L’école peut prévenir les maladies causées par les écrans

La pandémie a fait bondir le temps que passent les jeunes devant leurs tablettes et leurs ordinateurs.
Photo: iStock La pandémie a fait bondir le temps que passent les jeunes devant leurs tablettes et leurs ordinateurs.

Privés de leurs activités physiques habituelles, les yeux scotchés à leurs ordinateurs et à leurs tablettes, de jeunes Québécois doivent maintenant composer avec des problèmes de surpoids, d’obésité, d’hypertension et de diabète. L’école peut toutefois jouer un rôle central dans la lutte contre l’obésité et la sédentarité créées par les écrans, selon une experte.

Actuellement, les écoles primaires et secondaires du Québec offrent peu de conseils pour gérer son temps d’écran et peu de périodes d’éducation physique, juge la pédiatre endocrinologue Mélanie Henderson. « On a là un tremplin extraordinaire pour agir parce que tous les jeunes sont à l’école », souligne-t-elle en entrevue.

Mme Henderson s’avoue d’ailleurs inquiète de ce qu’elle voit en clinique. « Je vois des jeunes qui ont des prises pondérales catastrophiques, s’alarme-t-elle. C’est difficile quand on a pris 15 kilos en trois, quatre mois […] de les perdre. » Elle cite une étude américaine qui indique que 57 % des enfants d’aujourd’hui seront obèses à 35 ans, ce qui est trois fois la moyenne actuelle d’obésité des adultes de 35 ans.

À ses yeux, le changement peut passer par l’école. « On a une occasion intéressante à l’école de développer des programmes parascolaires, desprogrammes d’activités pendant les récréations, de majorer le temps de cours d’éducation physique », explique Mélanie Henderson. « Non seulement c’est un rôle à jouer, mais on a une occasion en or de vraiment atteindre toute la population pédiatrique, adolescente, et d’avoir des interventions qui ont des effets probants. »

Temps d’écran

Par ailleurs, la médecin s’interroge sur la tablette dans les écoles, de plus en plus populaire en raison de la pandémie. « Je ne suis pas convaincue que c’est la meilleure chose pour les jeunes, parce que ça crée énormément dedistractions », dit-elle.

Elle estime que le ministère de l’Éducation ne peut faire l’économie d’une évaluation des effets de cette technologie sur les jeunes. « Si on pense que c’est une bonne façon, parfait, évaluons, indique-t-elle. Allons voir si ça donne de meilleurs résultats. »

Je vois des jeunes qui ont des prises pondérales catastrophiques [...] C’est difficile quand on a pris 15 kilos en trois, quatre mois […] de les perdre

L’arrivée massive des tablettes dans les écoles ne s’est jamais accompagnée d’une nécessaire mise en garde contre les effets délétères, ont déploré plus tôt cette semaine des experts attentifs au dossier.

Leur intervention dans les médias survient neuf mois après la tenue d’un forum gouvernemental sur les écrans et la santé des jeunes, forum qui a été interrompu par la pandémie et pour lequel il n’y a pas encore eu de suites.

La première partie du forum avait conclu que les écrans influent sur la vue, le sommeil, le poids et les habiletés langagières, en plus d’augmenter le risque de développer une dépendance, de l’anxiété et une mauvaise estime de soi.

« Les données en santé sur le temps d’écran ne sont pas reconnues dans le milieu de l’éducation », relève en entrevue Tania Tremblay, enseignante en psychologie au collège Montmorency et chercheuse associée à l’UQAM.

Caroline Fitzpatrick, du Département de psychologie à l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, a quant à elle réclamé la création d’un comité, où les experts en santé et en éducation pourraient « essayer de créer un dialogue ».

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