La réussite scolaire et les différences de genre

André Lavoie
Collaboration spéciale
Il faut déconstruire le mythe voulant que la routine scolaire s’adapte mieux au tempérament des filles qu’à celui des garçons, selon les spécialistes.
Loïc Venance Agence France-Presse Il faut déconstruire le mythe voulant que la routine scolaire s’adapte mieux au tempérament des filles qu’à celui des garçons, selon les spécialistes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Qu’est-ce qui n’a pas déjà été dit sur la réalité des garçons et des filles entre les quatre murs d’une école primaire ou secondaire : les écarts importants dans les taux d’abandon scolaire, la capacité de concentration, l’intérêt pour la lecture, les retards d’apprentissages, etc. Des constats depuis longtemps documentés, mais qui ne disent pas tout sur les différences entre les genres dans le cadre scolaire… de même que sur les ressemblances. Pour certains observateurs de ce milieu, de fines analyses sont essentielles à de meilleures interventions pédagogiques et pour déconstruire quelques préjugés.

Il est vrai que certaines statistiques ne sauraient mentir. Selon les chiffres les plus récents du ministère de l’Éducation du Québec, en une décennie, le taux de diplomation au secondaire entre garçons et filles s’est rapproché, mais un écart demeure. En 2005, il était de 63,1 % chez les premiers et de 78 % chez les secondes. Près de 15 ans plus tard, en 2019, un rattrapage important s’observe au sein des deux cohortes, mais les filles demeurent toujours en tête avec un taux de 86,4 %, alors qu’il est de 77,3 % chez les garçons.

L’importance de la lecture

Ces données dévoilent un pan important de la réalité, mais ne disent pas tout sur les enjeux auxquels sont confrontés les enseignants et les directions d’école. Selon Isabelle Plante, professeure au Département de didactique de l’UQAM, il faut regarder au-delà des taux de diplomation, et surtout ce qu’il y a derrière. « Les disparités socio-économiques sont plus grandes que les disparités de genre, souligne cette spécialiste en gestion de classe et en motivation scolaire. Si on examine les données de l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle, on constate qu’un enfant sur cinq affiche des difficultés d’apprentissage, et on retrouve deux fois plus de garçons que de filles. Mais ce sont dans les milieux défavorisés que le phénomène s’avère le plus flagrant. »

Ce qui signifie qu’un garçon en milieu favorisé se retrouve en bien meilleure posture pour obtenir son diplôme en comparaison avec une fille issue d’un milieu défavorisé. Encore là, il ne s’agit pas nécessairement d’une fatalité, et s’il faut tenir compte des différences de genre dans les approches, quelques certitudes apparaissent inébranlables. Dont l’importance capitale de la lecture.

Pour combler les retards en lecture, s’il faut offrir aux garçons des livres avec des héros, des courses et des dragons en sachant qu’ils vont aimer ça, pourquoi pas

 

Égide Royer insiste beaucoup sur ce point : cette aptitude, acquise dès le plus jeune âge, devient un véritable passeport pour la réussite. Mais dans le cadre scolaire, « il faut se préoccuper autant des centres d’intérêt des garçons que de ceux des filles, insiste le professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Les bandes dessinées viennent au deuxième rang dans les choix de lecture des garçons et au dixième rang chez les filles. Pour combler les retards en lecture, s’il faut offrir aux garçons des livres avec des héros, des courses et des dragons en sachant qu’ils vont aimer ça, pourquoi pas ».

Toujours selon ce spécialiste de la persévérance scolaire, les preuves sont faites, et certains centres de services de la région de Montréal ont démontré la valeur de ce parti pris en faveur de la lecture, peu importe le genre et la langue. « Les taux de diplomation des centres de services Lester-B.-Pearson et Marguerite-Bourgeoys, le premier anglophone et le second francophone, affichent de hauts taux de diplomation. Dans les deux cas, ils ont adopté des pratiques exemplaires en matière de lecture, dès la maternelle. Dans un milieu, quand non seulement la grande majorité des garçons savent lire, mais aiment la lecture, ils deviennent de bons lecteurs au secondaire. Et l’écart avec les filles diminue beaucoup. »

Une croyance populaire veut aussi que le sport soit une sorte d’aimant pour retenir les garçons à l’école. Les choses ne sont pas si tranchées pour Mylène Beaulieu, doctorante en éducation à l’UQAM. « La pratique du sport est excellente pour l’estime de soi et le sentiment d’appartenance, mais ça ne touche pas nécessairement la motivation scolaire », précise celle dont le mémoire de maîtrise portait sur la réussite scolaire chez les étudiants athlètes au niveau collégial. Elle cite en exemple les recherches de l’Américaine Joy Gaston Gayles de l’Université de la Caroline du Nord qui démontrent que la motivation pour une carrière sportive entraîne de moins bons résultats scolaires. Autant chez les filles que chez les garçons.

Et qu’en est-il de ce mythe voulant que la routine scolaire s’adapte mieux au tempérament des filles qu’à celui des garçons ? Isabelle Plante est catégorique : « Il n’y a pas de données prouvant que ça convient mieux à un genre qu’à un autre. Les deux ont besoin d’apprentissages et de pauses. Et qui voudrait revenir à l’école traditionnelle d’il y a 50 ans ? Personne n’aimait ça, et c’est un leurre de penser le contraire. » 

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