Le nouveau cours d’Éthique et culture religieuse reporté d’un an

Le nouveau programme doit notamment aborder l’éducation à la sexualité, l’écologie, l’éducation juridique, l’éthique, la citoyenneté numérique, le développement de soi et des relations interpersonnelles et la culture des sociétés.
Photo: iStock Le nouveau programme doit notamment aborder l’éducation à la sexualité, l’écologie, l’éducation juridique, l’éthique, la citoyenneté numérique, le développement de soi et des relations interpersonnelles et la culture des sociétés.

La réforme du cours d’Éthique et culture religieuse (ECR), promise pour la rentrée scolaire 2022, est reportée d’un an. Le ministère de l’Éducation prévoit des projets pilotes répartis sur deux années avant d’implanter la version définitive du programme à l’automne 2023, dans un éventuel deuxième mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ), a appris Le Devoir.

Une version préliminaire du nouveau cours d’ECR sera mise à l’essai à compter de l’automne prochain dans 8 écoles secondaires et 12 écoles primaires, indiquent nos sources. Ce programme doit comporter de nouveaux apprentissages, notamment en éducation à la citoyenneté, ce qui réduira la part consacrée à l’enseignement de la culture religieuse, sans l’éliminer.

Cette version réformée du cours d’ECR s’inscrit dans la volonté du gouvernement Legault de mettre à jour un des objectifs du programme, créé en 2008, d’offrir un enseignement des religions dans une perspective de laïcité. Le cours avait été mis en place dans la foulée de la déconfessionnalisation des écoles.

Québec avait lancé en janvier 2020 des consultations au sujet de huit thèmes en vue de produire le nouveau programme (en plus de l’éducation à la citoyenneté), dont l’éducation à la sexualité, l’écologie, l’éducation juridique, l’éthique, la citoyenneté numérique, le développement de soi et des relations interpersonnelles et la culture des sociétés. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, doit annoncer au cours des prochaines semaines le résultat des consultations en vue de renouveler le cours d’ECR.

Projets pilotes

Les projets pilotes d’une durée de deux ans doivent mener à l’implantation du programme révisé d’ECR en 2023-2024, confirment au Devoir plusieurs sources au courant du dossier.

L’avenir du cours d’ECR provoque des débats déchirants au sujet de la place de la religion dans le Programme de formation de l’école québécoise. Des experts craignent que le gouvernement Legault, qui a fait adopter la Loi sur la laïcité de l’État, mette de côté des apprentissages jugés essentiels en matière de culture religieuse.

Le projet pilote de l’année scolaire 2021-2022 permettra d’évaluer la nouvelle version du cours pour les 1re, 3e et 5e années du primaire et pour les deux premières années du secondaire, confirment nos sources. La deuxième phase du projet pilote, en 2022-2023, doit donner lieu à un essai en 2e et en 4e années du primaire et dans les trois dernières années du secondaire.

L’Assemblée nationale a pourtant adopté à l’unanimité il y a tout juste deux semaines, le 9 février, une motion demandant au gouvernement Legault de « respecter son intention d’offrir ce cours renouvelé dès la rentrée de l’année scolaire 2022-2023 ». La motion rappelait aussi « l’importance que l’éducation civique à la citoyenneté soit au cœur de la nouvelle mouture de ce cours ».

La députée indépendante Catherine Fournier, qui avait présenté la motion, s’était réjouie que le gouvernement respecte son engagement dès la rentrée de l’automne 2022. Les partis de l’opposition tiennent à ce que le gouvernement agisse à l’intérieur de son mandat, avant les élections prévues à l’automne 2022.

Jean-François Del Torchio, porte-parole du ministre Jean-François Roberge, a affirmé dimanche au Devoir que le nouveau programme d’ECR sera offert tel que promis, puisqu’un projet pilote se tiendra durant l’année scolaire 2022-2023.

Dans le réseau scolaire, on conteste vivement cette interprétation du cabinet du ministre de l’Éducation : des membres influents du milieu ont été informés depuis plusieurs semaines que la version définitive du programme d’ECR sera bel et bien mise en place à l’automne 2023, un an plus tard que ce qui avait été annoncé en janvier 2020 par M. Roberge.

« Difficilement réalisable »

Au-delà de cette controverse, l’Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQECR) se réjouit que le ministère de l’Éducation ait repoussé l’entrée en vigueur du programme révisé. « Il faut prendre le temps de bien réfléchir aux retouches proposées », dit Marc Chevarie, président de l’organisme qui représente des enseignants et d’autres experts en éthique et en culture religieuse.

Dans un avis sur la révision du cours d’ECR daté de janvier 2021, le Conseil supérieur de l’éducation va plus loin : « De l’avis des spécialistes et des acteurs sur le terrain, l’échéancier pour la mise en œuvre du nouveau programme en 2023-2024 semble ambitieux et difficilement réalisable », indique le rapport.

« [Le] contexte actuel, avec la pandémie qui sévit et la pénurie de personnel qualifié, ajoute à la complexité de la mise en œuvre de cette priorité gouvernementale. Le Conseil anticipe que les effets de la crise sanitaire sur le réseau de l’éducation, sur le personnel scolaire, sur la réussite des élèves et sur le taux de décrochage perdureront au-delà de la fin du confinement. Ce contexte doit être pris en compte dans les décisions à venir. »

Le Conseil recommande de « revoir les contenus liés aux faits religieux et aux visions séculières du monde pour mieux refléter la diversité religieuse et non religieuse et donner une vision contemporaine de cette réalité qui a évolué depuis la mise en œuvre du programme ECR en 2008 ».

De son côté, l’AQECR craint que l’enseignement de la culture religieuse soit marginalisé. « Il importe ici de souligner que les visées du programme [actuel] ne promeuvent aucunement un multiculturalisme militant dont on a voulu accuser les enseignants d’ECR », précise le mémoire de l’AQECR sur la réforme du programme.

« Les membres de notre association considèrent la culture religieuse comme une réalité incontournable qui contribue grandement aux deux finalités du cours, soit la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun. Dans un monde où plus de 80 % de l’humanité se réclame d’une tradition religieuse, il devient impératif d’aller à la rencontre de l’autre pour mieux le connaître et mieux le comprendre. »

 

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4 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 22 février 2021 07 h 43

    La hache dans ce cours

    Les Juifs, les Hindous, les Sikhs, les musulmans, les Chrétiens reçoivent des enseignements religieux que ce soit à la maison ou dans un lieu de prière. À qui s'adressent ces cours sinon à nos jeunes athées. On veut en faire des gens tolérants et ouverts. Mais, les fanatiques religieux ne sont pas des gens tolérants et ouverts.

    Il est temps de mettre la hache dans ce cours ou de donner le choix aux parents d'y inscrire ou non leurs enfants. Comme avant, dans le bon vieux temps!

  • Renée Lavaillante - Abonnée 22 février 2021 08 h 31

    Éthique et citoyenneté

    Pourquoi garder ce nom ECR? " Éthique et citoyenneté " me semblerait plus approprié. Citoyenneté, ça comprend compréhension de l'"autre", on peut donc y parler religions, entre beaucoup d'autres sujets.
    D'autre part, je ne sais d'où vient la statistique que 80% se réclament d'une tradition religieuse, mais la tradition religieuse est très loin de la pratique religieuse. Il n'est pas nécessaire de connaître énormément une religion ni de la pratiquer pour se réclamer d'une tradition religieuse, tout comme on se réclame de nos ancêtres sans les avoir bien connus. Ça ne devrait pas être central dans ce cours, malgré ce qu'en pense AQECR, qui semble ici "tirer la couverte".

    • Pierre Tremblay - Abonné 22 février 2021 10 h 27

      Excellent commentaire Madame.
      En gardant le même nom, je crains la poutine qui sentirait pareil.
      Qu'y a-t-il en un nom?
      Il y a l'annonce et la synthèse de ce que l'on veut enseigner.
      D'où, l'appel à la transparence, l'honnêteté, le respect des élèves.

  • Gilles Théberge - Abonné 22 février 2021 08 h 46

    Encore une fois, le ministre de l'éducation montre des signes évidents de faiblesse en repoussant la poussière sus le tapis. Le cours d'ECR première mouture n'en finit pas d'agoniser.

    Je ne pense pas qu'il soit plus important que nos jeunes soient plus "instruits" sur les différentes religions, que sur le respect dus aux humains, quelle que soit leur origine.