Une iniquité dénoncée pour les élèves du secondaire

Contacté par «Le Devoir», le ministère de l’Éducation confirme que le résultat scolaire des enfants qui font l’école à la maison «repose entièrement sur l’évaluation qui est faite en fin d’année».
Photo: Jens Schlueter Agence France-Presse Contacté par «Le Devoir», le ministère de l’Éducation confirme que le résultat scolaire des enfants qui font l’école à la maison «repose entièrement sur l’évaluation qui est faite en fin d’année».

Les dernières semaines ont été éprouvantes pour plusieurs élèves de 4e et 5e secondaires scolarisés à la maison qui ont dû jouer l’entièreté de leur année scolaire dans une enfilade d’examens dans différentes matières, contrairement à leurs collègues qui fréquentent les bancs d’école. Une iniquité que dénoncent plusieurs parents.

En janvier dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé l’annulation cette année des examens ministériels, au primaire comme au secondaire. Pour les élèves qui accomplissent les deux dernières années de leur parcours au secondaire, ceux-ci comptent pour 50 % de leur note finale en temps normal.

Or, la situation est bien différente pour les élèves de 4e et 5e secondaires de la province qui sont entièrement scolarisés par leurs parents à la maison. Plusieurs centres de services scolaires leur ont en effet fait passer une série d’examens valant pour 100 % de leur année scolaire dans différentes matières, allant de l’histoire, au français en passant par les mathématiques, entre autres. La réussite de ceux-ci devient ainsi essentielle pour ces élèves en quête de leur diplôme d’études secondaires (DES) ou d’une adhésion au cégep.

Ce n’est pas une évaluation des compétences qu’ils font, mais de la capacité de rester assis six heures de suite sur une chaise

« Ça passe ou ça casse à ce moment-là », résume la directrice de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), Marie-Jo Demers, qui fait état du « stress immense » qu’ont dû vivre de nombreux jeunes dans les dernières semaines en raison de cette situation « inéquitable », qui pourrait se répercuter sur leurs résultats scolaires.

« Ça met de la pression sur notre fille de devoir tout savoir ce qu’elle a appris depuis septembre et de mettre ça dans un seul examen [par matière scolaire] qui vaut pour 100 % », déplore également Jean-Yves Gadeau, qui enseigne à domicile à ses deux filles, qui sont inscrites au Centre de services scolaire des Patriotes.

« Ça m’a un peu stressée et bouleversée », confie d’ailleurs sa fille de 16 ans, Romane, au sujet de son expérience des derniers jours.

« Ce n’est pas une évaluation des compétences qu’ils font, mais de la capacité de rester assis six heures de suite sur une chaise », lance pour sa part Catherine Dupuis, une mère de famille de Val-Morin dont les deux enfants font l’école à la maison.

À l’inverse, les élèves du secondaire qui ont suivi leurs cours sur les bancs d’école ou à distance ont pu bénéficier d’une pondération de leur note finale basée sur l’ensemble des évaluations qu’ils ont réalisées au cours de l’année.

Contacté par Le Devoir, le ministère de l’Éducation confirme que le résultat scolaire des enfants qui font l’école à la maison « repose entièrement sur l’évaluation qui est faite en fin d’année ». Cependant, « cette situation, qui est loin d’être nouvelle, découle du choix de faire l’enseignement à la maison et non d’une iniquité », indique le directeur des communications du ministère, Bryan St-Louis.

Manque d’encadrement

Plusieurs parents qui ont opté pour l’école la maison ont par ailleurs déploré au Devoir que leurs enfants n’aient pas reçu suffisamment de soutien ni de documentation pour bien se préparer à la série d’examens dans différentes matières qui les attendaient en fin d’année.

« Si on nous demandait à nous comme adultes de faire un examen pour lequel on n’est pas préparé, ça ne ferait aucun sens », illustre la présidente de l’AQED, Marine Dumond.

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marine Dumond, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile

« Il faut que les jeunes puissent être diplômés dans des conditions acceptables », insiste-t-elle. Mme Dumond espère ainsi que les élèves du secondaire qui sont scolarisés à la maison n’auront pas à vivre une situation similaire l’an prochain.

Bryan Saint-Louis rappelle pour sa part que les centres de service scolaires ont « la responsabilité de mettre en place les dispositions nécessaires pour l’évaluation des enfants en enseignement à la maison et de déterminer le moyen qui sera utilisé pour permettre une évaluation valide et fiable ».

Un attrait temporaire ?

Depuis le début de la pandémie, le recours l’école à domicile a explosé, plusieurs parents étant notamment inquiets pour la santé de leurs enfants en raison du contexte sanitaire. Le nombre d’élèves ayant été retirés des écoles de la province pour être scolarisés par leurs parents est ainsi passé de 5964 en mars 2020 à « environ 12 000 » à l’heure actuelle, selon le ministère de l’Éducation.

« On les a retirés de l’école il y a une semaine », raconte Véronique Duchesne, dont les trois enfants fréquentaient jusqu’à récemment les classes de L’Académie Lafontaine, une école privée de Saint-Jérôme. Une décision prise en raison des règles sanitaires imposées dans l’établissement, indique la mère de famille.

« J’aimerais beaucoup dire que c’est temporaire parce que comme parent, c’est exigeant », confie Mme Duchesne, qui constate cependant que l’école à la maison a permis de réduire « le niveau de stress » de ses enfants.

D’ailleurs, le nombre d’élèves scolarisés à la maison pourrait bien chuter au terme de la pandémie, entrevoit Marine Dumond. Ceux-ci comptent déjà actuellement pour moins de 1 % de l’ensemble des élèves de la province.

« On pense qu’il va y avoir un retour [des élèves dans les classes] pour les familles qui ont vraiment fait ce choix de façon temporaire » dans le contexte de la pandémie, estime la présidente de l’AQED. « Mais il y a un bon nombre de familles qui ont découvert l’école à domicile et qui en ont vu les bienfaits », ajoute Mme Dumond.

Cette dernière croit donc que le nombre d’élèves scolarisés à la maison demeurera dans les prochaines années « bien plus élevé que ce qui était le cas avant la pandémie ».



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