L’Université Northeastern veut graduer en Ontario

L’Université Northeastern est basée à Boston, au Massachusetts.
Photo: Rodrique Ngowi Associated Press L’Université Northeastern est basée à Boston, au Massachusetts.

L’Université Northeastern, basée à Boston, au Massachusetts, veut prendre plus de place dans le paysage torontois. Installée dans la Ville Reine depuis 2016, elle vient concurrencer des établissements bien établies, comme l’Université de Toronto, et de petits nouveaux, comme l’Université de l’Ontario français.

L’université américaine veut élargir l’offre de son campus du centre-ville torontois — le premier qu’elle a installé hors des frontières américaines — et a engagé le lobbyiste torontois Bill Anderson en mai pour l’appuyer dans ses démarches.

Au moins un des programmes considérés par l’Université Northeastern, une maîtrise en biotechnologie, est déjà à l’étude de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP), dont la responsabilité est de s’assurer de la qualité des programmes collégiaux et universitaires offerts en Ontario.

Dans le document soumis au CEQEP, l’établissement d’enseignement américain affirme que les programmes de maîtrise offerts en Ontario ne répondent pas aux demandes de l’industrie des biotechnologies. Un argument de vente qui a peut-être un fond de vérité, croit Glen Jones, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Toronto. « Les programmes [proposés par l’Université Northeastern] comblent peut-être de véritables manques en Ontario », note-t-il.

Selon les informations du registre des lobbyistes de l’Ontario, l’université américaine espère aussi que ses étudiants pourront profiter du programme de prêts et bourses de la province.

Multiplication des campus ?

Les campus satellites d’universités américaines sont nombreux à travers le monde. Selon des données colligées par la Cross-Border Education Research Team, on en compte plus de 80.

Mais la vague ne semble pas avoir encore déferlé sur le Canada. L’Université Northeastern est l’une des rares exceptions : elle compte déjà un pied-à-terre à Vancouver et à Toronto. Trois autres universités américaines ont le pouvoir d’accorder des diplômes en Ontario, mais seulement l’une d’entre elles — l’Université Niagara — a aussi un campus, et ce, seulement depuis 2019. En revanche, peu d’universités canadiennes ont des campus à l’étranger. « Les institutions sont sensibles au fait qu’elles sont financées par les provinces », croit le professeur Glen Jones.

Le choix de Toronto par l’Université Northeastern — « le résultat d’un processus de trois ans de recherche et de consultations exhaustives », selon l’Université — est surprenant parce que l’établissement privée a choisi de s’établir dans un marché où les établissements publiques dominent, note le professeur Gerardo Blanco, spécialiste en éducation postsecondaire au Boston College. D’autant plus que ces campus satellites servent souvent à la promotion de la maison mère, explique-t-il, et que « l’Université Northeastern n’a pas de problème de recrutement » à son campus principal de Boston.

Malgré plusieurs demandes du Devoir, l’Université Northeastern est restée muette quant au nombre d’inscriptions qu’elle reçoit, des chiffres qui ne sont d’ailleurs pas non plus disponibles publiquement. Mais elle fait bonne figure ailleurs : à Seattle, où l’Université a accueilli ses premiers étudiants en 2013, leur nombre a augmenté de 40 % chaque année entre 2013 et 2016 ; et à Londres, au Royaume-Uni, l’Université déménagera bientôt son campus satellite dans un plus grand bâtiment.

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