Pour un cours d’éducation à la sexualité plus inclusif

Pascaline David
Collaboration spéciale
Les thèmes obligatoires abordés par le ministère sont souvent centrés sur l’hétérosexualité, déplore les intervenants spécialisés.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Les thèmes obligatoires abordés par le ministère sont souvent centrés sur l’hétérosexualité, déplore les intervenants spécialisés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Depuis la rentrée 2018, les élèves du primaire et du secondaire des établissements privés et publics doivent suivre un cours d’éducation à la sexualité obligatoire. Or, cette tâche repose bien souvent sur les épaules des enseignants et enseignantes, qui ne sont pas toujours à l’aise, outillés ou disponibles. Plusieurs organismes proposent leur soutien pour améliorer le cours et suggèrent que cette mission revienne à des intervenants spécialisés, comme des sexologues.

« Dans un monde idéal, tous les adultes auraient un rôle à jouer dans l’éducation à la sexualité », affirme Jessica Legault, coordonnatrice à la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) et porte-parole de la coalition ÉduSex. La coalition réunit des groupes communautaires et syndicaux dans le but de garantir le droit à une éducation à la sexualité positive, inclusive et émancipatrice pour l’ensemble des jeunes dans la province.

Selon la coordonnatrice, tous les intervenants devraient recevoir une formation de base dans les écoles. Dans les faits, la tâche revient plutôt aux enseignants. « D’après nos sondages, 75 % des enseignants n’ont pas eu de formation spécifique, note Mme Legault. Pourtant, ils sont déjà débordés. »

La coalition ÉduSex plaide pour une approche multidisciplinaire offerte par des sexologues et des intervenants spécialisés venant d’organismes communautaires afin de décharger les professeurs de cette responsabilité.

Manque de moyens

Le programme obligatoire compte 5 heures par an au primaire et 15 heures au secondaire. Mme Legault précise que cela est fait de façon inégale à travers la province. Certains centres de services seraient très à l’affût et organisés pour faire appel à des ressources extérieures, tandis que d’autres n’ont tout simplement pas les ressources adéquates. La coalition ÉduSex souhaiterait que des mécanismes de soutien de qualité soient mis en place pour assurer un suivi.

Une moyenne de 4,73 $ par enfant est attribuée par le gouvernement pour ce cours. C’est peu, aux yeux de Jessica Legault, qui souligne par le fait même l’importance d’augmenter le financement des écoles et des organismes communautaires.

Inclusivité

Les thèmes obligatoires abordés par le ministère sont souvent centrés sur l’hétérosexualité. « Il faut considérer la diversité d’enfants, des handicaps, donner des exemples avec des personnes racisées dans les représentations visuelles », explique Jessica Legault. De nombreux enfants se questionnent déjà sur le genre au primaire, il est donc nécessaire de leur donner la possibilité d’explorer ces identités, tout en rendant la démarche positive et bienveillante.

Expliquer le consentement dès le plus jeune âge contribue aussi à la prévention des violences sexuelles, selon la porte-parole. « Les vagues de féminicides qu’on voit sont directement liées à un manque d’éducation aux relations saines, croit-elle. Il faut donner le pouvoir aux jeunes filles et garçons de reconnaître et de prioriser cela. »

On SEXplique ça

C’est aussi l’avis d’Émilie Veilleux, sexologue et cofondatrice de l’organisme On SEXplique ça, une initiative dont la mission est d’assurer des services d’éducation à la sexualité fiables, positifs, inclusifs et accessibles au Québec pour les jeunes de 10 à 17 ans.

L’équipe de On SEXplique ça a mis sur pied des ateliers clés en main adaptés à chaque niveau scolaire, pour les intervenants, qui s’apparentent à des versions bonifiées des programmes établis par le ministère de l’Éducation. « L’inclusivité et les enjeux LGBTQIAP étaient peu visibles dans les programmes obligatoires, plutôt consacrés à la prévention des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées », affirme Émilie Veilleux.

Avant même l’apparition du programme d’éducation à la sexualité, Mme Veilleux et sa collègue se sont familiarisées avec son contenu grâce à leur participation à des projets pilotes dans des écoles. « On a vu que la tâche retombait sur les enseignants et enseignantes, qui ne voulaient pas le donner pour des raisons bien légitimes, ou bien ne se sentaient pas assez outillés », souligne-t-elle.

Elle recommande également que le cours soit la responsabilité de sexologues. « On ne parle pas des violences sexuelles de la même manière que du plaisir, donne-t-elle en exemple. Il y a des nuances importantes à faire. » Il faut aussi savoir où sont situés les centres de dépistage dans les grandes régions et connaître les sites Internet fiables.

Des capsules vidéo pour informer

Il y a cinq ans, Émilie Veilleux et Isabelle Arcoite étudiaient toutes deux la sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et ont constaté l’absence de ressources fiables et actualisées sur la sexualité. « On s’est dit que ça devait être compliqué pour les adolescents de distinguer les bonnes informations sur Internet, car ça l’était même pour nous », explique Émilie Veilleux.

Les deux jeunes femmes ont donc décidé d’agir pour pallier ce manque en vulgarisant les connaissances acquises dans leurs cours par des vidéos sexo-éducatives en français. Les capsules de quelques minutes abordent des thèmes aussi variés que l’identité, les troubles alimentaires, l’inclusivité et la culture du viol, par exemple.

Devant la désinformation qui circule parmi les jeunes, il était fondamental qu’ils aient accès à une banque de ressources centralisée. « Les victimes de violences sexuelles se découragent souvent devant la difficulté à trouver l’aide appropriée, précise Émilie Veilleux. L’idée est d’éviter que les élèves frappent à 15 portes différentes. »

À bas les stéréotypes

Les outils utilisés pour représenter les anatomies génitales sont souvent stéréotypés. C’est ce qui a poussé Magaly Pirotte, chercheuse indépendante en éducation à la sexualité, à créer le projet SEX-ED+. Elle propose des outils pédagogiques moulés sur les humains, qui présentent le vaste spectre des génitalités mâles, femelles, intersexuées, trans, avec chirurgies volontaires ou involontaires. L’objectif d’exposer les organes génitaux et leur diversité est de « déconstruire la honte, les tabous et les fausses croyances autour des corps et des sexualités ». La chercheuse mentionne que plusieurs dizaines d’écoles et de commissions scolaires au Québec ont acheté ses modèles de vulves et de pénis colorés en 3D.

 

À voir en vidéo