gaz".

    • Éric Cyr - Inscrit 14 septembre 2013 06 h 07

      Le pire madame Danielle Caron, c'est que nombre de ces apparamment "convaincus" sont en réalité des "marchands de doutes" payés par les industries et grandes corporations qui ont des intérêts bien divergeants du bien public. On appelle "Public Relations" toute la science de la douce propagande qui s'efforce discrètement , et avec succès d'orienter l'opinion publique, et ce depuis 1920!

      Des pros de la rumeur.

  • Pierre Montminy - Inscrit 12 septembre 2013 08 h 28

    Crime contre l'humanité et la vie

    Nous, nord-américains et québécois en particulier, avec notre mode de vie intenable axé sur l'usage intensif de l'automobile et des produits du pétrole, sommes responsables de cette catastrophe et des mesures à prendre pour tenter d'en amoindrir les conséquences.

    Certains de nos politiciens ont tout fait pour faire tomber l'accord de Tokyo, à soutenir l'exploitation des sables bitumineux et bloquer les initiatives vertes... leurs noms resteront dans l'histoire associés à ces terribles responsabilités. Ces gens devraient être poursuivis pour crimes contre l'humanité.

    • Pierre Montminy - Inscrit 12 septembre 2013 08 h 40

      ... l'accord de Kyoto bien sûr. Désolé !

  • Murray Henley - Inscrit 12 septembre 2013 11 h 04

    Al Gore est-il sincère?

    Bien que M. Gore ait reçu un Oscar pour son documentaire "An Inconvenient Truth", la plupart des assertions de ce film ont été réfutées: courbe de température en "bâton de hockey", fonte des glaces, hausse des océans, menace pour les ours polaires, etc.

    Le documentaire "The Great Global Warming Swindle" (L'arnaque du réchauffement climatique), diffusé à la télévision britannique il y a quelques années, constitue un bon antidote à la propagande de M. Gore. Soixante quinze minutes pour remettre en question les idées reçues:

    https://www.youtube.com/watch?v=52Mx0_8YEtg

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 septembre 2013 11 h 51

      Encore une preuve par youtube! Le problème est que les deux premières affirmations ont été confirmées. Il est clair que vous croyez au «climategate», ce qui veut dire que vous vous informez sur les sites dénialistes qui véhiculent des affirmations fausses, mais qui sont tellement plus confortables.

    • Julie Carrier - Inscrite 12 septembre 2013 12 h 15

      Oui, mais vous êtes-vous demandez qui a commandité ce docu..?..

      Des milliers de scientifiques dénoncent et documentent le RC..Sont tous menteurs je suppose..? Ça ne prend pas la tête à Papineau pour constater qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dehors..À moins d'être trop occupé à contempler son VUS et/ou sa (trop ) grosse cabane.

    • Marc-O Bédard - Inscrit 12 septembre 2013 12 h 55

      On a exécuté Socrate pour hérésie ; emprisonné et presque condamné à mort Galilée pour hérésie ; condamnons donc Al Gore pour cette vulgaire théorie mensongère qu'il ne cesse d'enseigner ! Arrêtez le quelqu'un, il corrompt la jeunesse !

      C'est vraiment une théorie absurde de dire que la terre n’est pas le centre de l’univers. La terre tourne autour du soleil … ? Qu'est-ce qu’on ne va pas entendre encore ! Quelle idée ridicule ! L’humanité provoque des bouleversements climatiques, la déforestation, le déclin de la biodiversité… ? Vraiment, quelle propagande !

    • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2013 13 h 03

      M. Henley,

      Vous n'avez qu'à vous rendre dans le grand nord canadien pour constater les vérités étalées par M. Gore.

    • Murray Henley - Inscrit 12 septembre 2013 14 h 55

      Wow!

      Je suis renversé par toute cette volonté, voir cette rage, qu'on les gens de croire à tout prix au réchauffement climatique.

      Moi aussi j'y ai cru pendant longtemps, car à première vue, ça semble avoir du sens. Mais après avoir examiné tous les points de vue, j'ai changé d'idée.

      Peu importe les croyances, les faits sont les faits. La répétition constante d'une fausseté n'en fait pas une vérité.

      Un bonus:

      http://wattsupwiththat.com/2013/09/11/rss-global-t

    • Cristo Latendresse - Inscrit 12 septembre 2013 18 h 11

      Donc, si un vicompte, journaliste, conservateur, vous affirme avec certitute, sans aucun appuis d'aucun scientifique, que le réchaufement glabal est faux, vous gober.
      A la limite, disons que le réchaufement est faux, il n'en reste pas moins que tout ce gaz carbonique à une incidence négative sur les humains, la faune et la flore. Ajouter les produits chimique envoyé dans l'eau partout dans le monde, les continents de plastiques, la déforestation, les déchet nucléaire les sites d'effouissements et d'exploitations non décontaminé, etcect, juste pour parler des faits anthopique. L'humain ravage sont environnement et nous avons plusieurs combat à livrer.

    • Danielle Caron - Inscrite 12 septembre 2013 20 h 36

      Tout à fait d'accord avec Yvan Dutil.

    • Yvan Dutil - Inscrit 12 septembre 2013 20 h 58

      Monsieur Henley, voyant votre référence, il est facile de voire d'où vous viens vos idées. Le problème de wattsupwiththat est que c'est une répertoire d'informations fausses et d'argument fallacieux. Pour la personne ignorante, cela semble crédible, mais c'est de la pure fumisterie.

    • Simon Chamberland - Inscrit 12 septembre 2013 21 h 34

      Selon la NASA, et non selon des documentaristes au financement occulte, entre 1991 et 2012 il y a eu 13950 article révisés par des pairs sur le réchauffement climatique. De de nombre, seuls 24 réfutaient ces changements.

      Alors entre 13926 articles et un argument YouTube, je choisi les premiers.