Le contingentement dans les cégeps anglophones divise

Le Collège Dawson, le Cégep John Abbott et le Collège Vanier, tous basés sur l’île de Montréal, ont uni leurs voix vendredi pour réagir au projet de loi 96.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Collège Dawson, le Cégep John Abbott et le Collège Vanier, tous basés sur l’île de Montréal, ont uni leurs voix vendredi pour réagir au projet de loi 96.

L’intention du gouvernement Legault de mettre en place une forme de contingentement dans les cégeps anglophones afin d’assurer la protection de la langue française soulève l’ire d’établissements postsecondaires qui opèrent dans la langue de Shakespeare, tandis qu’un syndicat y voit plutôt un moyen d’assurer « un meilleur équilibre » entre le réseau collégial francophone et anglophone de la province.

Le projet de loi 96, présenté jeudi par le gouvernement Legault, prévoit une panoplie de mesures visant à assurer la protection de la langue française comme « langue officielle et commune » de la province. Parmi celles-ci, on compte la mise en place d’un gel de la proportion des étudiants dans les cégeps anglophones à au plus 17,5 % de toutes les places disponibles dans l’ensemble du réseau collégial de la province. Le projet de loi prévoit aussi des mesures pour limiter la croissance annuelle du nombre de places disponibles dans les collèges anglophones du Québec.

Par voie de communiqué, le Collège Dawson, le Cégep John Abbott et le Collège Vanier, tous basés sur l’île de Montréal, ont uni leurs voix vendredi pour réagir au projet de loi 96. Tout en reconnaissant l’importance de protéger la langue française dans la province, les directeurs généraux de ces trois établissements dénoncent la mise en place proposée de « plafonds d’inscriptions » dans le réseau collégial anglophone de la province.

« Il est important pour nous de souligner que nous croyons que la décision de plafonner les inscriptions exclusivement pour les cégeps anglophones aux niveaux actuels ne répondra pas aux désirs de nombreux jeunes Québécois (es) de fréquenter nos établissements. Par ailleurs, de nombreux parents d’ici souhaitent que leurs enfants deviennent bilingues dans un Québec français », écrivent-ils. Les trois établissements entendent ainsi poursuivre leurs « discussions » sur ce point avec le ministère de l’Enseignement supérieur, que chapeaute la ministre Danielle McCann.

« Limiter notre capacité à servir ces étudiant(e) s dans le secteur public en encouragera plusieurs à quitter la province », préviennent par ailleurs les directeurs généraux de ces trois établissements.

La Fédération des cégeps, qui regroupe 43 établissements francophones et cinq anglophones, évoque pour sa part la possibilité que ce projet de loi bénéficie aux collèges privés non subventionnés. Ces derniers, présents dans plusieurs grands centres de la province, font face à « très peu de contraintes » de la part du gouvernement Legault, contrairement aux collèges publics, souligne le président-directeur général de la Fédération, Bernard Tremblay.

Les jeunes, s’ils veulent aller dans un établissement anglophone, ils peuvent se tourner vers des collèges privés non subventionné


Le projet de loi prévoit par ailleurs d’imposer la même épreuve uniforme de français pour l’ensemble du réseau collégial public.

Rétablir l’équilibre

Entre 1995 et 2019, la proportion des étudiants dans les cégeps francophones par rapport à l’ensemble du réseau, qui inclut les établissements anglophones, est passée de 83,3 % à 81,6 %. Sur l’île de Montréal, en 2019-2020, près de la moitié des étudiants inscrits à un programme préuniversitaire avaient opté pour un établissement anglophone.

« La population des cégeps anglophones a explosé », constate la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Éthier, en entrevue au Devoir. Celle-ci accueille ainsi à bras ouverts la mise en place proposée par Québec d’une forme de contingentement dans les cégeps anglophones de la province.

« Ce que ça va avoir comme effet positif, c’est que ça va rééquilibrer les deux réseaux et ça, c’est très important pour la centrale », estime Mme Éthier. La CSQ regroupe notamment trois fédérations au niveau collégial qui représentent entre autres des enseignants et des employés de soutien de plusieurs cégeps francophones, qui ont débrayé jeudi pour réclamer de meilleures conditions de travail.

« La position qu’a prise le gouvernement, c’est un plafond [des inscriptions dans les cégeps anglophones] qui va se faire sans heurts et sans que personne ne soit mis à pied. Et ça va aider les cégeps francophones, qui sentaient un exode des étudiants vers les cégeps anglophones », ajoute Mme Éthier.

La présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Noémie Veilleux, partage cette position.

« On veut prévenir une détérioration massive de la langue française, mais aussi de l’attractivité du réseau collégial francophone », évoque-t-elle.

Le projet de loi 96, qui comprend une centaine de pages, vise à réformer en profondeur la Charte de la langue française, adoptée en 1977.

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