Que restera-t-il de la pandémie dans les écoles?

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
La crise sanitaire a provoqué un réveil face à des problèmes qui existaient déjà auparavant dans le réseau de l'éducation, mais auxquels l’État tardait à s’attaquer. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La crise sanitaire a provoqué un réveil face à des problèmes qui existaient déjà auparavant dans le réseau de l'éducation, mais auxquels l’État tardait à s’attaquer. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

La pandémie a bouleversé le quotidien des élèves des écoles primaires et secondaires au Québec, avec des conséquences que l’on commence à peine à évaluer. Malgré des effets négatifs, la crise aura-t-elle permis de retenir quelques leçons positives ?

« En repensant à l’année et demie que les écoles québécoises viennent de vivre, nous devons souligner les efforts incroyables des enseignants et de tout le personnel scolaire, dans un contexte très difficile et en dépit des risques pour leur santé », affirme Monique Brodeur, doyenne de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM et longtemps doyenne de celle des sciences de l’éducation.

Elle estime que la crise a provoqué un réveil face à des problèmes qui existaient déjà auparavant, mais auxquels l’État tardait à s’attaquer. En effet, la pandémie a renvoyé tous les élèves du Québec chez eux, obligeant les écoles à se tourner en catastrophe vers l’enseignement à distance. En Formule 1, on appelle cela un virage en épingle. Or, cela a fait apparaître des inégalités dans les ressources pédagogiques des écoles.

« Le Québec doit disposer de ressources pédagogiques pour tous les élèves, fondées sur les connaissances scientifiques et dont l’efficacité a été démontrée, réclame la doyenne. Ces ressources devraient être recensées ou même développées sous l’égide du ministère de l’Éducation. En ce moment, on trouve beaucoup de variations, et on ne sait pas clairement si toutes les approches utilisées sont optimales. » L’État a franchi un premier pas en ce sens en lançant sa plateforme École ouverte dès la fin mars 2020.

Par ailleurs, l’enseignement à distance suppose que tous les élèves disposent des outils technologiques adéquats pour suivre les cours. Or, la pandémie a souligné à grands traits les inégalités qui existent sur ce plan. L’absence d’un service Internet haute vitesse dans certaines régions a compliqué l’enseignement à distance. Environ 280 000 familles demeuraient privées de ce service en décembre 2020. La crise a incité le gouvernement à accélérer la cadence. Québec souhaite brancher 15 000 foyers par mois, jusqu’à ce que tout le monde le soit en 2022.

Rehausser les compétences numériques

La pandémie a par ailleurs révélé que les enseignants ne maîtrisent pas tous également les outils numériques. Bousculés par l’urgence de la situation, ils se sont tournés vers les plateformes à la Google Classroom, Zoom et Teams. « L’attention s’est énormément concentrée sur le choix des plateformes, mais enseigner à distance au primaire et au secondaire exige aussi de développer de toutes nouvelles stratégies pédagogiques », note Stéphane Villeneuve, professeur au Département de didactique de l’UQAM et spécialiste de l’intégration du numérique en éducation.

Pour conserver l’attention des élèves, simplement transposer un cours magistral sur une plateforme en ligne se révèle vite insuffisant. Il existe des applications pour effectuer des activités de collaboration entre élèves à distance, comme de petits remue-méninges ou autres. « Beaucoup de ces outils restent peu connus », souligne Stéphane Villeneuve.

La crise a toutefois mis ces questions sur le radar, et certains programmes de formation, notamment celui de M. Villeneuve, accordent déjà plus de place aux outils et aux stratégies pédagogiques numériques. « La pandémie pourrait donner l’occasion de dépasser le réflexe de simplement transposer un cours sur une plateforme numérique et de développer une pédagogie mieux adaptée au contexte et aux possibilités du numérique », espère Stéphane Villeneuve.

Prêts à faire face

Au Québec comme ailleurs, la pandémie a exacerbé les inégalités éducatives, réduit le temps d’apprentissage et causé des retards, par exemple en lecture et en mathématiques. Les élèves qui vivent dans des milieux défavorisés et ceux qui ont des besoins spéciaux en ont plus particulièrement souffert.

« Ces élèves ont besoin de ressources supplémentaires, tout comme les professionnels qui œuvrent auprès d’eux », résume Monique Brodeur. Celle-ci se dit inquiète pour certains de ces enfants, chez qui les retards peuvent se creuser très rapidement, notamment les plus jeunes.

Monique Brodeur rappelle qu’il y a 60 ans, le rapport Parent établissait le droit de chacun à la meilleure éducation possible. La pandémie a selon elle souligné à grands traits l’obligation de l’État de toujours être prêt à faire face à des événements extrêmes qui viennent entraver l’exercice de ce droit.

« Nous ne devons pas attendre de vivre des crises pour développer nos connaissances, élaborer de nouvelles approches et en évaluer l’efficacité, estime-t-elle. Au contraire, ces outils doivent être rapidement disponibles lorsqu’une situation comme celle que nous traversons survient, ou même pour surmonter des problèmes plus locaux et de moindre ampleur. C’est certainement une leçon que nous devons retenir. » 

Une rentrée (presque) comme les autres ?

Bonne nouvelle ! Le retour en classe se fera cette année en présentiel, à l’exception des jeunes voyageurs non vaccinés qui ne pourront pas fréquenter l’école pour une période de 14 jours après leur retour au pays.

À l’aube d’une quatrième vague de COVID-19, le gouvernement Legault a toutefois laissé entendre à plusieurs reprises cette semaine que des mesures d’appoint pourraient s’ajouter pour les élèves du Québec en fonction de la situation, qu’ils fréquentent une école primaire ou secondaire. Le Plan de la rentrée scolaire 2021-2022 prévoit pour l’instant que le port du masque chirurgical sera obligatoire uniquement dans les aires communes et le transport scolaire, mais le ministre Jean-François Roberge ne cache pas que des discussions sur le port du masque en classe ont lieu avec la Santé publique.

Quoi qu’il en soit, des services éducatifs complets, y compris les projets pédagogiques particuliers et les sorties, seront proposés cette année. Au primaire, tous les élèves pourront prendre part aux activités parascolaires, alors qu’au secondaire, le passeport vaccinal sera obligatoire pour certaines activités parascolaires jugées à haut risque. Quant aux élèves vulnérables ou accusant un retard pédagogique, ils auront droit à des mesures de soutien additionnelles. Notons par ailleurs que les parents d’élèves du primaire et du secondaire qui réclament qu’on enseigne à leur enfant à distance pour des raisons médicales devront obtenir un nouveau billet de médecin. Les exemptions accordées lors de la dernière année scolaire devront être à nouveau validées.



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