Un balado pour les entrepreneurs

Catherine Couturier Collaboration spéciale
La production du balado a été tout un défi pour les étudiants, qui sont aussi tous des gestionnaires à temps plein sur le marché du travail, et dont bon nombre sont parents de jeunes enfants.
Sébastien Bélisle La production du balado a été tout un défi pour les étudiants, qui sont aussi tous des gestionnaires à temps plein sur le marché du travail, et dont bon nombre sont parents de jeunes enfants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Réaliser un projet intégrateur tout en aidant les entrepreneurs de la région ? Tel était l’ambitieux objectif de la série balado AT-connectée, créée par des finissants à la maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’UQAT.

« Tout était désincarné avec l’enseignement à distance. Les étudiants voulaient réaliser un projet significatif pour marquer la fin de leur maîtrise », raconte Karène Richer, chargée de cours et chargée de projets vouée à la coordination des projets d’intégration des technologies de l’information et des communications dans la formation universitaire à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Avec la pandémie, les huit étudiants de la cohorte qui se suivaient depuis trois ans dans un groupe tissé serré voyaient arriver la finale en queue de poisson de leur parcours.

Le balado, un format idéal

À l’automne, le petit groupe a donc proposé de jumeler les projets de session de leurs trois cours et de réaliser un projet intégrateur. « Le professeur du cours de leadership donnait des exemples de projets passés, mais dans le contexte de pandémie, ça limitait beaucoup les possibilités », explique Francis Murphy, l’un des finissants de la cohorte.

Au lieu de proposer un énième séminaire sur Zoom ou colloque en ligne, les étudiants ont eu l’idée de créer une série balado qui s’adresserait aux entrepreneurs de la région, comme le projet de leadership demandait des retombées à l’extérieur de l’Université. « Les gens d’affaires sont occupés. Ils ont du temps libre dans leur auto, ou lorsqu’ils promènent leur chien. Le format balado s’avérait parfaitement adapté », poursuit M. Murphy.

Du contenu pertinent pour les entrepreneurs de la région

Le côté administratif alimenterait le travail du cours de gestion de projet, et le contenu du cours de commerce électronique deviendrait la matière première des capsules. Les entreprises en Abitibi-Témiscamingue étaient en effet en retard dans l’implantation du commerce électronique, et ce, même avant la pandémie. Le contenu est donc axé sur leurs besoins. « On n’allait pas parler d’intelligence artificielle pendant huit heures, mais plutôt de ce qui est utile et pertinent en Abitibi-Témiscamingue », explique M. Murphy. Et ce, tout en restant dans le contenu du cours donné par Mme Richer. « Il fallait que le podcast soit intéressant, tout en restant de niveau universitaire », rappelle-t-elle.

Avec l’aide de Francis Murphy, qui anime et scénarise déjà le balado Qu’en pensez-vous ?, le groupe s’est autoformé pour produire les capsules radio, de la recherche à la planification des interactions, en passant par la rédaction des textes, jusqu’à l’enregistrement. Au total, 313 heures auront été nécessaires pour la production de quatre capsules. Quatre thèmes liés au commerce électronique y sont abordés : la stratégie à établir avant de se lancer et le choix du type de plateforme ; l’utilisation des données et des médias sociaux ; la mécanique de gestion des stocks, de livraison et d’options de paiement ; et finalement le service à la clientèle.

Un projet exigeant, mais gratifiant

Produire quatre épisodes d’un balado était tout un défi pour ces étudiants, qui sont aussi tous des gestionnaires à temps plein sur le marché du travail, et dont bon nombre sont parents de jeunes enfants. La rédaction des capsules est différente de celle d’un travail universitaire, et la livraison au micro, beaucoup plus stressante qu’une présentation orale. Le fait que tout était enregistré les forçait à être rigoureux et à vérifier leurs informations. « Mais autant on s’est donné du trouble, autant au final les gens ont aimé ça. Ce fut très formateur », affirme M. Murphy. « Ça nous a sortis de notre zone de confort, mais tout le monde était tellement motivé ! » ajoute Mme Richer.

Les étudiants ont finalement lancé les quatre épisodes dans la baladosphère en décembre, espérant toucher les entrepreneurs de la région et d’autres endroits qui partagent les mêmes réalités et défis. « On a eu de super bons échos à ce jour », affirme pour sa part Karène Richer. Le Centre d’entrepreneuriat et d’innovation et cinq sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC) de la région ont également été impliqués dans le projet. Ceux-ci ont soutenu financièrement la production du balado (une firme a dû être embauchée pour l’enregistrement comme tel), mais vont aussi contribuer à diffuser cet outil à travers leur réseau.

L’expérience a tellement été concluante que Mme Richer aimerait la répéter dans le cadre du MBA. « Je suis en train de réfléchir à une phase 2 », confie-t-elle. Même si la pandémie de COVID-19 a forcé à de nombreuses contorsions, le projet s’est avéré très intéressant sur le plan des apprentissages par rapport aux formules conventionnelles. « J’ai été épatée. C’est une excellente formule », conclut-elle.