Classe fermée si 60% des élèves sont en isolement

Avant le temps des Fêtes, une classe basculait en enseignement virtuel si deux infections étaient signalées parmi ses élèves.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avant le temps des Fêtes, une classe basculait en enseignement virtuel si deux infections étaient signalées parmi ses élèves.

Une classe pourra basculer en enseignement à distance si 60 % des élèves du groupe sont en isolement à la maison en raison de la COVID-19, indique un arrêté ministériel adopté samedi par le gouvernement.

Il s’agit d’un changement majeur de stratégie quant aux infections en milieu scolaire. Avant le temps des Fêtes, une classe basculait en enseignement virtuel si deux infections étaient signalées dans une classe. Plus maintenant : avec cette nouvelle règle, l’enseignement en classe pourra continuer si 17 élèves sur 30, par exemple, sont en isolement. Au 18e élève isolé, 60 % du groupe se trouverait en isolement, et toute la classe basculerait donc en enseignement virtuel.

« Comme la Direction de la santé publique ne fait plus d’études épidémiologiques, elle n’ordonnera plus de fermetures de classes ou d’écoles. Cependant, un centre de services scolaire, une commission scolaire ou un établissement d’enseignement privé pourra faire basculer une classe en enseignement à distance si au moins 60 % des élèves de cette classe sont tenus de suivre les consignes d’isolement établies par une autorité de Santé publique en raison de la COVID-19, à compter de la deuxième journée du calendrier scolaire suivant l’atteinte de ce pourcentage », indiquent les consignes du ministère de l’Éducation au réseau scolaire.

« Dans un tel cas, un avis écrit devra être transmis aux parents au moins 24 heures à l’avance pour les informer du basculement en enseignement à distance », ajoute le document. Une classe pourra aussi passer à l’enseignement virtuel en cas de manque de personnel.

Tâche alourdie

 

Cette règle de basculer dans l’enseignement à distance si 60 % de la classe est en isolement a été adoptée samedi, à deux jours du retour en classe, qui était prévu lundi. La tempête de neige a reporté le retour en classe à mardi dans plusieurs régions, dont la grande région de Montréal. Les directeurs et directrices d’école ignoraient pourtant l’existence de cette directive lundi après-midi, déplore Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

« Le retour en classe ne sera pas simple. On ne sait pas comment ça va se passer. On met quand même tout en œuvre pour que ça se passe bien », assure-t-elle.

Les enseignants et les directions d’école estiment que cette nouvelle façon de faire (fermer une classe si 60 % des élèves sont absents) alourdira la tâche du personnel de manière importante.

Quand tout un groupe bascule en enseignement virtuel, la tâche des enseignants est correcte. La difficulté, c’est si la moitié d’un groupe est en classe et l’autre moitié est en isolement. Dans ce cas, les professeurs doivent enseigner comme d’habitude aux élèves en classe, en plus d’offrir une « prestation minimale de service » à tous les élèves qui sont chez eux.

Les enseignants doivent « établir un contact direct et quotidien avec les élèves afin d’assurer un suivi pédagogique », indique Bryan St-Louis, porte-parole du ministère de l’Éducation. Les professeurs peuvent suggérer des travaux et offrir du temps pour répondre aux questions des élèves à distance.

Cette mesure peut fonctionner si trois ou quatre élèves d’un groupe sont placés en isolement, mais la tâche devient extrêmement lourde si la moitié des élèves sont à la maison, souligne Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« C’est pousser à la limite la capacité d’un professeur à s’adapter. Est-ce qu’on demande aux profs d’avoir le don d’ubiquité ? » dit-il.

« À mon avis, tout cela est improvisé. Il n’y a pas de logique, on ne sait pas d’où sortent les décisions. Ça vient insécuriser le milieu de l’éducation », ajoute Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Elle rappelle que l’arrêté ministériel adopté samedi permet aussi de changer les ratios maître-élèves ainsi que la tâche des enseignants, après consultation des syndicats. Des mesures « contradictoires » avec le message gouvernemental affirmant que la situation sanitaire est en voie de s’améliorer, selon les syndicats.

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