Chasse à la baleine - Sea Shepherd continuera de harceler les baleiniers japonais

Les militants de l’organisation Sea Shepherd, dont Paul Watson, tenteront au cours des prochaines semaines d’empêcher le Japon de tuer des baleines autour de l’Antarctique.
Photo: SSCS Media Team Les militants de l’organisation Sea Shepherd, dont Paul Watson, tenteront au cours des prochaines semaines d’empêcher le Japon de tuer des baleines autour de l’Antarctique.

Malgré la décision d’un tribunal américain qui lui interdit formellement de s’approcher de la flotte baleinière japonaise, l’organisation Sea Shepherd tentera, au cours des prochaines semaines, d’empêcher le Japon de tuer des baleines autour de l’Antarctique, dans une zone reconnue comme un sanctuaire pour les cétacés. Cette neuvième campagne menée par les animalistes à bord de quatre navires est d’ailleurs la plus ambitieuse à ce jour.

À la suite d’une plainte déposée par l’Institut japonais de recherche sur les cétacés et par des entreprises associées à la campagne annuelle de chasse à la baleine, une cour d’appel fédérale a sommé cette semaine l’organisation américaine Sea Shepherd de ne pas «attaquer physiquement tout navire dirigé par les plaignants». Elle ne peut également s’approcher à moins de 500 mètres des navires japonais lorsque ceux-ci naviguent dans les eaux internationales ceinturant l’Antarctique. Elle doit enfin éviter de «naviguer d’une manière qui puisse mettre en danger la navigation en toute sécurité d’un tel navire».

C’est la première fois que des tribunaux interviennent pour tenter de contrer les campagnes antichasse à la baleine de Sea Shepherd. L’Agence des pêches du Japon a d’ailleurs salué cette décision en réaffirmant que l’organisation animaliste «pratique le sabotage par la violence en mettant en danger la vie de l’équipage et les biens de la flotte de recherche». Tokyo a même déjà qualifié l’organisation et son leader, le Néo-Brunswickois Paul Watson, de terroristes. Ce dernier est aussi recherché par le Costa Rica, où il est accusé d’avoir mis en danger un équipage lors d’une opération contre la chasse aux requins en 2002. Il avait été arrêté à l’aéroport de Francfort le 13 mai. Il s’était enfui en dépit d’une assignation à résidence.

Les militants, qui sont déjà en mer à la recherche des navires japonais, ont fait savoir qu’ils n’entendent pas se plier aux ordres de la Cour américaine. Par voie de communiqué, l’organisation a minimisé le jugement, «rendu par un tribunal américain contre des navires néerlandais et australiens qui transportent des équipages internationaux provenant de 26 pays et qui opèrent dans des eaux internationales».

Selon ce qu’a fait valoir le groupe sur son site Web, les quatre navires engagés dans la campagne comptent toujours barrer la route et harceler les baleiniers japonais afin de «protéger le sanctuaire des baleines dans les mers du Sud». Selon Paul Watson, les actions de son groupe sont «non violentes et légales».

Il est vrai qu’il existe un sanctuaire baleinier de l’océan austral. Il s’agit d’une aire marine de 50 millions de kilomètres carrés qui entoure le continent antarctique. Il a été mis en place en 1994 par la Commission baleinière internationale (CBI) pour y interdire toute chasse commerciale. Seul le Japon s’est opposé à sa création et continue d’y abattre des petits rorquals et des rorquals communs chaque année. Des individus des populations de l’hémisphère Nord de ces deux espèces peuvent être observés dans le Saint-Laurent.

Officiellement, Tokyo ne pratique pas une chasse dite commerciale, même si la viande des baleines tuées est vendue dans les commerces au Japon. Le pays prétend plutôt que la chasse est menée à des fins scientifiques, à grand renfort de subventions gouvernementales. L’objectif est de mettre à mort environ 900 baleines chaque année. Les spécialistes de la recherche sur les cétacés soutiennent toutefois que les informations recueillies sur les carcasses sont soit déjà connues ou alors elles peuvent être obtenues par des moyens non létaux. Trois pays membres de la CBI, soit les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ont déjà dénoncé cette «prétendue chasse scientifique». Mais il est difficile pour ces États de mettre en place un moratoire complet en raison des divisions entre les pays membres de la CBI.

Campagnes houleuses

Chose certaine, les campagnes de Sea Shepherd ont souvent nui aux visées des Japonais au cours des dernières années. Lors de leur dernière campagne, 266 petits rorquals et un rorqual commun ont été tués, loin de l’objectif de 900 fixé par Tokyo. En 2011, 172 animaux ont été abattus au harpon à tête explosive.

Les animalistes bénéficient de l’appui financier de nombreuses personnalités, dont Bob Barker et Brigitte Bardot. Cette année, leur nouveau navire a été nommé en l’honneur d’un de leurs mécènes, Sam Simon, cocréateur du dessin animé Les Simpsons. Ironie du sort, le navire en question est un ancien bateau japonais dédié à la recherche et est conçu pour naviguer à travers les glaces.

Tout indique donc que les affrontements entre les deux camps, qui ont souvent été pour le moins brutaux, vont se poursuivre. Les animalistes attaquent habituellement les baleiniers en lançant des bombes puantes sur le pont ou en tentant de stopper leurs hélices de propulsion à l’aide de câbles. Les Japonais répliquent à l’aide de canons à eau ou encore en tentant de frapper les zodiacs de Sea Shepherd à l’aide d’ancres. Des militants ont d’ailleurs été blessés en janvier dernier. Des navires des deux camps sont parfois entrés en collision. En janvier 2010, un bateau de Sea Shepherd a même été coupé en deux par un baleinier.

Si le Japon utilise le prétexte d’une chasse «scientifique» pour justifier ses campagnes en Antarctique, la Norvège et l’Islande mettent aussi à mort des cétacés année après année. Les deux pays pratiquent d’ailleurs ouvertement une chasse commerciale, puisqu’ils ont refusé d’adhérer au moratoire adopté par les États membres de la CBI en 1986. Les deux pays ciblent des petits rorquals et des rorquals communs, deux espèces dont les cheptels sont méconnus. Oslo a étendu cette année ses zones de chasse dans l’océan Arctique, après avoir constaté que les quotas fixés chaque année n’étaient pas remplis.