Cégeps et universités disent non au vaccin obligatoire

Les cégeps et les universités s’opposent à la vaccination obligatoire pour les étudiants et le personnel, qui ajouterait un lourd défi logistique à gérer en pleine session d’automne marquée par le retour sur les campus.

Les établissements font valoir que les taux de vaccination sont déjà appréciables — 86 % des étudiants universitaires ont eu leur deuxième dose ou ont pris rendez-vous pour l’obtenir — et que le passeport vaccinal est déjà requis pour certaines activités sportives ou artistiques. À leur avis, le contrôle des entrées sur les campus représenterait aussi un véritable casse-tête pour les établissements, qui devraient surveiller les allées et venues de milliers de personnes.

« La rentrée est déjà commencée à plusieurs endroits. On est prêts. Il faut se concentrer sur l’accueil de nos étudiants, ce n’est pas le temps de changer les règles du jeu », dit Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke et président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

La rentrée est déjà commencée à plusieurs endroits. On est prêts. Il faut se concentrer sur l’accueil de nos étudiants, ce n’est pas le temps de changer les règles du jeu

Le représentant des 18 universités québécoises et son homologue de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, doivent témoigner vendredi devant la commission parlementaire qui étudie la vaccination pour le personnel de la santé. Ils s’opposent à l’élargissement de cette obligation pour le personnel de l’enseignement supérieur, mais sont prêts à suivre les recommandations de la Santé publique. Le port du masque est déjà obligatoire en tout temps dans les établissements.

« Notre but est d’avoir une session en présence la plus normale possible et la plus stable possible », a dit le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, en entrevue éditoriale au Devoir, jeudi.

« On adhère au passeport vaccinal, mais pour nous, c’est plus une voie rapide qu’une obligation. Il y a un certain glissement quand on parle d’obligation vaccinale, ce n’est pas notre souhait », dit Bernard Tremblay.

L’Université d’Ottawa, qui a lancé un mouvement largement suivi au Canada anglais en faveur de la vaccination « obligatoire », permet quand même l’accès au campus sans deux doses de vaccin, souligne le représentant des cégeps. Les personnes non vaccinées doivent notamment passer des tests de dépistage pour aller à l’Université d’Ottawa.

Avec ou sans passeport vaccinal, Bernard Tremblay s’étonne que les tests de dépistage rapides ne soient pas encore offerts dans les cégeps et les universités. « Il devrait y en avoir partout. À Paris, on en trouve dans des kiosques au coin des rues. On est rendus là. C’est ça la clé, c’est le dépistage », fait-il valoir.

Le contrôle pour réserver l’accès aux campus aux gens vaccinés représenterait un fardeau pour les établissements, souligne de son côté Pierre Cossette. Par exemple, trois universités montréalaises (l’Université du Québec à Montréal, Concordia et le campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke) sont situées au-dessus de stations de métro parmi les plus fréquentées du réseau. On peut facilement imaginer les milliers de personnes qui débarquent non seulement dans les classes, mais aussi dans les espaces publics, les foires alimentaires, les cliniques médicales et les autres services offerts sur les campus.

 

Les universités ne sont pas unanimes au sujet de la vaccination, précise le représentant du BCI. Les établissements ont l’autonomie pour prendre leurs propres décisions en collaboration avec leur direction régionale Santé publique. Ils peuvent par exemple exiger le passeport vaccinal pour accéder aux résidences étudiantes ou à certaines activités.

Période d’ajustement

La Fédération des cégeps prévoit une année à la fois motivante et mouvementée à cause de la pandémie. Les établissements n’ont toujours pas reçu le guide de gestion des éclosions préparé par la Santé publique. Les profs se préparent aussi à faire du rattrapage auprès des étudiants qui arrivent du secondaire. Les cégépiens de deuxième année risquent aussi de traverser une période d’ajustement : plusieurs n’ont pas mis les pieds dans une école depuis le début du confinement en mars 2020.

Le nombre d’inscriptions dans les cégeps a augmenté de 0,3 % par rapport à l’année dernière. Sur un total de 174 892 étudiants, 78 902 sont des nouveaux inscrits, ce qui est moins que prévu. « Peut-être que certains étudiants ont attendu que le retour de l’enseignement en présence soit confirmé pour s’inscrire, et qu’ils ont raté la date d’inscription pour la session d’automne », estime Bernard Tremblay, de la Fédération des cégeps.

Entre 20 % et 25 %

C’est la proportion des étudiants étrangers inscrits au cégep qui ne pourront pas venir étudier au Québec parce qu’ils attendent toujours un permis d’étude du gouvernement fédéral.

Environ sept finissants du secondaire sur dix sont passés au cégep, une proportion relativement stable par rapport à l’année dernière.

Étudiants étrangers en attente

Les cégeps prévoyaient d’accueillir 5876 étudiants étrangers, une hausse de 20 % par rapport à l’année dernière. Un peu plus de 3000 sont de nouveaux inscrits, mais entre 20 % et 25 % d’entre eux ne pourront venir étudier au Québec même s’ils ont été admis : ils attendent toujours leur permis d’études du gouvernement fédéral.

« C’est inacceptable. On s’est débattus avec Ottawa depuis le printemps pour accélérer le traitement des demandes, mais des centaines d’étudiants étrangers voient leur rêve brisé. C’est la réputation du Canada et du réseau collégial qui est en jeu », dit Bernard Tremblay, de la Fédération des cégeps.

L’absence imprévue d’étudiants étrangers porte un dur coup à certains cégeps en région. Au cégep de Matane, 48 étudiants étrangers sont toujours en attente d’un permis d’étude sur les 155 nouveaux inscrits venant de l’international. 



À voir en vidéo