L’Islande peine à vendre sa viande de baleines

<p>Selon données disponibles auprès du ministre des Pêches, chaque baleine tuée coûte près de 700 000 $ aux contribuables islandais.</p>
Photo: anik boileau

Selon données disponibles auprès du ministre des Pêches, chaque baleine tuée coûte près de 700 000 $ aux contribuables islandais.

L’Islande peine à vendre la viande des baleines qu’elle a tuées jusqu’ici dans le cadre de sa campagne de chasse annuelle. Un chargement de quelque 130 tonnes de viande de rorqual commun est même revenu au pays, après un voyage de quelques semaines marqué par la controverse. Un exemple de plus de l’absurdité d’une chasse qui vise une espèce menacée de disparition, selon les écologistes.

La viande, partie du port de Reykjavik en juin, avait d’abord voyagé en direction des Pays-Bas, avant d’aller vers Hambourg, en Allemagne. Là, des retards dans le transfert de la cargaison ont empêché son départ pour le Japon, unique acheteur international de la viande de rorqual commun.

 

Par la suite, le transporteur maritime néerlandais Samskip, chargé du transport entre Reykjavik et Rotterdam, a annoncé le 11 juillet qu’il s’était mis d’accord avec les autres transporteurs pour renvoyer les six conteneurs à l’envoyeur. Il a promis de ne plus jamais transporter de viande de cétacés.

 

Chasse absurde

 

«Personne ne veut de cette viande», a affirmé un porte-parole du Fonds international pour la protection des animaux, Sigursteinn Masson, cité par l’Agence France-Presse. «Nous voulions faire prendre conscience aux gens du point auquel la chasse aux baleines, en particulier au rorqual commun, est absurde», a-t-il ajouté.

 

Malgré les protestations internationales provenant de pays opposés à la chasse à la baleine, l’Islande a décidé de reprendre cette année la chasse «commerciale» au rorqual commun, le deuxième plus gros animal vivant sur Terre. Il s’agit du seul pays, avec la Norvège, à rejeter le moratoire planétaire sur la chasse commerciale.

 

L’entreprise islandaise Hvalur, la seule à pratiquer cette chasse, en aurait déjà tué près d’une trentaine. Hvalur, qui reçoit d’importantes subventions du gouvernement islandais, compte abattre cette année 154 rorquals. Depuis 2003 — année où elle a repris la chasse après 20 ans d’interruption —, l’Islande a tué 496 petits rorquals et 280 rorquals communs. Ces deux espèces peuvent être observées au Québec.

 

Selon données disponibles auprès du ministre des Pêches, chaque baleine tuée coûte près de 700 000 $ aux contribuables islandais.

 

Demande en baisse

 

L’essentiel de la viande des baleines harponnées à l’aide de canons lance-harpons à tête explosive est exporté vers le Japon. La demande pour la viande de baleine a toutefois fortement diminué au cours des dernières décennies au Japon. Tokyo ne ménage d’ailleurs pas les efforts pour tenter de stimuler la demande, puisque le pays est pris avec d’importants stocks de viande invendus.

 

Le gouvernement islandais considère qu’il mène une chasse légale et durable, basée sur des données scientifiques. Les spécialistes des rorquals communs estiment toutefois que les évaluations de la population de l’Atlantique Nord sont trop imprécises pour permettre de déterminer le nombre d’individus. Au Canada, l’espèce est considérée comme «menacée de disparition».

 

L’association touristique islandaise a déploré à plusieurs reprises la chasse à la baleine. Elle évalue que les animaux vivants ont plus de valeur que ceux qui sont tués chaque année. Il faut dire que l’industrie des croisières d’observation de baleines est de plus en plus populaire, au point de rapporter plus de huit millions de dollars chaque année. Ce pays est effet une des meilleures destinations en Europe pour ce type d’activité. Pas moins de 20 espèces de cétacés peuvent être observées dans les eaux ceinturant l’Islande.

 

C’est essentiellement la chasse intensive menée au 20e siècle qui a fait disparaître une bonne partie de l’espèce. Les rorquals communs sont aujourd’hui confrontés à plusieurs menaces, dont la principale est la pollution sonore causée par la navigation, l’exploration sismique, le sonar militaire et le développement industriel.

 

Avec l’Agence France-Presse

7 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 23 juillet 2013 09 h 42

    Ridicule

    C'est finalement le marché qui va mettre fin à cette chasse. Mieux vaut tard que jamais. Enfin, espérons-le.

  • Gwenn Scheppler - Inscrit 23 juillet 2013 10 h 44

    L'Islande en quasi faillite

    Se paie le luxe de subventionner grassement une pêche archaique et dénoncée dans les 3/4 des pays du globe, pour un marché commercial qui n'existe plus. Brillant, vraiment brillant.

  • Normand Parisien - Inscrit 23 juillet 2013 10 h 52

    Le client a toujours raison.

    La lecture de cet article me fait penser à notre chasse aux phoques et à la difficulté d'exporter les peaux à l'étranger. Le marché est en baisse pour ce produit suite aux campagnes des écologistes. C'est un mode de vie qui s'apparente à celui des chasseurs de baleines en Islande. Comme pour tout ce qui est commercial, le client a toujours raison, au Canada comme en Islande.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 23 juillet 2013 12 h 42

      La grande différence est que les phoques connaîssent une croissance exponentielle contrairement aux baleines. Ils sont en train de décimer notre stock de morues.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 juillet 2013 13 h 55

      Monsieur Francoeur,
      J'aimerais bien qu'on m'explique comment il peut y avoir plus de phoques qu'il y a 500 ans, alors que la seule chasse possible était artisanale et fort peu efficace, et alors que les morues étaient tellement nombreuses qu'elles empêchaient, dit-on, les bateaux d'avancer.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 23 juillet 2013 16 h 30

      À M. Auclair,

      C'est bien là tout le mystère. Autrefois, les phoques étaient la nourriture de base des populations locales, d'où un certain contrôle sur leur expansion. Ce qui n'est plus le cas. En 20 ans, on est passé de 100 000 phoques à 10 millions. Ils se nourissent de morues. Elles ne sont plus sur le grand Banc, mais plus à l'est près des côtes, où sont les phoques. L'Institut Maurice Lamontagne les étudie de près. On les voit dans un documentaire dévorer les morues à qui mieux mieux. 1 tonne de morue par phoque. Mais ce domaine est de juridiction fédérale. Concluez vous-même.

    • Dominique Adam - Inscrit 24 juillet 2013 15 h 13

      La réalité est beaucoup plus complexe, les baleines sont des espèces clé dans l'écosystème marin et sont menacées de disparition. Les phoques quant à eux sont en surpopulation parce qu'on ne porte guère attention au principe d'équilibre d'écosystème et qu'on ne fait pas attention à notre environnement. La pollution et le réchauffement climatique nuit beaucoup à la vie sur la banquise, dont les prédateurs (dont l'ours polaire) qui normalement réguleraient les populations de phoque. Ils sont en plus grande quantitée alors ils mangent plus, mais nous n'avons que nous à blâmer pour cette situation. De plus, comment peut-on blâmer des phoques de trop manger quand nous même nous sommes responsable de la surpêche dévastatrice des océans.