Prise deux d’une rentrée scolaire marquée par la pandémie

Des milliers d’enfants étaient ravis de retrouver leurs amis dans la cour d’école, jeudi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des milliers d’enfants étaient ravis de retrouver leurs amis dans la cour d’école, jeudi.

Port du masque obligatoire, chaleur accablante, pénurie d’enseignants : la rentrée scolaire, marquée une nouvelle fois par la pandémie, amène son lot de défis. Ce qui n’a pas empêché des milliers d’enfants d’être ravis de retrouver leurs amis dans la cour d’école, jeudi.

« Je suis content », lance avec une petite voix le jeune Aymen, qui entre cette année en maternelle à l’école primaire Saint Bernardin. L’établissement tout neuf et coloré du quartier Saint-Michel a été désigné par le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) pour accueillir les (nombreux) médias présents dans certains cas avant 7 h 30 jeudi matin pour assister au retour des élèves sur les bancs d’école après la pause estivale.

Pour de nombreux parents, l’anxiété était moins grande cette année, cette rentrée scolaire faisant un peu office de jour de la marmotte par rapport à la même période, l’an dernier. « Il est plus habitué, souligne Martina Janelle, en référence à son fils qui entame sa deuxième année du primaire. Il sait comment porter un masque […] Ce n’est pas angoissant. »

« C’est beaucoup moins stressant que la première [rentrée scolaire en temps de pandémie] étant donné qu’on a déjà vécu avec toutes les mesures sanitaires à respecter […] C’est bon pour les élèves et pour nous », opine également l’enseignante en cinquième année du primaire Saloua Sadaoui, qui était fébrile jeudi à l’idée de rencontrer ses nouveaux élèves.

Un variant qui inquiète

Cette rentrée scolaire devait au départ être marquée par divers assouplissements aux règles sanitaires, au moment où la vaccination contre la COVID-19 s’accélère dans la société. La montée du variant Delta, notamment dans la métropole, a toutefois forcé le ministère de l’Éducation à présenter cette semaine un plan de match pour la rentrée scolaire plus strict, en exigeant notamment le port du masque en tout temps à l’intérieur à partir de la première année du primaire dans neuf régions du Québec, incluant Montréal, Laval et les Laurentides.

Les parents consultés par Le Devoir sur ce plan étaient d’ailleurs mitigés jeudi : certains trouvent qu’il va trop loin, tandis que d’autres demeurent inquiets pour la sécurité de leurs enfants. « C’est un minimum nécessaire. On est prêt à suivre ces consignes-là pour résorber cette crise qui dure depuis longtemps », estime pour sa part le père de famille Laurent Falour.

La perspective de la fermeture de classes en cas d’éclosion, comme cela a souvent été le cas l’an dernier, en préoccupe aussi plusieurs.

« Mes enfants ne sont pas vaccinés et on sait que le variant Delta, il est plus robuste par rapport à ce qu’on connaissait avant. On ne sait pas comment ça va bien se passer. Ça s’est bien passé à la garderie et on espère que ça va bien se passer aussi à l’école », souligne Hakima, une mère de famille qui a préféré taire son nom de famille.

De visite dans la cour de l’école primaire de Saint-Michel en matinée, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est lui-même dit « préoccupé » par la possibilité que la rentrée scolaire mène à une augmentation du nombre d’éclosions de cas de COVID-19 dans la métropole, comme l’appréhende la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin. Il a toutefois rappelé l’importance d’assurer une éducation en personne aux élèves.

« Maintenant, il faut rester vigilants, mais il faut aussi permettre aux jeunes d’avoir un maximum de normalité. Je viens de parler à une psychoéducatrice qui me disait que les jeunes ont besoin de se voir, ont besoin de sortir de leur bulle. Parce que quand on ferme une classe, ça crée des dommages, et pas juste au niveau scolaire. On a le devoir comme adultes de protéger la vie scolaire des enfants », a déclaré le ministre aux médias présents sur place.

Le gouvernement du Québec entend par ailleurs miser sur les tests de dépistage rapides pour gérer et contenir les éclosions de cas de COVID-19 dans les écoles primaires et secondaires. Les modalités entourant la mise en application de cette mesure seront détaillés « dans les prochains jours », a indiqué le ministre. « J’ai comme l’impression que quand on va commencer, ce sera à Montréal », a-t-il par ailleurs glissé.

La vaccination obligatoire des enseignants compte aussi parmi les options envisagées par Québec, qui a entamé une commission parlementaire jeudi sur la possibilité d’obliger les travailleurs de la santé et d’autres catégories d’employés à se faire vacciner contre la COVID-19.

Chaleur accablante

Saloua Sadaoui affirme que le mercure a franchi la barre des 40 degrés dans les derniers jours à l’intérieur du vieux bâtiment qui fait office d’annexe à la nouvelle école Saint-Bernardin. La bâtisse, qui accueille quelques centaines d’élèves, ne dispose d’aucun système de climatisation et d’un piètre système de ventilation, indique l’enseignante. « C’est de l’ancienne construction, donc c’est sûr qu’il y a des choses à améliorer », concède-t-elle. Une situation qu’ont déplorée certains parents rencontrés par Le Devoir, jeudi.

« Le réseau a fait ses devoirs », a toutefois assuré le ministre Roberge jeudi, qui indique que 36 millions de dollars ont été investis cet été, notamment pour « percer des murs, ajouter des fenêtres, ajouter des échangeurs d’air et changer les systèmes de ventilation au complet » dans diverses écoles. « On a travaillé fort comme jamais pour améliorer la ventilation et l’aération des écoles », a-t-il assuré.

Par ailleurs, M. Roberge a rappelé que les enfants pourront retirer le masque en classe pendant les journées de chaleur accablante.

« Évidemment, on veut éviter les éclosions [de cas de COVID-19], mais il y a quand même une latitude laissée par la Santé publique dans les situations comme aujourd’hui », a-t-il dit.

Le ministre s’est néanmoins dit « préoccupé » par la « pénurie » d’enseignants. À lui seul, le CSSDM dit manquer de 100 enseignants à temps plein, un nombre qui grimpe à près de 400 dans l’ensemble de la province.

« On sait qu’on n’est pas sorti du bois avec cette pénurie de main-d’œuvre qui frappe l’éducation, mais qui frappe aussi tous les secteurs », a laissé tomber M. Roberge.

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